Sa Majesté Louis XVIII.

Une Histoire contemporaine.

Vendredi 29 mars 2013 // L’Histoire

Sa Majesté Louis XVIIIOn connaît les mille lectures différentes que l’on peut faire de l’histoire des temps. Reprendre l’idée d’une histoire contemporaine, celle d’après la Révolution est toujours tentante,puisqu’elle a fabriqué notre aujourd’hui. Nos contemporains qui découvrent chaque matin une actualité bien mouvementée, auraient de nombreuses raisons de connaître un peu mieux cette histoire... Peut-être y découvriraient-t-ils que notre quotidien est bien semblable à celui du passé. Oui, les hommes ne sont pas les mêmes et comme le dit la chanson « les ceux d’hier étaient bien plus grands que ceux d’aujourd’hui » mais enfin !

L’histoire est chose compliquée. L’on a toujours tendance à ne l’étudier pour répondre aux problèmes du temps et même à l’instrumentaliser pour justifier telle ou telle réflexion, idéologie ou pensée. Ce qui fait que l’on peut lire, sur le même sujet ou la même époque, plusieurs études. L’originalité de cette nouvelle histoire contemporaine est d’abord son découpage du temps. En dix volumes, nous sommes conduits de la dictature impériale à notre Ve République, en regroupant les temps en fonction, non des hommes, non des événements, mais en prenant chaque époque comme un tout. Cela donne à cette approche une originalité qui permet de mieux saisir comment et pourquoi ces temps-là ont fabriqué notre présent. Encore faut-il que l’historien, le chercheur, arrive à quitter ses haillons idéologiques, non pour être objectif, mais pour nous faire comprendre l’état et l’évolution du temps. On peut constater que le volume consacré aux monarchies post révolutionnaires se refuse à porter un jugement positif ou négatif sur celles-ci.

Bertrand Goujon s’est attelé à décortiquer un temps souvent ridiculisé, coincé entre les deux empires, époque charnière (mais laquelle ne l’est pas ?) certes, mais où les vieilles monarchies sont contraintes d’établir le partage du pouvoir entre les assemblées, le gouvernement et le roi. Pendant trente-cinq ans, d’abord les frères de Louis XVI, puis la branche cadette des Bourbons, les Orléans, vont s’y essayer. Malgré les aléas de l’histoire, ils vont imaginer la modernité. Reconstruire la France avec la bourgeoisie, qui par sa révolution de 1789 a pris le pouvoir, reconstruire la France avec un peu le qui a découvert l’Europe grâce à l’impérialisme, ce n’est pas une-sinécure. Les idées nouvelles du partage du pouvoir étaient déjà présentes sous le roi Louis XVI... Mais les pesanteurs de la société n’ont pu permettre leur redistribution sans faire l’économie de la révolution. Le roi et la monarchie y ont perdu la tête. À la sortie, il faut bien bâtir l’État moderne et c’est à quoi vont s’atteler ces monarchies post révolutionnaires.

Alors que, comte de Provence, il a participé à toutes les cabales contre la modernisation de la société voulue par le roi Louis XVI, Louis XVIII, dès sa première prise de pouvoir en 1814, refusant de se voir imposer une Constitution, donne le texte fondamental de la nouvelle France : la Charte. Mais il faut organiser les pouvoirs, mettre fin aux révolutions, intérieures, mettre fin à l’anarchie révolutionnaire.

 Ajoutons à cela la crise économique, le mouvement ludiste (beaucoup moins puissant qu’en Angleterre) les révoltes à répétitions, la contestation de l’ordre classique par la jeune garde romantique, à l’époque royaliste : tout cela fait qu’en moins d’un septennat, la France va tenter une nouvelle révolution - ce qui va terroriser l’Europe entière.

Malgré tout, sujette à son temps, la monarchie de Charles X va se mêler des événements européens : guerre civile espagnole, affaire belge, lutte indépendantiste en Grèce, intervention en Algérie, etc. Car comme dans le passé, dans le présent les affaires de France occupent toute l’Europe. Ce qui veut simplement dire que la France doit se soucier de l’Europe.

Après 1830, Le vieux général La Fayette (73 ans), pensant à raison que l’Europe monarchiste n’est pas prête d’accepter la République, va imposer la branche cadette des Bourbons en la personne de Louis-Philippe d’Orléans (57 ans). Celui-ci, entre libéralisme économique et conservatisme politique, va, pendant dix-huit ans, s’appuyer sur la bourgeoisie affairiste. Le roi des Français s’impose à l’Europe entière par une politique très anglophile rejetant les monarchies d’Europe dans une alliance ou le tsar russe joue le premier rôle. Époque aussi où graduellement la France conquiert les provinces algériennes et en font des colonies de peuplement (les premiers colons sont Allemands et Suisses et s’installent dès 1832).

