Sans-logis.

Mercredi 19 décembre 2012 // La France

Duflot : l’incroyable provocation.

C’est à une véritable déclaration de guerre contre l’Église de France que s’est livrée Cécile Duflot, à travers son appel en faveur d’un « choc de solidarité » pour les sans- logis dans le Parisien du 3 décembre. Certes, la ministre du Logement menace aussi de « réquisition » les « bâtiments vides » détenus par les « banques », les « compagnies d’assurances », les « grandes sociétés civiles immobilières » et les « entreprises ». Certes, encore, elle assure s’apprêter à transformer en « hébergements d’urgence » un certain nombre de « bâtiments publics, par exemple des casernes de gendarmerie ou des bureaux administratifs ». Mais c’est bel et bien l’Église qui est en réalité visée. Motif, entre autres : son opposition résolue au mariage pour les couples homosexuels, dont Duflot est l’un des partisans les plus acharnés.

Alors qu’aucune autre « personne morale » comme elle qualifie l’Église dans son interview ! n’a reçu de courrier de sa part, Duflot, dans ce même entretien, révèle qu’elle a écrit à l’archevêché de Paris « pour voir avec eux comment utiliser ces locaux ». Or cette lettre, de SE le Cardinal André Vingt-Trois ne l’avait même pas reçue lorsqu’il a pris connaissance des propos de la ministre dans la presse, puis à la radio ! « Nous avons reçu ce courrier daté du 30 novembre par un coursier du ministère le 3 décembre à 11 h 30, après que la ministre se fut exprimée dans les médias », confirme un proche de Mgr André Vingt-Trois. Cette vexation volontaire s’ajoute aux propos tenus dans son interview. Sur la forme, d’abord. « Il semble, affirme-t-elle en préambule, que l’archevêché de Paris possède des bâtiments quasi vides. » « C’est un vieux mythe, dit-on encore à l’archevêché.

Certaines communautés auraient sans doute pu faire plus d’efforts, et nous sommes, nous-mêmes, prêts à en faire davantage, mais il est faux de dire que nous disposons de quantité de mètres carrés vides. Nous inviterons la ministre, si elle le souhaite, à le vérifier par elle-même. » Duflot omet de préciser, aussi, qu’une part importante des locaux occupés par l’Église est la propriété de... l’État : « Beaucoup des lieux que nous occupons appartiennent aux communes », rappelait ainsi, sur RTL, l’évêque d’Évry, Mgr Dubost. De même la ministre "oublie"-t-elle qu’il ne suffit pas de disposer de surfaces vacantes, encore faut-il que celles-ci soient adaptées à l’accueil de personnes : « L’État aussi dispose d’un patrimoine immobilier ; il est bien placé pour savoir qu’il n’est pas facile de le transformer en hébergement d’urgence », affirme l’abbé Gros-jean, curé de Saint-Cyr-l’École, l’une des personnalités de la"cathosphère".

Toujours sur la forme, et particulièrement humiliante, est enfin l’utilisation par Duflot d’une menace à peine voilée de « réquisition » contre les « biens ecclésiastiques » : « J’ai bon espoir, dit-elle, qu’il n’y ait pas besoin de faire preuve d’autorité. » « C’est une provocation, dénonce-t-on dans l’entourage du carbonisasses Vingt-Trois. Du reste, le cabinet de la ministre nous l’a confirmé après coup : elle a adopté un ton volontairement percutant pour marquer les esprits sur cette question des sans-logis. Dommage que cela se soit fait à notre détriment... »

Mais il y a beaucoup plus grave : une attaque en piqué sur le fond. « je ne comprendrais pas, poursuit Duflot, que l’Église ne partage pas nos objectifs de solidarité. » Comme si l’Église ne participait pas déjà largement à cette "solidarité" ! Selon Camille Bedin, secrétaire nationale à l’égalité des chances de l’UMP, « plutôt que de pointer du doigt les églises, qui agissent déjà beaucoup en faveur des plus démunis au travers d’associations reconnues, elle devrait les féliciter : elles n’ont attendu ni ses remontrances hautaines ni ses menaces inutiles pour agir ». Pour le numéro deux du FN, Louis Aliot, « affirmer, comme Cécile Duflot le fait, que l’Église ne serait pas solidaire participe d’un discours anticlérical et christianophobe d’un autre temps. De la part a d’un membre du gouvernement qui est aussi l’un des chefs de la majorité, c’est particulièrement grave ».

A travers ses propos, c’est la hiérarchie épiscopale, ses milliers de bénévoles œuvrant toute l’année en faveur des plus démunis, mais aussi l’ensemble des catholiques que la ministre du Logement, farouche "laïcarde", pointe dans son viseur. « S’il y a pourtant un sujet où il est difficile d’attaquer l’Église, c’est bien la solidarité, rappelle l’abbé Grosjean. Beaucoup de paroisses accueillent des gens que l’État laisse dehors. » Pour ne parler que d’elle, l’opération Hiver solidaire, "pilotée" par le diocèse de Paris, permet actuellement à des centaines de SDF de trouver un toit pour une durée de quelques jours à trois mois.

Saint-Médard, Saint-Séverin, Saint-François-Xavier, Notre-Dame-de-l’Assomption-de-Passy... : on ne compte pas le nombre de paroisses mobilisées — soit pour accueillir les sans-logis directement en leur sein, soit pour obtenir de leurs paroissiens qu’ils les hébergent…. Sans parler de l’accompagnement sur la durée », quasi inexistant dans les structures non religieuses : à Saint-Joseph-des-Nations, « un accueilli de l’année dernière est devenu bénévole cette année », à Saint-Jacques-Saint-Christophe-de-la-Villette, « deux personnes accueillies sont reparties dans leur région d’origine, ont obtenu une HLM, un suivi social et un soutien du Secours catholique ou des Compagnons de Saint-Vincent-de-Paul » ...

Pendant ce temps, ironise Mgr Dubost à propos de Duflot, « qu’est-ce qu’elle fait de son bureau et de ses salles de réception ? » L’hostilité affichée par les députés socialistes et écologistes intervenant lors de l’audition, le 29 novembre à l’Assemblée, des représentants des membres au gouvernement qui est aussi l’un des chefs de la majorité, c’est particulièrement grave ».

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