Sauvagerie.

Par François d’Orcival

Samedi 27 octobre 2012 // Le Monde

Ce n’est pas Manuel Valls que François Hollande aurait dû emmener avec lui lundi soir à Échirolles. C’est Christiane Taubira. C’est elle qui aurait dû répondre à l’interpellation de la mère de famille dans ce quartier après la tuerie des deux garçons de 21 ans, dans la soirée du 28 septembre. Car il ne s’agit pas d’une affaire de police, mais d’un problème de politique pénale et de politique tout court. Dès le lendemain de la visite surplace du président de la République, policiers et gendarmes faisaient leur métier : ils interceptaient une quinzaine des agresseurs des deux jeunes hommes atrocement tués au marteau et au couteau. Mais que vont devenir les petits caïds et leurs émules remis au juge ? D’où viennent-ils, de quoi vivent-ils, quel âge ont-ils ? Quelle sera la sanction ?

Ils sont venus d’un quartier de Grenoble déjà célèbre pour ses émeutes, la Villeneuve. Ils sont venus pour une affaire de "mauvais regard", de "regard de travers’ ; agissant comme des bêtes sauvages, vous diront les psychiatres. Ce quartier où ils ont leurs lits, leurs cages d’escalier, leurs "choufs" et leurs trafics, était celui où un autre président de la République était venu, le 30 juillet 2010, prononcer un discours qui allait faire date. C’est de là qu’avaient surgi des braqueurs de 25 et 26 ans dont l’un avait fini sous les balles des policiers qu’ils avaient attaqués ; le lendemain, le quartier était en feu. Nicolas Sarkozy était venu dire là des vérités que l’on n’avait pas l’habitude d’entendre : « Nous subissons les conséquences de cinquante années d’immigration non maîtrisée. » Cela sanctionnait l’échec du modèle d’intégration à la française :"un modèle qui ne marche plus"— malgré les dizaines de milliards dépensés pour la "politique de la ville" avait ainsi, pour la première fois, relié violence, délinquance et immigration incontrôlée, brisant le tabou de la complaisance. Il n’avait pas dit « la principale cause de la violence, c’est le chômage », comme d’habitude, mais « c’est la permissivité et la démission ».

Il avait dénoncé le mépris et la haine comme moteurs de l’action des voyous, et l’angélisme comme excuse courante pour ne rien faire. Ces propos provoquèrent un gigantesque tollé politique et médiatique. Deux ans plus tard, la gauche au pouvoir doit à son tour affronter la réalité. Elle l’a niée ; elle lui saute au visage. « Alors, dit la mère de famille au président de la République à Échirolles, on est où là ?Au Texas ? », comme une autre avait lancé à Nicolas Sarkozy, sur la dalle d’Argenteuil : « Quand allez-vous nous débarrasser de cette racaille ? »

Excepté Manuel Valls, la gauche ne s’y est pas préparée. Elle a même systématiquement voté contre tout ce que la droite aura tenté de faire pour maîtriser les conséquences de ces vagues d’immigration si mal assimilées. « Nous ne devons pas laisser croire que la dissuasion carcérale va réduire la criminalité », osait répliquer à la droite qui faisait justement adopter ce jour-là un texte de lutte "contre les violences de groupes" une Delphine Batho, alors porte-parole socialiste, aujourd’hui ministre du gouvernement Ayrault. Au cours de cette séance du 30 juin 2009, elle n’avait pas hésité à lancer à Christian Estrosi et Éric Ciotti : « En prenant le parti d’aggraver les peines de prison, vous choisissez la solution de facilité... » Et la gauche vota contre.

Comme elle a voté contre la suppression des allocations familiales versées aux familles dont les enfants fuient l’école ou contre tant de plans destinés à réduire la violence scolaire, contre les centres éducatifs fermés ou le service citoyen encadré. Et pourtant, rien de plus dissuasif que la suspension des "allocs" pour les "décrocheurs" du système scolaire ; rien de plus performant que ces centres où les ex-caïds apprennent à changer de régime.

Mais après avoir fait disparaître les tribunaux correctionnels pour mineurs, les peines planchers pour les multirécidivistes, Mme Taubira persiste et signe. Ce que la droite avait voté, elle le démantèle minutieusement. Elle veut mettre fin à la comparution immédiate, procédure la plus efficace contre les jeunes voyous, asphyxier les centres éducatifs fermés, défaire la loi sur les allocations familiales. Ainsi, les policiers pourront continuer à arrêter les bandes et les caïds, les habitants des quartiers défiler en "marches blanches" de la fraternité, le ministre de l’Intérieur pourra faire part de son émotion dans des communiqués et le président de la République condamner des "crimes odieux" dans ses déclarations, il reste qu’ils se seront désarmés, par pur aveuglement.

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