À l’intérieur, entre la réaction et les progressistes, le roi bourgeois soutient les initiatives de modernisation de la société. Au contraire de ses deux prédécesseurs il tente une synthèse de la mémoire nationale. Une véritable action culturelle patrimoniale se construit autour des grands hommes et des événements de l’histoire de France qui rassemble autant les croisades, la Renaissance, les Lumières, que la Révolution et l’Empire. En politique, le nouveau régime construit sa légitimité sur le conservatisme en maintenant le système censitaire qui bloque complètement l’espérance d’une France rajeunie avec l’arrivée aux affaires des classes d’âge qui n’ont pas ou peu connu la Révolution et l’Empire.

Juste après 1830 les républicains s’allient avec les organisations sociales dans un culte aux grands anciens (Marat, Robespierre, etc.). Les révoltes sont réprimées durement. De son côté Louis Napoléon s’agite, écrit des libelles, tente même à plusieurs reprises de soulever des régiments (Strasbourg, Boulogne) vite mis aux pas. Du côté de la réaction, la tentative avortée de la duchesse de Berry laisse place à une contestation parlementaire (époque où les bourboniens contestent les élections censitaires au profit du vote universel et vont même s’allier aux républicains...) Mais là aussi l’actualité fait évoluer les mentalités et la bagarre est rude entre les tenants de Charles X et ceux de Chambord (Henri V) en exil.

La France bourgeoise s’oppose à toutes ces contestations et apporte son soutien au régime. En économie, l’alliance des grands entrepreneurs, des financiers et des groupes de pression (comme celui des transport fluviaux qui bloque les grands projets de voies ferrées) et surtout d’une agriculture qui se tourne vers la chimie et la spécialisation sur les terres, apportent à certains richesses et bien-être alors que la grande masse vit de plus en plus dans la misère. La grande crise commencée dès 1830 est contrebalancée par le dynamisme des banques et des industriels. Mais la prolétarisation des faubourgs s’oppose à la mécanisation,forcée qui entraîne la paupérisation du monde du travail.

Des enquêtes sociales naissent les premières institutions ouvrières et certains pensent la rupture entre le monde des travailleurs et la bourgeoisie. En religion l’Église catholique (majoritairement entre les mains des ultracistes et des conservateurs) n’est pas favorisée par Louis Philippe. La loi du 8 février 1831 proclame l’égalité entre les cultes protestant, catholique et juif ce qui permet à tous de bénéficier des aides. étatiques. Ce monde en ébullition donne pourtant une majorité à la chambre élue en 1846 qui bloque toutes les réformes proposées (abaissement du cens pour le droit de vote, interdiction de la députation aux fonctionnaires...). La campagne des banquets, organisée par les réformistes, et les révoltes violentes de la classe ouvrière préparent 1848...

L’histoire dit que cette monarchie-là prit fin en 1848. Dans ce creuset apparaissent nombre de concepts toujours présents. Le monde bourgeois a pris sa place, coincé entre le conservatisme social et l’industrieux, coincé entre le progressisme industriel et le financier. De l’autre côté, le libéralisme s’oppose aux socialistes dans l’espérance de la bonne république. Mais la grande nouveauté de l’époque est une contestation politique qui rencontre le monde ouvrier et ses revendications. Le 24 février 1848, le roi se retire et laisse la place à un autre temps qui comme hier se poursuivra par un empire napoléonien, mais ceci est une autre histoire analysée par le professeur Quentin Deluermoz.

Le Seuil avait déjà entrepris la publication d’une Histoire de la France contemporaine au début des années 1970 ; comme celle-ci, elle était écrite par les jeunes chercheurs de l’époque qui depuis nous ont donné maintes et maintes études plus que passionnantes. Celle-ci, dirigée par Johan Chapoutot, renouvelle globalement l’ancienne. D’abord et principalement parce que tous les chercheurs sont nés au moment où paraissait la première collection ; ils ont eu l’avantage, non sans avoir leurs idées, de bénéficier de toutes les remises en cause et surtout d’être largement indépendants des vieilles querelles.

L’approche politique, économique, sociale, culturelle de larges moments de l’histoire construits autour d’époques, encadrés par les événements, donne une vision globale et nouvelle qui permet de nous faire mieux connaître les fondements historiques de notre actualité. Les trois premiers livres sont remarquables de clarté sans pour autant se laisser aller à la facilité et aux raccourcis historique si souvent lus et relus.

François-Marin FLEUTOT

Collection : « Histoire de la France contemporaine » dirigée par Johan Chapoutot (maître de conférences à Grenoble), Ed. du Seuil, collection de dix volumes. (3 volumes déjà parus)
Aurélien Lignereux (maître de conférences à Angers), « L’empire des Français (1799é 1815) », volume n° 1, Éd. du Seuil, 440 pages, prix franco : 26 €.
Bertrand Goujon (maître de conférences à Reims), « Monarchies post révolutionnaires (1814-1848) », volume n° 2, Éd. du Seuil, 440 pages, prix franco : 26 €.
Quentin Deluermoz (professeur à Paris) -« Le crépuscule des révolutions (1848-1871) », volume n° 3, Éd. du Seuil, 440 pages, prix franco : 26 €.

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