Mediapart

Scandale Tapie, acte II

Par Laurent Mauduit.

Mardi 8 janvier 2013 // La France

Décidément, le scandale Tapie fonctionne comme un système de poupées russes. Il y avait un premier scandale, celui de l’arbitrage qui a permis à Bernard Tapie grâce à l’intervention de Nicolas Sarkozy dans la procédure judiciaire portant sur le contentieux de l’ex-Crédit Lyonnais de percevoir 403 millions d’euros dont 304 millions sont tombés en net dans sa poche, à l’issue d’une sentence controversée prononcée le 7 juillet 2008.

Et puis voilà que de ce scandale en découle un second : grâce à une partie de ces sommes, prélevées indûment dans la poche des contribuables, le même Bernard Tapie, qui vise la mairie de Marseille, vient de racheter, en association avec Philippe Hersant, les principaux journaux régionaux du sud-est, grâce à d’invraisemblables manœuvres auxquelles ont prêté la main des personnages aussi différents que l’administrateur judiciaire concerné par le dossier, Christophe Thevenot ; le patron de BPCE, François Pérol ; le président de l’Union des démocrates et indépendants (UDI), Jean-Louis Borloo ou encore le président socialiste de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone.

Le premier scandale est de fait à l’origine du second. On se souvient que sitôt élu président de la République, en 2007, Nicolas Sarkozy a apporté une aide sans précédent à son ami Bernard Tapie : alors que ce dernier était engagé dans une procédure qui tournait à l’avantage du Consortium de réalisations (CDR), la structure publique qui a repris en 1995 les actifs douteux de l’ex-Crédit Lyonnais, le chef de l’État de l’époque est intervenu dans le dossier pour suspendre la procédure judiciaire ordinaire et engager un arbitrage privé qui, lui, a retourné la décision de justice qui se profilait et a fait la fortune de Bernard Tapie.

Des irrégularités si nombreuses ont eu lieu à cette occasion qu’une cascade de procédures sont en cours devant plusieurs juridictions. D’abord, plusieurs hauts fonctionnaires ont été traduits devant la Cour de discipline budgétaire. Ensuite, l’ancienne ministre des finances, Christine Lagarde, qui est actuellement directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), fait l’objet d’une enquête de la Cour de justice de la République pour « complicité de détournement de fonds publics ». Et le Parquet de Paris a, de son côté, ouvert récemment une information judiciaire sur la base de suspicions voisines. En bref, ce sont des soupçons très lourds qui pèsent sur l’arbitrage.

L’aide apportée par Nicolas Sarkozy à Bernard Tapie n’a d’ailleurs pas porté que sur l’arbitrage controversé. Mediapart détient aussi la preuve formelle que Bernard Tapie a été reçu plusieurs fois à l’Élysée, dont une fois par le secrétaire général Claude Guéant, après l’arbitrage, en mai 2009, pour discuter du montant de ses impôts.

L’édito vidéo ci-dessous, mis en ligne par Mediapart le 10 octobre 2008, résume les grands enjeux de ce premier scandale Tapie.

Pour écrire cet article, je me suis entretenu par téléphone avec Me Maurice Lantourne, l’avocat de Bernard Tapie. J’ai eu aussi plusieurs contacts avec des sources bancaires impliquées dans le dossier, mais qui ont requis l’anonymat. J’ai cherché aussi à joindre le secrétaire général adjoint de l’Élysée, Emmanuel Macron, qui accepte de parler ordinairement avec de nombreux médias, mais qui a systématiquement refusé de le faire avec Mediapart depuis l’alternance, malgré des appels répétés.

Depuis le début du scandale Tapie, j’ai aussi souvent cherché à joindre le socialiste Claude Bartelone, qui a en diverses circonstances fait du lobbying en faveur de Bernard Tapie. Devenu président de l’Assemblée nationale, il a continué ses démarches ces derniers jours. J’ai donc de nouveau cherché à le joindre, mais mon appel est resté, comme à l’habitude, sans réponse. J’ai aussi fait savoir au directeur de la communication de BPCE que j’aimerais avoir un échange, mais il n’a pas même accusé réception de ma demande.

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