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SOMMET DE L’UNION AFRICAINE : Les vérités du président Obiang.

Par Paul Tedga.

Samedi 23 août 2014 // L’Afrique

Le 23e Sommet de l’Union africaine (UA), organisé, à Malabo, a pris fin, vendredi 27 juin, après des débats de haut niveau, au cours desquels le consensus a prévalu, sur les divisions. Après une cinquantaine d’années d’indépendance, les pays africains n’ont plus besoin qu’on leur montre la direction de La Mecque, pour prier Allah, 5 fois par jour. Autrement dit, ils sont, suffisamment, majeurs et e vaccinés e, pour savoir ce qui est bon pour leur peuple et ce qui l’est moins. Dans le registre de donneur de leçons (à ses frères chefs d’État) et diseur de vérités qui dérangent, le président de la Guinée équatoriale, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, champion toutes catégories dans cet exercice, qui accueillait ce Sommet de l’UA, après l’avoir, déjà, organisé, en ce même lieu de Sipopo, en juillet 2011, est celui qui aura battu, tous ses semblables, à l’applaudimètre, il n’a, pourtant, pas inventé le fil à couper le beurre.

Son discours a repris les propos que nous entendons, tous les jours, dans la bouche des dirigeants africains. Mais en privé. Quelques morceaux choisis, d’abord, sur la dépendance africaine vis-à-vis de l’Occident : le président a affirmé, avec fermeté : L’Afrique doit poser à nouveau ses relations avec le monde développé pour réduire la brèche de son accès au développement. Nous devons nous rendre compte que l’Afrique souffre d’un néocolonialisme subtil. Si nous analysons, par exemple, le sujet de la parité économique, nos monnaies n’ont jamais expérimenté la réévaluation qui serait nécessaire sur la base de la croissance de nos pays. Au contraire, des mesures de dévaluation permanentes ont été adoptées et une stagnation de la parité (du F CFA par rapport à l’euro) est constatée, qui ne respecte pas la croissance économique des Etats africains, tandis que le contrôle économique de l’Afrique est géré par les pays développés. L’Afrique souffre, également, d’un néocolonialisme concernant le gel des prix des matières premières de base et les barrières protectionnistes imposées dans le commerce international.

Traduction : l’Afrique doit lancer un débat sur la question de son économie, et de sa monnaie, et changer de fusil d’épaule. L’immobilisme que le président relève dans son propos dessert, fortement, les intérêts du continent. Ensuite, la marginalisation des valeurs africaines au profit de celles des Occidentaux. Il en est, par exemple, de l’acceptation ou non de l’homosexualité comme étant le baromètre de la démocratie et des droits de l’homme, en Afrique. Le président dit ceci : « Ce qui alimenté, également, la dépendance de l’Afrique par rapport à l’Occident, c’est la tentative de remplacer les valeurs des cultures africaines par celles qui règnent dans le monde occidental. Nous devons rappeler à ces pays que la démocratie n’est en rien une nouveauté pour les peuples africains. La démocratie a été pratiquée depuis des siècles dans nos sociétés, sur la base des valeurs positives de notre cohabitation, qui ont engendré la paix et la bonne cohabitation de nos peuples.

Enfin, l’assujettissement de tout un continent aux institutions de Bretton Woods : « Il est temps que nous révisions les monopoles de l’économie sous le masque dénaturé de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, qui n’ont pas offert d’aide visible aux pays africains. Nous croyons qu’il faut revoir le fonctionnement du système des Nations-Unies, afin qu’il satisfasse tous les Etats et qu’il ne soit pas la plate-forme pour ceux qui souhaitent mettre, à jour, leur agenda d’ingérences. De même, nous devons donner priorité à la coopération Sud- Sud, pour nous sortir de notre stagnation, car c’est cette coopération qui respecte les principes d’égalité et de réciprocité.

Le président, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, est un sage. Doyen des chefs d’Etat africains, en fonction, il est l’un des (très) rares dirigeants, en Afrique, et dans le tiers-monde, à montrer qu’on peut développer son pays, sans l’aide extérieure, grâce à ses seules et uniques ressources naturelles et humaines. Un tel succès rassemble beaucoup plus de jaloux que de sympathisants, y compris, en Afrique, même.

Mais à l’heure où l’Afrique est identifiée comme le continent qui va tirer la croissance mondiale, vers le haut, tout au long de ce 21° siècle, le risque est grand de voir les conflits se multiplier. Aux dirigeants africains, donc, de taire leurs querelles, et de prendre leurs responsabilités pour y faire face, quitte à appeler un chat un chat. Comme le fait, si bien, le Grand-Frère Obiang. Car si on continue de raser les murs, comme c’est le cas pour beaucoup de dirigeants africains, on ne cessera de donner des armes aux déstabilisateurs du continent. Le fait de ne rien dire, alors qu’on n’est pas d’accord, encourage ceux qui font du mal à l’Afrique, à persévérer dans cette voie, parce qu’ils se disent que les Africains ne savent pas ce qu’ils leur font.

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