Shutdown : rien n’est vraiment réglé.

Washington.

Vendredi 15 novembre 2013 // Le Monde


Le sénateur républicain texan Ted Cruz. Un chef charismatique pour la droite populiste. Déjà en piste pour la présidentielle de 2016.

La crise budgétaire américaine est résolue, mais ce n’est qu’un entracte. Dans trois mois, tout peut recommencer. Et même en pire.

Alors que le très populaire Z00 de Washington, l’une des victimes du shutdown, a rouvert ses portes, nombre d’Américains aimeraient jeter les responsables politiques de la crise dans la fosse aux lions. Le défaut de paiement a été évité de justesse, l’État fédéral a repris ses activités, mais la lourde facture de ces seize jours de querelle révolte les Américains : 24 milliards de dollars de manque à gagner pour l’économie, estime Mark Zendi, économiste à l’agence de notation Moody’s.

La crise a pris fin à 22h10, le 16 octobre, à moins de deux heures du délai fatidique. Pour éviter à tout prix le défaut de paiement et dépasser l’opposition du Tea Party, le président de la Chambre des représentants, le républicain John Boehner, soumettait à un vote en séance plénière le compromis entériné quelques heures plus tôt par le Sénat. Le texte était finalement approuvé, par 285 voix contre 144 ; 87 des 232 représentants républicains venaient de voter avec les 198 démocrates. Boehner se confiait à une radio de l’Ohio, son État d’élection : « Nous nous sommes bien battus, mais nous avons perdu. »

Peu après minuit, ce 17 octobre, Barack Obama pouvait promulguer une loi pour fournir les fonds nécessaires au fonctionnement de l’État jusqu’au 15 janvier. Le paiement des dettes est autorisé jusqu’au 7 février. Une commission bipartisane pouvait se mettre au travail pour définir un budget acceptable pour les deux Assemblées, Sénat et Chambre, d’ici au 13 décembre. Les ultra conservateurs, qui espéraient affaiblir la réforme sur la santé d’Obama (Obamacare), n’ont obtenu qu’une minuscule concession, sans réussir à retarder l’entrée en vigueur de l’assurance obligatoire, une « abomination » aux yeux des libertariens, qui y voient une intrusion de l’État dans la vie privée des citoyens.

Barack Obama a marqué des points. Son refus de négocier toute loi qui serait assortie de conditions, particulièrement sur l’Obamacare, a été payant. Il a forcé les républicains à la reddition. Ses adversaires ont plié, pour ne pas porter la responsabilité de mettre les États-Unis en défaut de paiement, pour la première fois de leur histoire. Obama s’est fixé trois objectifs pour le proche avenir : des accords sur le budget, l’adoption d’une réforme de l’immigration et une loi agricole.

Les grands perdants sont bien sûr les républicains. Du moins à court terme. Le New York Times parle d’une « guerre civile » au sein du parti. La crise a révélé la profonde division entre l’establishment, dont font partie les sénateurs John McCain, Lindsey Graham, Mitch McConnell et d’autres anciens, et les rebelles du Tea Party, arrivés en force au Congrès en 2010. Les modérés ont derrière eux Wall Street et les milieux d’affaires, inquiets des foucades des "Jeunes-Turcs" républicains.

Les populistes attirent de leur côté l’électorat opposé à un rôle accru de l’État en matière fiscale, sociale et sociétale. Ils sont soutenus financièrement par des organisations aux coffres bien remplis telles que Heritage Foundation, Heritage Action for America ou FreedomWorks. Le nouveau chef de file des républicains populistes est le jeune sénateur texan Ted Cruz, un latino charismatique de 42 ans, équivalent masculin de Sarah Palin, l’ancienne pasionaria du Tea Party. Certains le détestent, y compris dans son parti. McCain l’appelle « le cinglé ». Ted Cruz n’en a cure. Il sait qu’il ale soutien d’une base solide, s’il décidait de se présenter en 2016. Cruz entend poursuivre son combat contre l’Obamacare, en profitant des débuts assez désastreux du programme, dus à une défaillance du système informatique.

La commission sur le budget a commencé ses travaux, mais les mêmes désaccords subsistent. Le sénateur démocrate Harry Reid, négociateur de l’accord au Sénat avec son collègue républicain Mitch McConnell, fait ce constat : « Tout cela pour rien. » Les démocrates n’acceptent de réduire les dépenses publiques qu’en échange de nouveaux impôts sur les plus hauts revenus. Inacceptable, répondent les républicains. La perspective n’est pas encourageante. L’entracte pourrait durer trois mois. Le deuxième acte pourrait ensuite ressembler au premier. Si tel était le cas, Mark Zendi l’as-su e : « Les conséquences en seraient cataclysmiques. »

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