SOMMET DE L’ÉLYSÉE.

Que faire des chefs d’Etat nuisibles ?

Lundi 2 décembre 2013, par Jean Paul Tedga // Le Monde


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Le Sommet de l’Elysée aura bien lieu, comme prévu, les 6 et 7 décembre 2013, à Paris. Le pays organisateur refuse qu’on le qualifie, péjorativement, de « Sommet France-Afrique comme autrefois. Nous aurons, donc, droit au Sommet de l’Elysée pour bien marquer la volonté des nouvelles autorités françaises de tourner la page de la Françafrique.

Le thème sur « la sécurité », en ce moment précis, relève d’un excellent choix. Après l’épisode non encore soldé de la guerre au Nord-Mali et le risque de « somalisation », actuelle, de la République centrafricaine (RCA), la menace non dissimulée de Boko Haram de transformer, le Nord du Nigéria, en une zone de pratique de la charia, et la récente meurtrière attaque d’un centre commercial, au coeur de Nairobi, par les Shebab, qui a fait plusieurs dizaines de morts, sont autant de faits qui montrent la nécessité de la tenue d’une telle rencontre au sommet. Au lieu de toujours chercher des solutions après coup, les chefs d’Etat ont raison d’anticiper dans ce domaine où le bandit a toujours une longueur d’avance sur lé gendarme.

Si l’utilité d’organiser ce Sommet n’est plus à démontrer, le problème est de savoir si, en venant à Paris, tous les chefs d’Etat africains auront le cœur à l’ouvrage ? J’en doute fortement. Car parmi eux, il y en aura qui sont fâchés avec la démocratie, et qui ne le sont que parce qu’ils ne perdent jamais une élection. « François Hollande, président de la patrie des droits de l’homme », doit, sans crainte, afficher l’ambition de la France en rappelant les principes intangibles qui régissent de saines relations entre son pays et ceux d’Afrique. Ne ratons pas cette occasion car il existe quelques brebis galeuses parmi les chefs d’Etat qui répondront à cette invitation. Chez eux, ils se comportent comme des autocrates qui refusent la bonne gouvernance. Faire de leur pays un Etat de droit où la justice est indépendante, et la presse, libre, c’est comme si on demandait à un coq d’avoir les dents. Voilà pourquoi ils dirigent des Etats qui se veulent modernes comme des conseils de village, sans rendre compte de leur gestion et en s’accrochant au pouvoir, parfois, en modifiant (ou en voulant modifier) la constitution.

Conséquence : les bateaux d’immigrés africains, qui fuient la pauvreté et la mal gouvernance engendrées par cette mauvaise politique, se remplissent au bord de la Méditerranée pour échouer sur file de Lampedusa et, ailleurs, en Europe, quand ils ne sont pas engloutis dans les eaux tumultueuses de cette mer capricieuse. Certes, le président François Hollande a été élu pour s’occuper des Français. Cela dit, il doit savoir qu’une partie de la solution aux problèmes de la France, se trouve justement dans la résolution de ceux du continent africain. L’un ne trouvera pas le bonheur sans l’autre.

Comme François Mitterrand, à La Baule, en 1990, quand il avait décidé de lier l’aide à la démocratisation des pays africains, poussant la quasi-totalité des pays concernés à instaurer le multipartisme, l’autre François doit, fortement, soutenir les peuples d’Afrique qui luttent, aujourd’hui, les mains nues, contre des tyrans rétifs aux notions de démocratie et des droits de l’homme.

