Notre Opinion Par François d’Orcival, de l’Institut

Sanction sans appel.

Samedi 14 juin 2014 // La France

"Immigration"  : le sujet n’a pas été cité dans les explications de vote. C’est pourtant là que se situe la clé. La gauche, qui ne le comprend pas, en paie le prix.

Ils pouvaient être « tristes », avoir « honte », se couvrir le visage de cendre, dimanche soir, les porte-parole et commentateurs de gauche - cette soirée si « désastreuse », ce « choc », ce « séisme », ils ne les devaient qu’à eux-mêmes. Cette débâcle, ils l’ont méthodiquement fabriquée par leurs sarcasmes et leur aveuglement.

Aux précédentes élections européennes, Nicolas Sarkozy était président de la République depuis deux ans, comme François Hollande aujourd’hui. Il avait aussi commis des erreurs au début de son quinquennat, mais son autorité ne se discutait pas ; il tenait ses troupes et son cap malgré la tempête financière qui frappait durement déjà. Et il ne tremblait pas sur les sujets d’identité nationale et de sécurité. Au soir du scrutin européen de 2009, les listes UMP recueillaient 29%, ce qui portait la droite à près de 36% avec les éternels dissidents. Le total de l’extrême gauche faisait 12%, les Verts étaient à 16,3% et le PS à 16,5% ; soit une gauche "plurielle" à 32,8%. Le Front national se situait alors en cinquième position, avec 6,3 % des voix.

Cinq ans plus tard, le Front national a quadruplé le nombre de ses voix et il domine tout. Or les taux de participation de ces deux scrutins sont voisins, ce qui permet de les comparer pour expliquer ce qui s’est passé. De 2009 à 2014, l’extrême gauche s’effondre ; elle perd le tiers de son score (7,8 % contre 12 %) ; les voix écologistes se divisent par deux, et les listes socialistes enregistrent une perte de près de 2,6 points, leur niveau le plus bas jamais enregistré. À droite, l’UMP perd 7 points sur son résultat précédent, le centre en gagne 1, mais le Front national cartonne : il prend près de 20 points ! À qui ? Ces 20 points représentent 3 millions de voix supplémentaires. On peut estimer que ce qui a été perdu par l’UMP et les divers droites est allé au FN - radicalisation de la droite. Cela fait 1,7 million de voix, lien manque 1,3 million pour faire le compte. Ces voix-là sont forcément venues d’ailleurs de gauche, d’extrême gauche et des Verts ! En cinq ans, la gauche a perdu le quart de ses voix au profit du Front national ! Pire qu’une sanction, c’est une humiliation.

Sans Nicolas Sarkozy pour les retenir, un tiers des voix de droite s’est porté sur les listes du Front national ; avec François Hollande et grâce à sa politique, Marine Le Pen a pu atteindre un résultat inespéré. Cela éclaire la stratégie de la présidente du FN, qui savait où étaient ses réserves ; sa campagne, elle l’a menée sur le terrain de Jean-Luc Mélenchon, avec ses arguments c’est dans le Nord-Ouest, région ouvrière et populaire, qu’elle obtient ses meilleurs scores en atteignant les 34%. Comme Mélenchon, elle attaque le "mondialisme", "l’européisme", les "multinationales", L’hypercapitalisme", et l’euro. Mais pourquoi est-ce elle qui lui prend des voix et pas l’inverse ?
Mélenchon l’explique lui-même c’est que le « facteur social » (la lutte des classes, son terrain de prédilection) a été remplacé par le « facteur ethnique ». Quand il appelait les lycéens à défiler pour la cause de la jeune roumaine Leonarda et des sans papiers, il ne se rendait pas compte qu’une partie ses voix filaient chez Marine Le Pen.

Dans une enquête réalisée pour la fondation Robert Schuman et BFM TV, l’institut CSA a posé aux électeurs du scrutin du 25 mai la question de savoir quel était l’enjeu qui avait le plus compté dans leur vote. Entête, deux ou trois fois plus cité que tous les autres (et notamment les explications convenues sur le chômage des jeunes et le pouvoir d’achat) l’immigration. Ce n’est pas pour approuver les projets de Marine Le Pen de sortir de l’euro, de dresser des barrières douanières ou de nationaliser les entreprises malades que l’électeur traditionnel de droite amis un bulletin FN dans l’urne, c’est seulement pour cogner encore plus fort sur l’immigration, la délinquance, et les sujets de société. Et ce sont ces mêmes sujets qui ont fait bouger tant de voix des classes populaires.

La gauche s’est bandé les yeux. Elle a cru pouvoir remplacer son électorat ouvrier par des électeurs arc-en-ciel. Elle a dénoncé Sarkozy quand il parlait de frontières et d’identité nationale jusqu’à le faire battre. Puis elle s’est lancée dans une folle politique d’ouverture des frontières, de régularisations, de naturalisations, de culture de l’excuse, de ruine de la famille et d’effacement de l’autorité à l’école. Elle paie le prix de ses extravagances et de la crise morale qu’elle a provoquée dans le pays.

« Crise de confiance », dit le premier ministre, mais on ne sait pas ce qu’il vise par là, puisqu’il ne renonce à rien. Il peut continuer ainsi, les institutions le lui permettent. Mais alors la gauche le paiera de plus en plus cher. Il est vrai qu’avec 13,9 % des voix, on se demande déjà comment elle peut se maintenir au pouvoir.

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