Situation : Avant de partir...

Samedi 25 août 2012 // Divers

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Drapeau de FranceNe contrôlant pas le temps, nous serions bien en mal d’écrire l’Histoire des semaines qui nous séparent de notre numéro de rentrée. Craquera, craquera pas ? Voici quelques éléments pour nourrir vos réflexions estivales...

Le sommet européen qui vient de se clore a pris la décision de franchir un nouveau cap dans l’intégration européenne. C’est une vieille lune de l’euro-technostructure qui pousse vers une intégration dont personne ne semblait vouloir parmi les peuples. L’utilisation de l’arme de la dette a été déterminante pour parvenir à ce brillant résultat. Notez au passage qu’il n’est question que d’un contrôle sur les dépenses et nullement et peut être moins que jamais - sur les recettes. Or, qu’on le veuille ou non, c’est leur mutualisation qui fait un État.

Le bourrage de crâne a été si bien fait que l’on ne trouve plus grand monde, dans le public, pour contester les dogmes sur la dette et les moyens de la rendre supportable avant de s’en débarrasser... Tout le monde est aujourd’hui persuadé que nous sommes en faillite et qu’il faut accepter des purges à répétition pour éviter les drames qui ne manqueraient pas de se produire si l’on continuait. Pourtant, est-ce si simple ? La réflexion de l’économiste Jacqueline Renversez (1) donne à penser. En effet, est-il pertinent de comparer le montant des encours au PIB ? Nous pensions déjà que non.

Simplifions. Imaginez que vous vous endettiez de 200 000 euros pour l’achat d’un appartement. Cette acquisition entre dans votre patrimoine. Votre réflexe est donc de comparer le montant de vos annuités d’emprunt, mettons 12 000 euros, au montant de votre acquisition. Logique direz-vous. Ah, bon ! vous êtes sûr ? Alors pourquoi admettre que l’on compare notre dette nationale à notre revenu annuel ? Imaginez-vous votre banquier vous expliquer qu’en fait vous deviez rapporter votre encours global à vos revenus ? Mettons que vous ayez 40 000 euros de salaire(s). Comprendriez vous que l’on vous montre du doigt parce que gagnant 40 000 vous avez une dette de 200 000 ? En suivant le raisonnement de nos bonimenteurs médiatiques, vous êtes un problème. Vous êtes endettés à 500 % de votre Produit Personnel Brut. Vous voilà devenu pire qu’un Grec, un Espagnol, un Portugais et un Italien réunis. Absurde n’est-ce pas ?

Eh bien ! pourtant, cette absurdité est devenue dogme et de là : norme. N’était-il pas plus pertinent, poursuit notre économiste, de mettre en regard de nos 1 850 milliards de dettes le montant de notre patrimoine national ? Évidemment, il resterait à s’entendre sur ce qui le compose mais même dans le pire des cas, cela donnerait une vision beaucoup plus objective des réalités. Même sans cela, le chiffre total des dettes pour la zone euro n’atteint pas, et de très loin, le montant de l’épargne sur la même zone qui dépasse les 19 000 milliards d’euros.

En fait, nous vivons en économie une drôle d’époque. Les penseurs en vogue ont supprimé le temps, l’aléa, les interactions et ils confondent allègrement micro et microéconomie. Plus rien ne fait sens dans les médias.

L’objectif est simple : vendre une solution dont personne ne veut. Le sommet européen aura encore réussi à acheter du temps mais pour quoi faire ou mieux encore pour faire quoi ? Nul ne veut aujourd’hui parmi les dirigeants mettre l’accent sur la réalité. Elle est pourtant limpide. L’Europe à la mode berlinoise ne plaît qu’aux Allemands et ne profite grandement qu’à eux. Le volet croissance de l’accord, portant sur 120 milliards d’euros, servira sans doute, mais en quoi cette solution conjoncturelle peut-elle régler un problème structurel ? On va sauver les banques espagnoles et italiennes mais pour combien de temps ?

Un énervement : le chœur des pleureuses veut nous apitoyer sur la pauvre Allemagne qui paierait pour les imbéciles, les lâches, les fainéants et les voleurs. Un tel argument m’est devenu insoutenable. Séchez vos larmes ! Les excédents allemands ont été faits sur le dos de toute l’Europe. N’y aurait-il pas justice à ce qu’elle en rende un tout petit peu ? Les germanos-pratins sont devenu germanos tout court !

Il faut rassurer les marchés, détendre les difficultés de financement de nombre d’États européens ; il faut limiter la spéculation. On va investir sur des secteur d’avenir et c’est évidemment une bonne chose, encore que la somme globale est tout de même maigrelette. Il faut attirer l’attention sur la création d’un organisme de coordination et de contrôle bancaires. Le premier objectif est la garantie à l’échelon européen des dépôts. Ce n’est pas rien, mais aurait-on pris une telle mesure si l’on n’avouait pas implicitement que la situation du secteur est dramatique ? Les Quantitative easing consenties aux banques par la BCE n’ont pas servi à grand chose, les établissements en ont profité pour se désendetter mais en rien leurs mauvaises pratiques n’ont été attaquées.

Que retenir de tout cela ? La réalité se venge toujours. Les spéculateurs et tous les intervenants financiers qui ont fait le pari de la mort de la monnaie unique ne vont pas en rester là. Ce serait trop simple. Tout démontre que les plans d’austérité ont largement échoué. De cet échec il faudrait faire une norme, une obligation, une loi ? La récession est déjà là et la dépression menace. Les mois qui viennent vont être terribles pour l’emploi. Hasardons une prévision. Acheter du temps a deux inconvénients : c’est très cher et le pire c’est que l’on ne sait jamais combien de temps on a devant soi. Des mois, des semaines ? Les crises financières adorent l’été, les problèmes de fond sont toujours là... Alors ?

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