Pas de développement sans sécurité. Les deux notions vont de pair même si la deuxième ne rime pas toujours avec guerre, terrorisme, conflit, etc. Parfois, l’insécurité, dans certains .pays africains, est créée par les dirigeants africains eux-mêmes. Un exemple connu : en Centrafrique où la calamiteuse situation a poussé le Conseil de sécurité à prendre ses responsabilités, en octobre, on ne devrait plus perdre de vue que le président du Tchad, Idriss Déby Itno, y joue, à la fois, un rôle de pyromane et de sapeur-pompier. C’est intéressant qu’il convoque des sommets extraordinaires sur la RCA pour y faire revenir la paix et la sécurité. Mais qui, au départ, a favorisé la déstabilisation de ce pays, en y plaçant au pouvoir, un chef d’Etat (François Bozizé de 2003 à 2013) qu’il gardait sous son total contrôle, dans le but entre autres raisons, d’exploiter, seul, le pétrole situé à cheval, sur la frontière tchadocentrafricaine, et sécuriser sa frontière-Sud pour empêcher toute attaque de son pouvoir au départ de la RCA ? Mais à force de tirer la couverture à lui tout seul, il a fini par transformer la RCA en une sorte d’Etat-Néant. Le président François Hollande sera crédité d’un (très) bon sommet s’il accepte d’appeler un chat un chat sans tourner autour du pot. Il y va de l’intérêt et du peuple français et des peuples d’Afrique.

Autre chef d’Etat nuisible créateur d’insécurité : le président du Rwanda, Paul Kagame, n’est-il pas le déstabilisateur principal dans la région des Grands Lacs, avec ses visées expansionnistes sur le Kivu rdcongo lais qu’il ambitionne, depuis qu’il était le chef maquisard de l’Armée patriotique rwandaise, d’annexer à son petit Rwanda ? Jusqu’au Conseil de sécurité, on sait que la rébellion d’hier du général, Laurent Nkaunda, et celle d’aujourd’hui du M23, ne sont que des émanations du Rwanda, sinon, des démembrements de l’ex-APR.

Terminons par quelque chose qui fâche, comment peut-on parler de sécurité quant en plein jour, on contourne la résolution du Conseil de sécurité des Nations-Unies pour déposer un chef d’Etat, sous prétexte qu’il n’est pas à genoux devant l’Occident ? L’assassinat du colonel Kadhafi restera un scandale mémorable dans les annales diplomatiques des Nations-Unies, quand on voit comment l’insécurité que personne ne maîtrise plus, est devenue une vraie menace pour toute la sous-région sahélo-saharienne, de l’Algérie à la Tunisie, en passant par le Mali et la Libye qui tend, petit à petit, vers sa lente désintégration. Alors qu’auparavant, ce pays ne demandait (strictement) rien à personne, ni aux Français, ni aux Anglais, ni aux Américains, ni à l’AN. Au contraire, c’est Kadhafi qui octroyait, sans contrepartie, des aides financières aux autres Etats africains, selon son bon vouloir. Et cela dépannait bien en Afrique où on garde un bon souvenir de lui malgré ses frasques. Aujourd’hui, la Libye n’est plus que l’ombre d’elle-même. Pourquoi ?

Pour s’en sortir, la France et les pays africains, doivent se dire la vérité avant de se donner la main, et travailler, véritablement, pour le bien-être des peuples français et africains, et non pour préserver les intérêts personnels de tel ou tel dirigeant. La nouvelle chanson fredonnée sous forme de chantage, a pour nom : Chine, Brésil, Inde, Russie, etc., nations qui n’appliquent pas, toutes, les principes de liberté, d’état de droit et de démocratie, et qui gagnent tous les marchés en Afrique. C’est vrai que j’aurais tort de balayer d’un revers de la main la notion de diplomatie économique qui sous-tend ce chantage. Simplement, je persiste à dire que les solutions aux multiples maux qui minent la France, dans plusieurs domaines, sont à chercher, en partie, en Afrique.

En regardant ses homologues, droit dans les yeux, les 6 et 7 décembre 2013, à Paris, le roi de France François Hollande devra avoir cette réalité (profonde) à l’esprit.

Camerou : Cette belle et grande nation devrait avoir comme chef de l’Etat le Professeur Jean-Claude M Bida. Cet homme est l’exemple même de la démocratie, et du courage patriotique.
P Vaurs

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