Sarkozy-Fillon : face à face.

Dimanche 6 octobre 2013 // La France


Nicolas Sarkozy avec François Fillon, en Corse fin 2007. À l’époque côte à côte. Aujourd’hui face à face.

Le problème avec Sarkozy, c’est qu’il nous dit : Taisez-vous et attendez que je décide Mais l’UMP, ce n’est pas le désert des Tartares : on n’est pas là pour attendre les sauveurs, mais pour agir. » Fidèle sarkozyste, soutien de Copé durant l’élection du président du mouvement, l’ancien secrétaire d’État aux PME, Hervé Novelli, ne mâche pas ses mots lorsqu’il explique à Valeurs actuelles les raisons de son ralliement à Fillon. Cofondateur avec Gérard Longuet des Réformateurs de l’UMP, rassemblant les libéraux du parti, il l’affirme : « Il y a aujourd’hui un mouvement de fond en faveur de Fillon ; ma décision de le rejoindre ne fait que traduire ce mouvement. Beaucoup d’autres vont suivre. »

Entre Sarkozy et son ancien premier ministre, la guerre est bel et bien déclarée. Une guerre de tranchées non encore engagée, où chacun, pour l’heure, fourbit ses armes et compte ses troupes. Des deux côtés, on se contente encore de quelques tirs de "snipers", voire, côté Fillon, du général en chef lui-même, mais sans offensive contre les lignes ennemies. Rares sont ceux à douter de l’inéluctabilité de l’affrontement, dans le cas où l’ancien chef de l’État déciderait d’être à nouveau candidat en 2017.
L’association des Amis de Nicolas Sarkozy, qui se réunissait, dimanche et lundi, à Arcachon, le sénateur Pierre Charon persiste à ne voir dans l’ambition affichée par Fillon qu’un « plan de com » : « Il est obligé de s’affirmer parce qu’il n’est pas cru » ; Certain à l’UMP convaincu que, « si Nicolas décidait d’y aller, cela créerait des conditions exceptionnelles. Dans ce cas-là, dit-il, toutes les digues vont sauter, les statuts voler en éclats, les fillonistesse rallier et il n’y aura pas de primaire ».

Autre sarkozyste du premier cercle à ne pas croire à une guerre fratricide, Guillaume Peltier, le patron de la Droite forte, estime, inversement, que c’est la primaire qui permettra d’éviter l’embrasement : « Notre future primaire départagera dans la clarté tous les candidats, dit-il. À condition que ce soit une bataille d’idées et non une bataille d’ego, il est normal que tout le monde s’exprime ! Il se passe aujourd’hui à droite ce qui se passait à gauche avant 2012. Qui se souvient que Manuel Valls ? Il
avait proposé de changer le nom du PS de crainte qu’il ne soit trop entaché par son image de divisions ? Et puis Hollande a gagné la primaire, les rangs se sont resserrés et les socialistes ont gagné la présidentielle ! Si Nicolas Sarkozy annonce son retour, c’est ce qui se passera. »

Beaucoup, cependant, dans l’entourage de Sarkozy, ne partagent pas ces certitudes quant au bon déroulement, et au résultat final, de l’affrontement entre l’ancien chef de l’État et son ancien-premier ministre. Témoignant de son irritation, Sarkozy n’a pas de mots assez durs, en privé, contre ce qu’il appelle la « trahison » de Fillon, qu’il n’a pas eu au téléphone depuis plus de trois mois. « C’est impressionnant, le ressentiment qu’il a contre lui, témoigne l’un de ses visiteurs. S’il n’était pas inquiet, il ne serait pas obnubilé par Fillon. » Peu après que ce dernier, en juillet à La Grande-Motte, eut déclaré que « l’UMP ne peut pas vivre immobile, congelée, au garde-à-vous, dans l’attente d’un homme providentiel », Sarkozy, touché, a téléphoné à Henri Guaino après son interview très critique contre Fillon dans Valeurs actuelles du 18 juillet : « Tu te rends compte, lui a-t-il dit, il n’y a que toi qui est monté au créneau pour me défendre ! »

