Sarkozy : Valls, Le Pen la France et lui.

Article rétro.

Lundi 11 mai 2015 // La France

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En déplacement avec le président de l’UMP, à quelques jours du premier tour des élections départementales.

Jusqu’au bout, il y croit. Depuis la tribune de Stamford Bridge, où son club de coeur, le Paris Saint-Germain, affronte, le mercredi 11 mars, le Chelsea de José Mourinho, Nicolas Sarkozy ne doute pas. Pas même lorsque son copain Zlatan Ibrahimovic est - sévèrement - expulsé, dès la 3je minute, pour avoir jeté sa colossale carcasse sur les gambettes du frêle Brésilien Oscar. Pas même lorsque les ultra-favoris londoniens plantent une banderille fatale à la 8je minute d’un match qui hésitait à basculer. Pas même lorsque, après l’égalisation miraculeuse du PSG, venue du défenseur David Luiz, avec qui il aime "refaire le match" dans les vestiaires du Parc des Princes, les Blues ruinent à nouveau les espoirs parisiens d’un penalty transformé parle prodige belge Eden Hazard. Il croit, et il y ace coup de tête rageur du défenseur Thiago Silva, celui de la qualification, à la 113e minute... « Héroïques », titrera l’Équipe, le lendemain.

Parce qu’il y a cru, Nicolas Sarkozy ne peut réprimer un sourire béat lorsqu’on évoque avec lui, le jeudi, l’exploit du PSG dans cette Ligue des champions, forteresse imprenable pour les clubs français depuis 1993. On pourrait trouver sans difficulté une métaphore du retour de l’ancien président dans la prouesse de ses footballeurs préférés : une équipe donnée perdante, au fond du trou, en proie au doute, sous le feu des critiques. Sarkozy adorerait que l’histoire du PSG soit celle de l’UMP : un scénario hitchcockien, un finish éblouissant et au bout, bien sûr, la victoire.

Quand on le retrouve à Orly, l’ancien président a l’attitude du guerrier prêt à en découdre. L’étape, ce 12 mars, c’est la centrale nucléaire de Fessenheim. L’objectif : décrocher ses uppercuts contre Hollande, Valls et cette gauche à laquelle il rêve d’ infliger une belle claque » avant celles, promises, des régionales et de la présidentielle. Devant les cadres de la centrale, les coups pleuvent contre le président, ce « menteur », dont il doute des « compétences » ( ce serait une grande nouvelle qu’il en ait »), en déplacement ce jour-là à Grenoble pour vanter la « France qui gagne » : « Une plaisanterie ? » ValIs en prend aussi pour son grade, hystérique chef d’un gouvernement obligé de sortir la « lance à incendie pour éteindre un mégot de cigarette », allusion à l’utilisation du 49-3 pour imposer au forceps la loi Macron. L’ancien président dit à la fois sa « peur » et sa « honte » de voir les Français « exaspérés ». Sarkozy apostrophe son auditoire : « Je vous trouve assez calmes compte tenu du contexte invraisemblable d’amateurisme, de mauvaise foi, de mensonge, de malhonnêteté. » L’ordre de mobilisation est lancé : « Dans dix jours, vous avez une occasion de dire ce que vous pensez de ce gouvernement et de cette majorité-là. »

Les sondages (qu’il jure ne pas regarder) pleuvent et promettent au FN les sommets, ce 22 mars. Valls mène la campagne tambour battant, impose le match avec Marine Le Pen, écartèle l’IJMP. Alors Sarkozy riposte. Aux candidats aux élections départementales, qu’il rencontre à huis clos à Belfort, dans l’après-midi, l’ancien président décline les mille et unes raisons qui l’incitent à « cogner » Marine Le Pen : « Lorsqu’il a fallu choisir pour la France entre la gauche et nous, elle a choisi la gauche, elle est responsable de ce qui arrive aujourd’hui Mais il ne faut plus parler d’extrême droite : elle est d’extrême gauche. Elle a le programme de Mélenchon.. » En privé, Sarkozy confirme sa volonté d’attaquer la présidente du FN tout en essayant de « récupérer ses électeurs » : « Ce n’est pas une question de morale, les électeurs font ce qu’ils veulent. Mais depuis Mitterrand, la gauche se sert du FN pour battre la droite, et ça, c’est terminé. Ça ne leur plaît pas quand je dis "FNPS" ? Eh bien je vais le redire, car c’est la vérité. Depuis dix ans, je suis son principal adversaire parce qu’elle a compris que je suis l’obstacle. La guerre, je n’en ai pas peur. Elle va l’avoir. »

