Salon de l’agriculture : et après ?

Mercredi 14 mars 2012 // La France

Drapeau de FranceDécidément, la ruralité a du succès. Le Salon de l’Agriculture aura vu défiler tous les candidats venus se livrer à ce qui était l’exercice favori de Jacques Chirac, à savoir tâter le postérieur des vaches. Chacun (et chacune) y est allé de son couplet sur le monde paysan. Les styles étaient différents, mais le propos restait le même : le monde paysan souffre et il est urgent de voler à son secours.

Les mots sont chaleureux, cela donne généralement lieu à de belles images, mais qui s’en souviendra dans quelques jours ? Quand ils parlent de ruralité ou de monde paysan, les hommes politiques parlent généralement de ce qu’ils connaissent peu voire pas du tout. Ce n’est d’ailleurs pas toujours leur faute, loin de là. Par la force des choses, un élu ou un responsable politique sont des citadins. Ils ne voient au mieux le monde rural qu’à travers le miroir déformant des souvenirs d’enfance ou de vacances, quand ce ne sont pas leurs déplacements électoraux. Lors des congrès d’élus locaux, ils peuvent aussi croiser ces maires ruraux qui cherchent désespérément à se faire entendre. Mais le plus-souvent, quand l’idéologie ne s’en mêle pas leur regard sur le monde rural se limite à une nostalgie résignée. Les agriculteurs sont comme le chômage : pour eux, on a tout essayé.

Pris en tenaille entre une Europe menaçante et une classe politique qui ne sait plus les défendre, les acteurs du monde rural peuvent à bon droit se sentir abandonnés, voire méprisés. Les bonnes paroles et les aumônes ne les intéressent pas. Ils peuvent même y voir une insulte.

Et puis le monde rural a changé. L’ancienne solidarité paysanne avec sa grandeur, mais aussi sa dureté, n’est plus qu’un souvenir. Aujourd’hui, le producteur de lait, de viande ou de céréales a les mêmes besoins que le citadin ou son voisin le « rurbain » qui vit à la campagne mais travaille à la ville. Avec son petit Smic mensuel, lui aussi doit payer son essence, devenue fort chère, pour se déplacer vers la ville, là où se trouvent les commerçants, mais aussi le médecin et les services publics. Lui aussi doit pouvoir bénéficier d’un minimum d’infrastructures, à commencer par l’Internet à haut débit qui lui permettra de bénéficier de toutes les aides à la décision nécessaires à une activité de plus en plus complexe et exposée. Lui aussi, lui surtout, a besoin de respect.

Non, pour les paysans on n’a pas tout essayé.

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