SYRIE, LE DERNIER COMBAT

Vendredi 11 mai 2012 // Le Monde

Drapeau de FranceKofi Annan doit présenter ce 5 mai au Conseil de sécurité le premier rapport sur la mise en oeuvre de la résolution 2.043 adoptée à l’unanimité le 21 avril qui prévoyait l’envoi en Syrie de 300 observateurs militaires non-armés pour une « période initiale » de trois mois afin de surveiller l’application du plan de médiation élaboré par l’ancien secrétaire général.

La mise en place d’une mission des Nations unies prend du temps. La MISNUS (Mission de supervision des Nations unies en Syrie) a déjà un commandant : un général norvégien. .Quinze observateurs sont à pied d’oeuvre dès l’origine, trente au bout d’une semaine, cent au bout d’un mois ! Ils doivent pouvoir jouir de tous les moyens de déplacement et de communication sans aucune entrave de la part des autorités. La mission n’a rigoureusement aucune chance d’aboutir. Les Nations unies envoient quelques brebis au milieu des loups, prêtes à être sacrifiées au premier incident, bousculées, prises en otage, blessées ou tuées. C’est tout ce qui peut leur arriver.

La résolution du Conseil de sécurité n’avait en réalité qu’un seul objectif : permettre aux Russes et aux Chinois de rejoindre le consensus international et, à partir de là, amorcer un engrenage qui conduirait à leur engagement progressif dans une action contraignante. L’échec programmé de la mission serait aussi le leur et donc ils seraient forcés de s’associer aux mesures de réaction : s’il arrivait quelque chose aux observateurs, l’ONU pourrait arguer du droit de légitime défense et passer au stade supérieur ;, l’envoi d’une force armée sous le régime du chapitre VII de la Charte.

Alain Juppé n’y croit pas. Il a dit à Kofi Annan ce qu’il lui avait déjà dit en 1994 pour l’intervention au Rwanda : pas dans trois mois, pas dans deux, pas dans un, mais dans les quinze jours ! Et le chef des opérations de l’ONU d’hier comme celui d’aujourd’hui de lui répondre : ce n’est pas possible. Quelles alternatives dans ce cas-là ? Une nouvelle résolution à laquelle Moscou et Pékin opposeraient leur veto ? Ou une intervention militaire unilatérale ? De qui ? La seule réponse qui commence à s’imposer, c’est l’OTAN. « La question ne se pose pas aujourd’hui » disent ses porte-parole. Aujourd’hui non, mais dans quinze jours ? Les conditions commencent à en être progressivement réunies. En effet, l’OTAN a une frontière commune avec la Syrie : la frontière syro-turque. Des tirs ont déjà eu lieu sur la frontière- début avril. Si la Turquie s’estimait attaquée, elle pourrait riposter. Elle pourrait aussi demander la solidarité des vingt-sept autres membres de l’OTAN dans le cadre de l’article 5

La frontière syro-turque est un point délicat. A l’Est, les Kurdes. Difficile de réveiller la guerre de ce côté. à l’Ouest, les Alaouites et le district d’Alexandrette (Hatay) cédé par la France en 1939 et réclamé jusqu’à ce jour par la Syrie. La pression militaire sur le bastion de la famille Assad est une tentation. Pour le moment, Ankara a préféré privilégier une révolution de palais au sein du pouvoir alaouite plutôt que d’affronter celui-ci en face. Or celle-ci paraît exclue.

Les hésitations turques devant une guerre à ses frontières se heurtent aux impatiences d’un ministre français qui n’a sans doute plus que quinze jours de vie gouvernementale devant lui. La détermination d’Alain Juppé est un baroud d’honneur. Mais elle correspond à ses convictions profondes, forgées au feu du génocide au Rwanda.

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