SOCIALISTES : Tous les pouvoirs ?

Mercredi 11 juillet 2012 // La France

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Drapeau de FranceLes socialistes sont maîtres de l’exécutif et du législatif mais leurs pouvoirs trouvent cependant des limites politiques, sociales et constitutionnelles qui vont peu à peu se révéler.

La victoire des socialistes cette année ne ressemble pas à celle de 1981, marquée par l’enthousiasme chez les électeurs de François Mitterrand et par la conviction, chez les nouveaux dirigeants, qu’ils allaient passer. de « l’ombre à la lumière » selon la formule de Jack Lang mille fois répétée mais avec une dérision croissante. Le tournant de la rigueur de 1983 hante les mémoires des électeurs de gauche qui avaient plus de 18 ans en 1981, et les mesures proposées par François Hollande pour remédier à la crise ne portent pas aux grands élans. Les Français qui ont voté pour la gauche ont exprimé un rejet de Nicolas Sarkozy - moindre que celui annoncé - et un faible acquiescement.

Plusieurs dirigeants socialistes redoutent de violentes manifestations de contestation sociale à l’automne. Ce pessimisme est révélateur de leur manque de confiance, qui n’est pas sans fondements : si François Hollande entérine de facto la « règle d’or » budgétaire, la rigueur se confirmera et l’absence de protection contre la concurrence sauvage réduira à néant les efforts de développement industriel qui mobilisent le ministère dévolu à Arnaud Montebourg.

La deuxième limite tient à François Hollande. Tous les témoignages concordent : le nouveau Président est un bon tacticien sinon il n’aurait pas gagné mais il n’a pas de vision générale de la société française et du rôle de la France en Europe et dans le monde. Son talent est dans la synthèse des positions contradictoires, non dans l’élan mobilisateur. Comme l’idée européenne de sa jeunesse est profondément ébranlée par la crise de la zone euro, il peut seulement tenter de sauver provisoirement ce qui peut l’être en passant avec ses partenaires allemands des compromis qui vont lui être reprochés par tous ceux, de droite et de gauche, qui avaient rejeté en 2005 le projet de traité constitutionnel européen. Après le sommet des 27 et 28 juin, François Hollande et le gouvernement vont mener une politique européenne devant une opinion publique sceptique ou franchement hostile.

Le risque est que, pour masquer cette impuissance sur le cours des événements économiques, ils demandent d’autant plus rapidement à leur majorité parlementaire de procéder aux fameuses réformes « sociétales » qui font plaisir aux écologistes et à cette gauche des centres urbains qui trouve son bonheur dans la lecture de Libération.

La troisième limite est d’ordre constitutionnel. Le professeur Frédéric Rouvillois (Causeur magazine, n° 48, juin 2012) met en évidence un obstacle juridique : majoritaires à l’Assemblée nationale et au Sénat, les socialistes n’ont pas la majorité des trois cinquièmes soit 555 députés qui est nécessaire pour que le Congrès réunissant les deux assemblées puisse adopter une réforme constitutionnelle selon l’article 89, alinéa 3. Désormais, il faudra respecter le deuxième alinéa de l’article 89 : « Le projet ou la proposition de révision doit être [...] voté par les deux assemblées en termes identiques. La révision est définitive après avoir été approuvée par référendum ». Impossible d’enlever le mot « race » de la Constitution. Impossible d’en rajouter sur la laïcité. Impossible de modifier le texte de 1958 en fonction d’un nouveau traité européen qui répondrait au voeu fédéraliste. Impossible à moins de recourir au suffrage universel !

Comme le référendum de 2005 toujours lui, marque douloureusement la mémoire de François Hollande et de ses amis, il est certain que les dirigeants socialistes ne tenteront pas l’aventure référendaire. Qu’on le déplore ou qu’on s’en réjouisse il leur faudra, dans le domaine constitutionnel, conserver ce qui est.

LE CENTRE INTROUVABLE

La défaite de François Bayrou, désormais absent de l’Assemblée nationale, l’échec du Modem qui ne se retrouve plus qu’avec trois députés, sont à cet égard significatifs. Il n’y a pas de troisième force entre la droite et la gauche. Le seul centrisme encore debout est celui dont le groupe parlementaire est présidé par Jean-Louis Borloo : un centrisme résolument allié à la droite et qui se réclame de l’opposition. En somme, ne reste que le vieux centre-droit, plus attentif aux questions sociales, mais toujours libéral. Mais pouvait-il en être différemment ?

L’échec de François Bayrou a d’abord des raisons conjoncturelles. Le créateur du Modem paye au prix fort son appel à voter Hollande lors du second tour de la présidentielle. Il paye aussi plusieurs années de stratégie difficilement lisible. Depuis les résultats encourageants de la présidentielle de 2007, tout s’est passé comme si ce rassemblement hétéroclite de déçus de l’écologie, de la droite, de la gauche et d’ailleurs était au service exclusif de l’ambition d’un homme. On n’a pas vu de vrai projet, et à peine de vraies propositions.

Mais la chute de la maison Bayrou résulte de facteurs plus profonds. L’idée d’un centre autonome à égale distance de la droite et de la gauche, un parti au-dessus des partis, va à l’encontre de toute la tradition politique française. Sous la IVème République, le MRP - théoriquement centriste, en fait démocrate-chrétien fut le premier parti de France, mais il s’est maintenu par ses alliances électorales, souvent improbables. Il s’agissait de maintenir coûte que coûte la République parlementariste. Le gaullisme, avec ses préoccupation sociales et son sens de l’Etat a signé son abaissement. Depuis, il est devenu CDS ou UDF, mais toujours allié à la droite. Jamais il n’y a eu chez nous de parti centriste véritablement autonome.

Dans une politique française fortement bipolarisée, où l’idéologie conserve une place de choix, il n’y a pas de place pour cet « extrême-centre » dont le Modem et François Bayrou se veulent l’incarnation.

L’illusion de François Bayrou n’est pas dépourvue de noblesse, mais cette noblesse ne pouvait suffire à fonder une alternative politique crédible. On peut le regretter, mais la noblesse sans lucidité n’a jamais constitué une politique.

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