SENÉGAL : Macky Sali et le référendum pile ou face.

Vendredi 17 avril 2015 // L’Afrique

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Macky Sali passera, finalement, par le référendum, pour ne plus réduire son mandat de sept ans. Il le fera, en 2016, pour une présidentielle, théoriquement, prévue un an, après.

L’impact financier est évident : deux consultations populaires, en deux ans, avec une moyenne de quatre milliards, par convocation du collège électoral, même, le Sénégal émergent ne peut se le permettre, surtout, s’il s’agit de faire la manche sur l’autoroute de l’aide internationale. A titre de comparaison, les locales du 29 juin 2014 ont coûté 15 milliards de FCFA, avec plus de cent millions de bulletins de vote, selon les déclarations d’alors du ministre de l’intérieur à l’Agence de presse sénégalaise ; il faut dire qu’il s’agissait, là, d’une gabegie autour de partis timbres postes dont le coût d’impression des bulletins et affiches dépasse, largement, le budget de la formation politique donnée. On cherche, depuis lors, à rationaliser, sans pouvoir aller en- deçà du premier chiffre avancé, pour l’organisation du référendum.

Le couvert de la Commission Mbow de réforme des institutions ne saurait prospérer pour noyer une promesse que l’on ne souhaite plus tenir, après des atermoiements qui ont irrité des partenaires au développement auprès desquels certains engagements avaient été faits pour la moralisation de l’espace politique et financier sénégalais, alors vicié par l’absence de retenue du gouvernement en place. Autant dire qu’on aura vendu 2017 pour une présidentielle de 2019 en passant par 2016. C’est astucieux d’y avoir pensé pour ne plus réduire un mandat car un tiens vaut mieux que deux tu l’auras, l’horizon s’obscurcissant, de plus en plus, devant l’éventuel candidat, Macky Sali.

Certains exégètes ont, en effet, cherché le sexe des anges, à travers, la tenue, ou non, de la promesse du candidat d’alors de réduire son mandat ou pas. Si d’aucuns avancent sans sourciller une élection 2012 basée sur la volonté, clairement, exprimée et acceptée par les électeurs de réduire un mandat, et, prétextent qu’il n’est, dès lors, plus nécessaire de passer par quelque voie référendaire que ce soit, d’autres proposent des chemins de traverse que seraient le parlement, le renoncement ou une simple convocation du collège électoral, à la fin des cinq ans. Car l’affaire n’est pas des plus minces entre un parjure qui ne dit pas son nom face à la crainte de sanction des populations sénégalaises, et, une volonté d’être agréable, à... Washington, à Bruxelles, et, à Paris... tout en maintenant les sept sages du Conseil constitutionnel.

Dans la réalité, en effet, Macky Sali ne veut, ni de l’un ni de l’autre, mais, d’un mandat de sept ans : parce que les consultations populaires organisées depuis l’élection du président n’aident pas le nouvel élu à se rapprocher des populations qui l’avaient choisi, les théoriciens du palais présidentiel penchent, désormais, pour 2019, à la place de l’engagement pour 2017 ; leur argument principal : ne pas se faire hara kiri avec la délicatesse de la situation socio-politique qui ne serait pas favorable au chef de l’Etat dont le pouvoir est, inversement, proportionnel à l’érosion des possibilités économiques des populations sénégalaises.

Ces théoriciens du report partent d’un certain empirisme : les résultats de consultations populaires subséquentes à l’arrivée du président, Macky Sali, montrent une certaine usure prématurée du pouvoir : averti une première fois, en juillet 2012, avec les législatives, par un taux d’abstention record de 55%, qui ne lui a pas donné une majorité propre significative, le président doit, doublement, comprendre l’augmentation de ce repli de l’électeur sur lui-même avec les quelque 70% d’abstention de juin 2014 le Sénégalais lambda et le militant de l’Alliance pour la République (Apr) ne reconnaissent plus, l’un, sa formation de base, l’autre, le Macky Sali qu’il a choisi pour marquer la rupture.

Les opérations de charme en direction de Paris (11 janvier, 4-6 février après le Sommet de la Francophonie, diversement, appréciées par les observateurs et autres candidats malheureux) résulteraient d’une tentative de rattrapage, après les atermoiements sur la durée du mandat présidentiel : en juin 2014, en effet, le président de la République ne semblait plus, très sûr, de sa volonté, en invoquant, sur Rfi, de ne pas être maître des lois, ce qui avait été perçu par Paris et Washington comme une sorte de dérobade devant la promesse de réduction du mandat présidentiel.

Le référendum avancé est, cependant, gros de dangers, et, pourrait coûter son poste à son initiateur : en effet, un « Oui « devrait, logiquement, entraîner une modification de la Constitution qui réglerait, définitivement, le problème de la durée du mandat présidentiel on n’en demande pas, autant, au président de la République quand les règles communautaires s’opposent au tripatouillage de la loi fondamentale. A l’opposé, un « Non « équivaudrait ipso facto à une motion de défiance vis-à-vis d’un candidat ayant sollicité une faveur qui lui est refusée. Les lois républicaines relevant de l’expérience française avec le général de Gaulle devraient alors inspirer le président de la République, qui en tirerait toutes les conséquences de droit. Dans le premier cas, le Sénégal aura, plus, voté pour un problème personnel devenu une préoccupation nationale ; à l’inverse, vendre 2017 pour une présidentielle, en 2019, pourrait se faire sans Macky Sali dont la demande aura été refusée.

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