D’autres reçoivent quelques balles perdues sur le champ de bataille. François Bayrou entête, que Sarkozy continue à accuser de l’avoir fait perdre en 2012. « Je suis pour un accord entre la droite et le centre, mais qu’on ne vienne pas demander le soutien pour se faire élire à Pau après avoir fait la courte échelle la gauche. On ne peut pas prendre l’entrée chez nous et le dessert chez eux. Je ne suis pas contre un accord avec le Mo Dem ou M. Bayrou, mais d’abord, il doit dire qu’il s’est trompé en faisant élire François Hollande, puis en refusant de dire qu’il voterait la motion de censure contre le gouvernement de Valls s’il était député. On est dans l’opposition ou on ne l’est pas.

Reste l’impatience de l’électorat de droite, dépité devant la faiblesse programmatique de l’UMP, à deux ans de l’échéance présidentielle. « Je ne veux pas confondre vitesse et précipitation, le président de l’UMP, à quelques jours du premier tour des élections départementales. "Je ne suis revenu ni en amateur ni en touriste", dit Nicolas Sarkozy pour rassurer ses troupes. Je n’ai pas envie de bricoler un programme en deux minutes pour faire semblant d’avoir compris. » Son calendrier de « chef de l’opposition » est clair : deux mois après les départementales, un nouveau parti, dont le nom reste en suspens, même s’il assure avoir son idée, verra le jour. Les idées attendront : « Le seul avantage de Hollande, c’est qu’il aura mis le pays si bas qu’on n’aura pas le choix. La fièvre est si haute qu’un traitement de cheval s’impose. Je veux que nous proposions peu de mesures, qui seront très lisibles et très fortes. »

« Je suis prêt à reconnaître mes défauts, mes erreurs, les domaines où je ne suis pas allé assez loin », répète-t-il comme pour couper court à tout reproche de son interlocuteur. « J’ai voulu décomplexer la droite française. J’ai été insulté durant dix ans, y compris par des gens de ma famille politique, quand j’ai parlé d’identité. Aujourd’hui, tout le monde en parle. » Sarkozy assume l’utilisation des mots « racaille » et « Karcher ». Quand il est interpellé sur son bilan, la progression du FN ou les thèmes identitaires, il se fait offensif, livre un nouveau credo : « Sur l’immigration, j’ai changé, je pense que nous devons passer de l’intégration à l’assimilation. » Un mot encore tabou à droite il y a trois ans. « On s’assimile à un pays qui a son mode de vie et qui ne veut pas en changer. »

"Quand j’ai eu François Hollande au téléphone le soir du 6 mai, c’est lui qui avait un coup sur la tête." Un tabou, pourtant, n’est pas levé : la question de sa candidature à la prochaine présidentielle. S’il jure n’avoir aucune certitude pour 2017, Sarkozy joue sur l’ambiguïté. À Belfort, il harangue ses troupes en atomisant son successeur, qui incrimine son bilan pour justifier ses échecs : « Aidez- moi à lui dire que ce n’est plus moi le président !, se moque-t-il. Mais ça peut revenir... » « Je n’aurais pas dû, mais je n’ai pas pu m’en empêcher », avouera-t- il plus tard. « Je n’avais pas prévu de revenir, explique-t-il en privé. J’étais parti heureux, reconnaissant aux Français de m’avoir donné un score si important. Quand j’ai eu François Hollande au téléphone, le soir du 6mai, c’est lui qui avait un coup sur la tête, parce qu’il n’avait pas imaginé que la barre passerait si près. » Sarkozy détaille sa traversée du désert dorée, rythmée par ces fameuses "cartes postales" : « Je suis resté deux ans et demi sans rien dire. C’était humiliant, ils passaient leur temps à se taper dessus, avec leur haine. J’ai vu le FN devenir la seule force d’opposition, j’ai eu le sentiment que ma famille politique avait perdu toute colonne vertébrale. J’étais à la croisée des chemins et j’ai décidé de m’y remettre. » Est-il prêt à revêtir à nouveau le costume de chef de guerre ? « Ne doutez pas de ma détermination :je ne suis revenu ni en amateur ni en touriste. » Il dit avoir « repris la route ». Et fixe l’horizon : « Dans deux ans, on est au premier tour de la présidentielle. Ça va passer à la vitesse d’une fusée. » D’ici là, qui sait, le Paris Saint-Germain aura peut- être gagné la Ligue des champions...

 

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