Sarkozy-Kadhafi : l’idée d’une enquête parlementaire revient sur la table.

Par Mathieu Magnaudeix et Marine Turchi.

Jeudi 4 juillet 2013 // La France

Réclamée depuis plusieurs mois par des députés de la majorité, l’idée d’une commission d’enquête parlementaire sur les relations franco-libyennes revient sur la table, après les nouvelles révélations sur le financement de la campagne de Nicolas Sarkozy par Kadhafi, en 2007.

Le socialiste Pouria Amirshahi, député des Français vivant au Maghreb et au nord de l’Afrique, ainsi que l’écologiste Noël Mamère, ont déjà évoqué ce sujet ces derniers mois avec le président du groupe PS à l’Assemblée nationale, Bruno Le Roux. Et lui ont demandé la création d’une commission d’enquête. « Et pour l’instant, on a zéro retour », affirme Amirshahi. Bien décidé à revenir à la charge après les déclarations de deux anciens responsables lybiens qui confirment la piste d’un financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. « Tout élément nouveau qui permet de relancer notre demande d’une commission d’enquête est bienvenu, insiste-t-il. Cette affaire est à mettre au rang des scandales d’État potentiels. Il faut absolument savoir si, et comment, Nicolas Sarkozy a utilisé ses relations avec Kadhafi puis la guerre contre lui à des fins politiques personnelles. »

MM. Kadhafi et Sarkozy.
MM. Kadhafi et Sarkozy.© Reuters

La commission d’enquête ne pourrait pas porter directement sur le financement de la campagne de Nicolas Sarkozy, puisqu’une enquête judiciaire est en cours. Mais « elle pourrait être plus large et porter par exemple sur les relations entre la France et la Libye », suggère Amirshahi.

Le sujet n’a pourtant jamais été abordé lors des réunions du groupe PS à l’Assemblée, ni au sein de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale, présidée par Elisabeth Guigou.

Le parti au pouvoir, empêtré dans l’affaire Cahuzac (qui fait en ce moment l’objet d’une commission d’enquête) craint en réalité de donner le sentiment de vouloir créer un contre-feu. Voire d’être accusé d’empêcher un retour de Nicolas Sarkozy en 2017. Sollicités par Mediapart, Bruno Le Roux et Elisabeth Guigou, présidente de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée, n’ont pas répondu.

Depuis des mois, plusieurs socialistes soutiennent pourtant la proposition (lire notre article). Comme Arnaud Leroy, député des Français installés en Espagne et au Portugal. « Au fil des mois et des informations, ce qui pouvait apparaître comme des bruits de couloir commence à devenir un faisceau. Et on se rend compte par ailleurs que le plus proche collaborateur de Nicolas Sarkozy, Claude Guéant, est loin de tout soupçon. Tout cela rend d’autant plus nécessaire la création d’une commission d’enquête. Il faut que l’on crève l’abcès, car si un tel financement est avéré, alors le jeu démocratique a été faussé. »


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De gauche à droite et de haut en bas : MM. Mamère, Goldberg, de Rugy, Bays, Amirshahi, Lambert, Denaja, Hammadi, Coronado, Leroy, favorables dès l’automne 2012 à une commission d’enquête parlementaire sur ce sujet.

Sébastien Denaja, député PS de l’Hérault, affirme qu’il abordera le sujet la semaine prochaine au sein du groupe PS pour « convaincre » ses camarades socialistes. « Il serait incompréhensible que nous ne nous saisissions pas de ce problème. Les questions posées sont très graves. Il y a d’abord le financement de campagne de 2007, tout en sachant qu’on ne rejouera pas le match de cette présidentielle. Il y a aussi des questions vertigineuses qui doivent trouver une réponse : si on a déclenché une guerre pour neutraliser des témoins gênants, si on a engagé des soldats français pour cela, alors cette affaire mériterait le nom d’affaire d’État ».

« Des suspicions pèsent sur la classe politique, il faut que nous sachions s’il y a eu un financement de campagne et si cela a influencé notre politique étrangère », indique aussi Nicolas Bays, député du Pas-de-Calais. Vice-président de la commission défense à l’Assemblée, il estime que « l’intervention en Libye (en 2011) a été précipitée : elle se justifiait par l’urgence de la situation, mais aujourd’hui on peut se demander si c’est bien cela qui a motivé l’intervention. On ne s’est pas posé les mêmes questions en Égypte et en Tunisie, Michèle Alliot-Marie avait même proposé au régime tunisien “le savoir-faire de nos forces de sécurité” », juge-t-il.

Le député de Liévin a relancé Elisabeth Guigou sur le sujet, le 11 juin, à la sortie de la conférence des présidents. « Elle m’a dit qu’elle n’était pas opposée à une commission d’enquête parlementaire, mais qu’elle devait regarder dans quelles conditions une telle commission pouvait se faire pour ne pas entrer en résonance avec l’affaire Guéant. »

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