MUTILATIONS SEXUELLES

Seule la généralisation de l’éducation pour tous sauvera l’Afrique.

Lundi 2 septembre 2013, par Jean Paul Tedga // L’Afrique

Dans un rapport publié lundi 22 juillet 2013, l’Unicef (Fonds des Nations-Unies pour l’enfance) constate un recul de la pratique de l’excision dans 29 pays d’Afrique et du Moyen-Orient. En réalité, l’Unicef est un peu optimiste car bien que la plupart des personnes interrogées durant l’enquête disent condamner cette pratique, plus de 125 millions de femmes sont mutilées dans les 29 pays concernés et l’Unicef estime que 30 millions de filles seront encore victimes d’excision dans les dix prochaines années.

Ces chiffres montrent encore le grand décalage qui existe entre la volonté de se détacher de cette pratique rétrograde et la réalité de la situation. Il faut préciser que malgré plusieurs coûteuses campagnes de sensibilisation, plusieurs pays africains sont restés hermétiques à une évolution des moeurs concernant l’excision. Considérée comme une pratique ancestrale, elle n’est pas fondamentalement différente, dans l’entendement de certains, de la circoncision que subissent les garçons. C’est l’épreuve de passage à l’âge adulte. En pôle position de l’excision, on compte la Somalie, la Guinée, Djibouti et l’Egypte, où les populations procèdent quasi systématiquement à des mutilations génitales : en moyenne, près de 9 femmes sur dix âgées de 15 à 49 ans sont excisées dans ces 4 pays. Sur ce plan, l’arrivée au pouvoir en Egypte, en 2012, du président islamiste (aujourd’hui déchu), Mohamed Morsi, ne pouvait qu’aggraver la situation.

A quelque chose malheur est bon ? Ces pays ne sont pas les seuls dans le registre (noir) de l’Unicef : aucune diminution de la pratique n’a été observée en Gambie, en Guinée Bissau, en Somalie, au Mali, au Sénégal, au Soudan et au Tchad. Les moralisateurs de l’Unicef ont, donc, encore beaucoup de boulot devant eux.

Pour réduire le risque des mutilations sexuelles, il ne faut pas passer par quatre chemins : seule l’éducation des jeunes filles permet de vaincre les vilaines habitudes comme l’excision qui ont la peau dure dans beaucoup de nos contrées. Car une jeune femme qui, parce qu’elle ne pouvait pas contrarier ses parents, avait été excisée et qui ne voit pas, aujourd’hui, l’intérêt de cette pratique d’un autre âge sur ses propres filles, ne les fera pas exciser. Mieux, elle agira même sur son environnement immédiat pour éviter l’excision dans son entourage. C’est donc par l’éducation que le combat sur l’excision peut se gagner. L’éducation, l’éducation, encore, l’éducation.

Dans la durée les grosses campagnes de publicité n’ont qu’une portée limitée car dans les villages et campagnes où opèrent les fameuses exciseuses, on est insensible à cette forme de communication moderne : on ne regarde pas la télévision ; on écoute très peu la radio. Les affiches au bord des carrefours attirent plutôt le regard des plus jeunes... Voilà pour l’efficacité des campagnes de communication.

La Guinée est citée comme un mauvais exemple des pays où l’excision se pratique à grande échelle encore de nos jours. Pourtant, Lansana Conté, celui qu’on appelait le président-paysan » pour montrer son côté traditionnel, avait, pendant son règne, trouvé une solution qui marchait. A la tête du département de l’Enseignement de base, il avait nommé une femme : Dr Aïcha Bah Diallo dont le profil collait à sa mission d’éducatrice. Elle n’hésitait pas à l’utiliser pour convaincre les parents les plus fermés à l’évolution, à qui, très courtoisement, elle tenait, quand elle en avait l’occasion, des séances de sensibilisation et d’explication afin qu’ils consentent à envoyer leurs filles à l’école et à ne pas les exciser. Venant d’une femme mariée et mère d’une fille qui a fait, elle-même, ses études aux Etats-Unis jusqu’à l’obtention d’un Ph D et qui a su préserver ses valeurs culturelles de femme guinéenne, le message porté par Aïcha elle-même aux hommes guinéens passait cinq sur cinq. Sans que la Guinée ait besoin de dépenser un trésor de guerre pour financer cette campagne.

La Guinée a été un cas d’école pour ce problème non seulement de lutte contre l’excision, mais aussi d’éducation de la jeune fille et, généralement, des réformes réussies du système d’enseignement. Résultat, Dr Aïcha Bah Diallo fut sollicitée pour partager son expérience à l’international. Appelée à l’Unesco à Paris par Federico Mayor, elle fut chargée de l’éducation de base non plus pour la seule Guinée mais pour les 200 pays membres de l’organisation. On peut simplement regretter que la dynamique de sa sensibilisation ait été cassée avec son départ du gouvernement. Aujourd’hui, la Guinée est en queue de peloton des pays cités en mauvais exemple.

Dans certains pays africains, les premières dames viennent, également, en appui à l’action effectuée par de : ministres (femmes) chargées ces questions, et de manière générale par les pouvoirs publics, résultats inégaux. Cela dit, seul le développement de l’éducation de la jeune fille aide véritablement à faire changer la donne. Autant dire qu’il faut y mettre les moyens c’est-à-dire, une bonne dose de volonté politique.

Terminons pas une note optimiste pour nos filles et soeurs déjà excisées. Rien n’est jamais perdu car la reconstruction du clitoris n’est plus impossible de nos jours. Ici, aussi, ce n’est qu’une question de moyens donc de volonté politique. Dans la revue médicale internationale, The Lancet, un chirurgien français a apporté la démonstration de l’efficacité de la technique qu’il a mise au point. Cette reconstruction permet à la fois à la femme de souffrir moins et d’améliorer la qualité de son plaisir lors de relations sexuelles. Ce travail, une première mondiale, est signée du docteur Pierre Foldès de l’hôpital de Poissy-St-Germain, inventeur de la technique, ainsi que du docteur Béatrice Cuzin de l’hôpital Edouard-Herriot de Lyon et d’Amelle Andro de l’Université Panthéon-Sorbonne, grâce au financement de l’Association française d’urologie.

Cette intervention chirurgicale permet une reconstitution clitoridienne complète avec l’ensemble de ses nerfs et de ses vaisseaux. L’intervention dure environ une heure et nécessite une hospitalisation de 24 heures.

Je pense qu’une telle trouvaille plaide en faveur de la multiplication de ces interventions dans les pays africains où l’excision a fait et continue de faire beaucoup de dégâts. En plus de la sensibilisation qu’elles font, c’est â ce niveau que les premières dames d’Afrique peuvent agir afin que leurs distingués époux débloquent des moyens financiers conséquents destinés à corriger les mutilations faites sur les corps de certaines de leurs compatriotes. Et ce, sans qu’on n’ait vraiment besoin d’utiliser de grosses expressions savantes à la mode du genre ,, droit de la femme à disposer de son corps » ou je ne sais quoi d’autre...

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