Scandale Leonarda - La France humiliée.

Mardi 19 novembre 2013 // La France

En autorisant l’adolescente à revenir en France, Hollande a cédé à la pression de la gauche et des lycéens, sans satisfaire personne. Cette affaire en dit long sur la faiblesse de l’exécutif et sur le laxisme du gouvernement en matière d’immigration.

Pantalonnade ? Pantomime ? On hésite encore à nommer le spectacle consternant que le gouvernement a offert aux Français, la semaine dernière. À coup sûr, un sommet ! Qui aurait cru que le président de la République intervienne solennellement, depuis l’Élysée, pour évoquer, à l’heure des journaux télévisés, l’expulsion d’une gamine de 15 ans à la nationalité encore incertaine ? Puis que l’adolescente en question, méprisant sa proposition, lui rétorque par médias interposés qu’elle a bien l’intention de rentrer en France mais avec sa famille pour y« faire la loi » ?

Qui aurait pu croire aussi que le premier secrétaire du PS, ancien président de SOS Racisme, désavoue immédiatement le chef de l’État, ouvrant à gauche une crise d’une exceptionnelle gravité ? Qui aurait dit, enfin, que le gouvernement, à la demande de Vincent Peillon, irait jusqu’à "sanctuariser" l’école, c’est-à-dire à exclure collèges et lycées de l’application du droit, instaurant au bénéfice des "sans-papiers" un droit d’asile scolaire inédit dans l’histoire de la République ?

Oui, l’affaire Leonarda est en tout point exemplaire. Exemplaire de la faiblesse et de l’indécision du chef de l’État ; exemplaire des divisions de sa majorité, dont la plupart des dirigeants sont acquis à la préférence étrangère ; exemplaire surtout de la façon dont la gauche bafoue la loi dès que les médias et quelques lycéens manipulés par des associations prétendument antiracistes prennent fait et cause pour une famille d’étrangers en situation irrégulière ce qui en dit long sur l’incroyable "haine de soi" qui sévit en France comme en Europe.

Tout a été dit sur la famille Dibrani, au cours de ce mauvais feuilleton télévisé. Rom de nationalité Kosovare, le père, Resat, est entré irrégulièrement sur le territoire français, le 26 janvier 2009, dans le but d’y obtenir l’asile pour lui et sa famille. Sa demande a été rejetée par trois fois, dont une en appel, son comportement ne dénotant pas « une réelle volonté de s’intégrer à la société française », selon les services compétents. Mis en cause dans deux affaires de cambriolage et de vol, il est aussi soupçonné de violences sur ses filles aînées.

En Italie, où la famille résidait auparavant (ce que le père a dissimulé aux autorités françaises pour ne pas y être renvoyé), « les enfants ne fréquentaient que très peu l’école, témoigne le maire de Fano, Stefano Aguzzi. [M. Dibrani] les envoyait mendier. Ils vivaient dans la rue », bien que la mairie les ait logés dans une ancienne école. « Nous lui avons indiqué qu’il ne pouvait pas continuer à vivre ici sans rien payer, poursuit l’édile. Nous lui avons précisé les règles à observer s’il voulait pouvoir rester ici. »

Les bénévoles qui sont venus en aide à la famille Dibrani n’ont jamais obtenu du père qu’il accepte de travailler. « Il tenait deux jours, et après se disputait avec tout le monde, témoigne l’un d’eux dans le journal il Fatto quotidiano. Il vivait au jour le jour et faisait souvent des tournées pour récupérer de la ferraille. » En France, « il ne cachait pas attendre le versement des prestations familiales qui suivraient sa régularisation pour assurer un revenu à sa famille » (C’est donc cette famille que la gauche a prise pour modèle d’intégration, réclamant son retour dès qu’elle a connu l’expulsion de l’adolescente.

Curieusement, au regard de ses fonctions, c’est le président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone, qui a ouvert le bal, le 16 octobre : « Il y a la loi. Mais il y a aussi des valeurs avec lesquelles la Gauche ne saurait transiger. Sous peine de perdre son âme », a-t-il écrit sur Twitter. Cécile Duflot et beaucoup d’autres ont enchaîné sur le registre compassionnel : « C’est la chance de notre pays, cette capacité de faire en sorte que les enfants, d’où qu’ils viennent, soient capables de s’intégrer », a-t-elle estimé, décelant chez Leonarda un « accent franc-comtois » de bon aloi.

Même Valérie Trierweiler a pris fait et cause pour l’adolescente : « L’école n’est pas un lieu d’exclusion. On le voit pour les enfants handicapés, mais on le voit aussi pour des enfants qui n’ont pas de papiers ou qui sont plus défavorisés. Il y a sans doute des frontières à ne pas franchir et cette frontière, c’est la porte de l’école », a-t-elle déclaré, le 18 octobre sans s’émouvoir du manque d’assiduité de Leonarda :78 demi-journées d’absence l’an dernier !