En petit comité, le même, juge aussi certains de ses fidèles « pas à la hauteur », d’où son insistance, avant la tenue de la seconde réunion de l’association de ses Amis, à faire monter des jeunes à la tribune. Il le sait aussi : nombre de parlementaires se laissent "Fillon avance et rien ne l’arrêtera", prévient Éric Ciotti. « Il faut arrêter de dire que c’est la crise, seule, qui est responsable de la défaite de Sarkozy, affirme Novelli. Si la crise expliquait tout, Obama n’aurait pas été réélu et Merkel est ultra favorite dans les sondages. »

Certes, Sarkozy et la plupart de ses amis continuent de railler les « renoncements de Fillon » (Mairie de Paris, présidence de l’UMP, etc.), y puisant des raisons d’espérer. Mais la rentrée tonitruante de l’ex-premier ministre et l’affichage de sa « détermination » sans faille jusqu’à se dire prêt à se présenter contre Sarkozy au premier tour de la présidentielle ont surpris. Et séduit. « Il avance et rien ne l’arrêtera », prévient Éric Ciotti, l’un de ses principaux soutiens. Résultat : Fillon commence à convaincre, y compris certains qui, hier encore, ironisaient sur sa « mollesse ». « Le passé est le passé, confirme son bras droit, Jérôme Chartier. Aujourd’hui, à l’image d’un Fillon qui réfléchit est associée celle d’un Fillon transparent et offensif. Le premier opposant face à la gauche, c’est lui ! Nous enregistrons, chaque jour, des dizaines de demandes de candidats aux municipales qui souhaitent sa venue dans leur ville » D’ici à la fin du mois, l’ancien premier ministre devrait annoncer que son mouvement Force républicaine dispose de 100 délégués départementaux, contre 60 au début de l’été. « Mais le phénomène dépasse très largement les élus, poursuit Jérôme Chartier. Fin août, nous en étions à 72 000 réactions sur son site pas des simples visites, des commentaires ! à la suite de la publication de ses 35 propositions. »

Viendra donc aussi, chaque camp s’y prépare, le temps de la bataille des idées. La campagne "à droite toute" de Sarkozy en 2012 a, par moments, « choqué » FiIlon, convaincu qu’en 2017 il faudra être « radical » mais « toujours républicain » en évitant, surtout, de paraître « s’aligner sur le FN » . Sur le plan économique, les divergences sont moins apparentes, mais les polémiques ne sont jamais loin. « Je me réjouis de voir que les idées de la Droite forte sont reprises à son compte par Fillon », ironise Guillaume Peltier, à propos des 35 propositions de l’ancien premier ministre, réclamant notamment d’abolir les 35 heures et de reporter l’âge de la retraite à 65 ans. « Hormis célébrer le bilan du quinquennat, je n’ai vu aucune proposition émanant des amis de Sarkozy », rétorque Hervé Novelli. Selon lui, « Fillon est un vrai réformateur, alors qu’au bout de cinq ans, Sarkozy n’avait toujours pas tranché entre décentralisation ou centralisation, libéralisme ou étatisme, réduction de la dépense publique ou augmentation des impôts ».

« Fillon disparaîtra entre la Sarthe et le VII¢ arrondissement » de Paris, veut croire l’ancien chef de l’État, ainsi qu’il l’a confié à des proches. « Sarkozy est un homme du passé, alors que François Fillon est tourné vers l’avenir », confie, de son côté, Chartier. Les sondages, pour l’heure, donnent une écrasante domination à l’ancien président : plus de 40 points d’avance, en moyenne, sur son ancien premier ministre, au sein de l’électorat UMP ! « Pour les électeurs de droite, ce qui fait la différence, c’est le courage », assure Peltier. Il reste un peu moins d’un an à Fillon pour s’imposer. Et à Sarkozy pour résister. ! 

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