Santé : Propositions pour une réforme.

Samedi 22 octobre 2011, par Nicolas PALUMBO // Santé

Cinq spécialistes des questions de santé publique, viennent de publier un Manifeste pour une santé égalitaire et solidaire. Objectif : placer la santé au coeur de la campagne électorale à venir.

Dans un ouvrage (1) aussi revigorant que le fut en son temps l’opuscule de Stéphane Hessel, Indignez-vous, les professeurs de médecine André Grimaldi et Olivier Lyon-Caen, le docteur François Bourdillon, Didier Tabuteau, (titulaire de la chaire de Santé à Sciences Po) et le sociologue Frédéric Pierru dénoncent une dépolitisation des questions de santé et proposent l’instauration d’un débat citoyen sur l’avenir de notre système de soins.

Nos auteurs, rejoints par quelque cent vingt-trois universitaires (toutes disciplines confondues) et personnalités des Arts et des Lettres, partent d’un constat : les choix effectués en 1945 en matière de santé, fondés sur deux principes, la solidarité (les riches paient pour les pauvres, et les biens portants, pour les malades) et l’égalité d’accès aux soins, sont en cause. Depuis plusieurs années, ils observent, et les patients avec eux, une nette aggravation des inégalités et une privatisation rampante du secteur, conséquences d’une progression des assurances privées et des mutuelles dans la part des soins remboursés, et d’un partenariat public-privé dans les hôpitaux censé accélérer la réalisation des projets, répartir le risque entre les opérateurs, réduire le coût global...

Hasard du calendrier, en même temps que paraît ce Manifeste, de nombreux articles de presse révèlent le retard pris dans la livraison de l’hôpital Sud francilien qui, à plus ou moins brève échéance, devrait remplacer plusieurs établissements de cette zone géographique. A l’origine, ce projet devait coûter 344 millions d’euros à Eiffage (entreprise privée). En contrepartie, l’Etat s’acquittait d’un loyer de 38 millions par an pendant trente ans (soit au total 1,2 milliards) dont les deux tiers pris en charge par la Sécurité sociale. Au final, l’hôpital qui devait être opérationnel début 2011 n’est toujours pas ouvert et coûte à ce jour 500 millions de plus et cent trente défauts de construction y sont déjà constatés. Fin septembre, une enquête réalisée par le ministère de la Santé met en lumière le malaise des médecins hospitaliers qui se plaignent d’une dégradation de leurs conditions d’exercice. Toujours fin septembre, l’UFC-Que Choisir dénonce l’augmentation du coût de la santé pour les plus de 60 ans qui dépensent deux fois plus pour leur muruelle que les personnes en activité.

Nos éminents spécialistes ne se contentent dans leur Manifeste de dénoncer, ils ouvrent des pistes de réflexion. Les cotisations : faut-il les augmenter ? les diminuer ? sur quels revenus les asseoir ? La même question se pose pour les remboursements. Quel rôle et quelle place réserver aux complémentaires santé ? Les dépassements d’honoraires des médecins libéraux : faut-il ou non bloquer l’installation des médecins en secteur 2 (tarifs libres) ? Faut-il supprimer les allègements de cotisations ? Comment responsabiliser les malades et développer la prévention ? A toutes ceste questions (et à de nombreuses autres) ils apportent leurs réponses. Retenons en une qui nous semble primordiale pour l’avenir de la Sécu : le professeur Grimaldi et ses complices proposent de raugmenter le remboursement des soins courants. Certes, une telle mesure coûterait la bagatelle de 7 milliards, mais elle permettrait aux classes moyennes qui ont le sentiment de toujours payer plus et d’être de moins en moins remboursées de ne pas se détourner de la solidarité nationale au profit des assurances privées et des mutuelles. Celles-ci l’ont d’ailleurs bien compris qui par des campagnes de publicité agressives, tentent de mettre la main sur le magot de sécurité sociale.

On voit, par-là, l’urgence et la nécessité, comme le réclament les auteurs du Manifeste, d’organiser un large débat sur le devenir de notre système de santé, dont les citoyens sont petit à petit dépossédés au profit d’intérêts financiers. La campagne pour l’élection présidentielle serait le moment approprié pour lancer ce débat. Avis aux candidats !

(1) « Manifeste pour une santé égalitaire et solidaire » - Odile Jacob, 190 pages, prix franco : 14€ euros.

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