Mais, plus encore que la supplique de sa compagne, ce sont les lycéens qui auront fait plier François Hollande : à l’appel de l’UNL et de la Fidl (deux associations proches de l’aile gauche du PS), quelques milliers d’adolescents sont descendus dans la rue dès le 16 octobre pour exiger le retour de Leonarda et celui de Khatchik, un lycéen sans papiers interpellé dans le cadre d’une enquête sur un vol commis dans un magasin à Paris et expulsé le 12 octobre vers l’Arménie. Finalement, il aura suffi de quatre jours pour que le chef de l’État leur cède, en accordant à Leonarda de rentrer seule en France, alors qu’il a méprisé pendant plusieurs mois les millions de Français hostiles au mariage homosexuel...

Accordée au mépris de la loi, cette concession n’aura cependant pas calmé toute la gauche. RESF (Réseau éducation sans frontières) continue de réclamer le retour « sans conditions » de la famille Dibrani : « On a honte pour tous ceux qui, de près ou de loin, maire, fonctionnaires de la Paf [police aux frontières], préfet, membres du cabinet, imbéciles ou salauds, ont collaboré à cette arrestation. Ont-ils remarqué que la jeune Leonarda a été interpellée sur le parking du collège Lucie-Aubrac ? Aubrac ? Connais pas ? »

Au PS, Un monde d’avance, le courant animé par Benoît Hamon, exige, comme Harlem Désir, que Leonarda revienne « accompagnée de sa fratrie et de sa mère », estimant qu’un enfant mineur ne peut choisir entre sa famille et sa scolarité ». Député de l’Essonne, ancien président de SOS Racisme, Malek Boutih juge que la position de François Hollande « mécontente tout le monde et n’a pas de sens politique ni de sensjuridique ». Et Jean-Vincent Placé, président du groupe EELV au Sénat, appelle les lycéens à poursuivre leur mouvement après les vacances ! « Des Leonarda, il y en aura plusieurs dizaines, a-t-il dit. Il ne faut pas fermer les yeux »...

Faut-il leur rappeler que Manuel Valls, s’il joue la fermeté dans cette affaire, a considérablement assoupli les conditions de régularisation des étrangers en situation irrégulière ? Depuis la circulaire du 28 novembre 2012, cinq ans de présence en France suffisent pour être régularisé si l’on est parent d’un enfant scolarisé depuis trois ans. Ce temps de présence est même réduit à trois ans pour les sans-papiers ayant travaillé pendant vingt-quatre mois.

Le ministère de l’Intérieur estime à 350 000 le nombre de clandestins dont de nombreux déboutés du droit d’asile, qui demeurent illégalement sur le territoire français dans l’espoir d’obtenir, à terme, des papiers (en 2012, 61468 demandes d’asile ont été déposées et moins de 10 000 ont été satisfaites). Dans son rapport sur les conditions d’éloignement de Leonarda, l’Inspection générale de l’administration mentionne la régularisation récente de deux autres familles, « présentes depuis moins de cinq ans sur le territoire mais ayant fait preuve d’une réelle volonté d’insertion dans la société française ». Environ 30 000 sans-papiers étaient régularisés chaque année, avant même les modifications apportées par Manuel Valls.

L’incroyable famille Dibrani.

Le rapport de l’Inspection générale de l’administration sur les modalités d’éloignement de Leonarda est accablant pour son père. Extraits.

"M. Dibrani n’a jamais donné suite aux propositions d’embauche qui lui étaient faites, et il ne cachait pas attendre le versement des prestations familiales qui suivraient sa régularisation pour assurer un revenu à sa famille [...]. Un élu (qui a suivi la famille) a signalé que la famille Dibranine s’était pas engagée dans un processus d’intégration, que l’ensemble des efforts fournis pour lui venir en aide avait en définitive échoué. Il a également souligné l’absentéisme de certains enfants. Selon les données recueillies par la mission, les absences de Leonarda au collège sont de 66 demi-journées en sixième, 31 en cinquième, 78 en quatrième et 21 et demie depuis le début de l’année scolaire actuelle. [...]

Plusieurs témoignages ont fait état du défaut d’entretien du logement mis à disposition de la famille et des problèmes de voisinage qui en ont résulté. La famille a d’ailleurs laissé ce logement dans un état de dégradation avancée. D’importants travaux seront nécessaires avant que ce logement puisse de nouveau accueillir une famille de demandeurs d’asile. Une procédure a en outre été établie auprès de la gendarmerie le 26 août 2013 pour différend de voisinage. M. Dibrani n’a pas hésité à user de menaces afin d’éviter d’être expulsé de cet appartement ; il a indiqué qu’il ferait exploser une bouteille de gaz [...]. Aux agents de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, qui lui proposaient une aide au retour (8 500 euros, la première fois ; 10 000 euros une deuxième), il a annoncé qu’il tirerait sa famille s’il était expulsé.

M. Dibrani a également été placé en garde à vue pour un cambriolage par la communauté de brigade de Saint-Vit le 14 octobre 2010. Il a aussi été mis en cause comme auteur dans un vol commis dans une déchetterie à Levier.

Enfin, les filles aînées de M. et Mme Dibrani ont été prises en charge par les services sociaux du conseil général après avoir fait état de violences exercées par leur père (placement en garde à vue pour violences sur mineur par ascendant à la communauté de brigade de Pontarlier le 15 janvier 2013), mais elles se sont ensuite rétractées. Selon l’avis d’un conseiller général, rester dans le foyer où elles avaient alors été placées aurait favorisé leur intégration, elles n’ont pas saisi cette chance."

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