Le carnet de Chritine Clerc.

Soif d’évasion.

Jeudi 22 mars 2012 // La France

Drapeau de FranceDans la nuit de samedi à dimanche, j’ai fait un mauvais rêve : il restait encore sept semaines avant le premier tour de l’élection présidentielle !

Hélas, au réveil, c’était la réalité : sept semaines encore à lire chaque jour une cinquantaine de communiqués des « snipers » du QG du candidat Nicolas Sarkozy, entraînés parle chef de la « cellule riposte » Brice Hortefeux, à fustiger les « mensonges » du candidat socialiste et son « manque de courage » (mêmes éléments de langage pour tous, mais tournés autrement, comme dans la fameuse lettre du Bourgeois gentilhomme) - « Belle marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour. Mourir vos beaux yeux, belle marquise. »

Sept semaines à parcourir aussi, accablée, la trentaine de courriels quotidiens de surenchère des porte-parole de François Hollande : Delphine Batho allant jusqu’à sommer le camp UMP de cesser toute « instrumentalisation des incidents de Bayonne » (comme si les cris et menaces physiques proférés jeudi contre le président de la République par des militants socialistes et indépendantistes basques ne devaient pas être dénoncés !) ; Najat Vallaud-Belkacem une jeune femme souriante, pourtant, une élue municipale lyonnaise qui se présente courageusement aux législatives dans la circonscription mi-bourgeoise et modérée qui fut celle de Raymond Barre allant, elle, jusqu’à comparer Nicolas Sarkozy à Silvio Berlusconi et Vladimir Poutine...

Sept semaines d’un meeting à l’autre tout en écoutant, de 7 heures du matin à minuit, émissions de radio et de télévision, parfois en stéréophonie. Le lundi 27 février, j’écoutais, sur RTL, un Sarkozy assez énervé répliquer aux questions sur "le président des riches" par une mise en cause de la journaliste Valérie Trierweiler, la compagne du candidat socialiste : « Parce que c’est moi qui ai une émission sur une chaîne qui appartient à M. Bolloré ? » Le soir même, jouant l’élève faussement sage qui pince ses petits camarades ou leur donne un coup de pied dans le tibia quand le professeur regarde ailleurs, Hollande dénonçait « cette culture de l’outrance »... avant d’annoncer, dans son élan, qu’il raccourcirait fiscalement de 75 % tous les riches qui n’auraient pas encore choisi l’exil à Genève ou à Bruxelles.

Auparavant, Marine Le Pen, en perte de vitesse (trop de récriminations finissent par lasser), avait trouvé un cheval de bataille inespéré : la viande halal ! Bien malgré nous, nous mangerions des boeufs abattus selon le rite musulman, au prix de souffrances animales qui n’horrifient pas seulement Brigitte Bardot et au risque d’intoxications alimentaires. Si prompte à défendre les poissons, l’ours, le loup et toutes sortes d’espèces menacées, Cécile Duflot ne levait pas le petit doigt pour Amandine, brave vache normande admirée et caressée au Salon de l’agriculture. Quant à Eva Joly, qui n’aurait pas manqué de lancer une croisade virulente si le propriétaire des abattoirs incriminés avait été un grand groupe capitaliste américain, elle restait muette. Mais Jean-Luc Mélenchon, le candidat du Front de gauche, qui se voit en sans-culotte, volait, lui, au secours de 1a République en danger en vitupérant contre une « stigmatisation » de la religion musulmane et en brandissant son sabre, sa pique et sa fourche pour « la réconciliation de tous les citoyens » !

François Bayrou pouvait se féliciter. Au milieu de ces "combats de coqs", il gardait son calme et son cap : contre la dette et pour le "produire français’ : Mais l’entendait-on seulement ? Même l’honnête et gentil souverainiste, Nicolas Dupont-Aignan, découvrait le bon usage du scandale : piégé par un imitateur qui lui avait téléphoné en se faisant passer pour Éric Cantona, le candidat de Debout la République s’était laissé aller : « Sarkozy ? Une catastrophe ambulante ! Plutôt mourir que d’être son rabatteur ! » Il s’en trouvait honteux et confus. Mais surprise ! cette gaffe allait lui valoir des milliers de messages de soutien !

Des amis m’interrogent par textos : « Es-tu à Dijon [avec Hollande] ou à Bordeaux [avec Sarkozy] ? » Non, j’ai séché la campagne présidentielle pour un week-end. Me voici sur une côte de la Manche. Loin de cette cacophonie qui m’apparaît comme un terrible révélateur d’impuissance politique, quand je voudrais qu’on me parle emploi et lutte contre les délocalisations ; loin des pistes d’où la SNCF ramène un wagon entier de jeunes blessés du ski. Je marche sur le sable d’une plage déserte et déjeune au soleil sous un mimosa en fleur. Demain, j’irai voir, à Jersey, la maison d’exil de Victor Hugo. En attendant, j’entame la relecture des Misérables dont on célèbre les 150 ans. Colère du poète. Son amour du peuple. Mais aussi son humour, lorsqu’il dépeint Mgr Bienvenu, l’évêque qui donnait trop aux pauvres. « je soupçonne, écrit l’imprécateur des Châtiments, qu’il avait pris cela dans l’Évangile. »

Répondre à cet article