Social

Dimanche 11 mars 2012, par Charles GUÉMÉNÉ // La France

Drapeau de FranceCoûts et coups : Puisque le sujet du coût du travail est à la mode, profitons en pour savoir de quoi il retourne. Tout se mêle et tout s’obscurcit, les besoins, les rentrées, les allégements. Mettons-y un peu d’ordre. La complication excessive est toujours la marque de la crie d’un système.

État des lieux

Les cotisations sociales ont faites pour abonder les budgets sociaux de la nation. Le système d’origine est un système d’assurance à la Bismarck : on cotise et on perçoit en fonction de la réalisation d’un risque. D’où la pluralité des taux en fonction de leur nature. Jusque là pas de problème, on adapte la couverture en faisant évoluer taux de prélèvement et niveau de protection. À aucun moment l’idée même d’aide sociale via
ce biais n’est envisagé. En Alsace-Moselle depuis 1918 et le retour de la ligne bleue des Vosges dans le giron national, ces dispositions continuent de s’appliquer avec un certain succès il faut l’admettre. Tout se complique quand, de notre système bismarckien, nous évoluons vers le beveridgien. Il s’agit cette fois d’étendre les prestations fournies par le système à des non cotisants.

Nous sommes donc passé de l’Assurance Sociale à la Sécurité Sociale. Les Britanniques, créateurs de ce concept ont donc mis sur pied une organisation étatique et centralisée qui a commencé à montrer de graves lacunes dès les années 1980, époque thatchérienne où seul ce qui était privé avait droit de cité. Le Premier ministre anglais fit d’ailleurs le nécessaire pour mettre à mal une organisation qui avait donné jusqu’alors globalement satisfaction. La contagion idéologique allait gagner la France, il fallait mettre à bas un système pour pouvoir laisser le champ libre à la gestion purement capitaliste du secteur de la santé et des retraites.

Après tout, cela aurait été à peu près concevable sans l’irruption de la financiarisation de l’économie. Il y a peu d’effort intellectuel à fournir pour se rendre compte que le secteur des assurances sociales ne peut faire l’objet d’un commerce de type classique. C’est pourtant le rêve de toutes les sociétés d’assurance qui aimeraient bien mettre la main sur le magot et s’en tenir à une organisation à l’américaine de pré-Obama. Nous n’en sommes pas encore là.

Donc sécurité sociale. Des cotisations assises sur les salaires doivent fournir les ressources nécessaires au fonctionnement du système. Mieux encore, tout cela va fonctionner convenablement durant des années, même en temps de crise économique. Crise , s’entend. Les budgets seront en déficit mais assez faiblement. Toutefois, pour tenir compte de cela et aussi de la différence grandissante entre le nombre de cotisants et le nombre d’assurés, puis de l’élargissement du spectre des interventions en matière de prestations, on a décidé de faire participer le budget de la nation, notamment avec la création de la CSG.

Pourtant, un mouvement de fond s’est fait jour dès les années 70. On perdait des emplois, beaucoup même et l’écart entre la population active et la population en âge de travailler n’a fait que croître.

C’est une forme de choix. Option à été faite de privilégier le secteur tertiaire sans beaucoup se demander ce que l’amoindrissement du secteur industriel faisait peser de menace sur l’économie entière. Le vieillissement de la population vient se greffer sur cette première difficulté rendant illusoire la baisse des dépenses tant souhaitée. Ajoutons en dernier lieu la modération salariale. Ce cocktail à une conséquence, il mène à la ruine.

Faisons simple  : cette année, la loi de financement des dépenses sociales marque que nous avons besoin de 455,8 milliards d’euros pour couvrir les dépenses (Assurance maladie-maternité invalidité ; assurance vieillesse ; veuvage ; accident du travail ; autonomie ; allocations familiales). En face de cela ont trouve 440 milliards de recettes (cotisation 64 % ; CSG 16,4 % ; contribution de l’État 12,2 %, divers 2,7 %).

Remarques : il manque 15,6 milliards pour équilibrer et la part des cotisations baisse
constamment.

Premier point. Le déficit (prévu) représente 3 % du total. C’est assez peu. Notons que dans le même temps le déficit de l’État est de 6 % pour la même période. Pour peu que ce soit, cela coûte cher en matière d’endettement.

Petit insert : les allégements de charges sociales se montent à 30 milliards dans le même temps. Évidemment vous pouvez arguer l ’utilité des allégements. Après tout cela fait baisser le coût du travail... Et quelle bonne idée que cette TVA (dite sociale ou non, selon les jours) qui va permettre encore d’alléger le coût du travail, ce qui va faire bondir notre compétitivité !

Stupide. On va faire plus simple. Déjà, alléger les charges de ceux qui ne font face à aucune concurrence internationale (genre grande distribution) n’a aucun sens. Que l’on puisse privilégier des secteurs authentiquement stratégiques peut se concevoir ! Supprimons donc ces niches sociales inutiles et même nocives puisqu’elles constituent autant de trappes à bas salaire.

Déjà, rien qu’avec cela votre budget est excédentaire. Pourtant, le fond du problème n’est pas là. Structurellement, les comptes pourraient déjà être équilibrés par la simple mise à niveau des salaires. En effet, les dépenses sociales augmentent, les salaires pratiquement pas. Dans certains secteurs, le simple rattrapage des salaires féminins sur les salaires masculins fournirait une hausse sensible des cotisations et au-delà de cela, une hausse, même modérée, des rémunérations y suffirait aussi.

Les choses ne sont jamais aussi compliquées qu’on veut le faire croire, il suffit d’entrer dans les chiffres et de tenir compte des proportions. Cela vous montrera que le système n’est pas tant en crise qu’on le prétend, qu’il peut être non seulement sauvé mais amendable, fiable et durable.

Il faut le vouloir !..

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