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Rue du Cirque : la police avait enquêté sur les liens de Ferracci avec la Brise de Mer et... Squarcini

Par Ellen Salvi

Mardi 21 janvier 2014 // La France

Michel Ferracci, dont le nom apparaît dans l’affaire de l’appartement prêté à François Hollande et Julie Gayet, a été au cœur du scandale du Cercle de jeux Wagram. L’enquête a révélé ses liens avec des figures du grand banditisme corse, mais aussi avec plusieurs personnes issues du milieu policier, à commencer par l’ex-patron de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), Bernard Squarcini.

Avant que son nom ne se retrouve mêlé à l’affaire de l’appartement utilisé par François Hollande et Julie Gayet, Michel Ferracci est apparu dans le tentaculaire dossier du Cercle de jeux Wagram. Ancien directeur des jeux de l’établissement, il a été condamné, le 4 novembre, à dix-huit mois de prison avec sursis pour avoir participé au système mis en place depuis plusieurs années au sein du cercle afin de détourner de l’argent au profit du gang corse de la Brise de Mer.

Entré au Wagram en 1995, il y fut d’abord chef de partie avant d’en devenir principal collaborateur en 2000 et ce, jusqu’à son départ, en 2009, pour se consacrer à sa carrière d’acteur – il faisait notamment partie du casting de la série Mafiosa et du film Les Apaches, sorti en août dernier.

Lors du procès Wagram, qui s’est tenu pendant trois semaines au tribunal correctionnel de Paris, courant octobre 2013, Michel Ferracci a répété n’avoir « rien à voir » avec la Brise de Mer en général et l’une de ses figures en particulier, Jean-Angelo Guazzelli, présenté comme « l’ex-cerveau » du Cercle et condamné à 3 ans de prison dont 2 ferme et 100 000 euros d’amende. Une défense qui n’a guère convaincu le président du tribunal au vu des écoutes téléphoniques et des surveillances effectuées durant l’enquête, le montrant à quatre reprises en 2008 en compagnie de Guazzelli.

Michel Ferracci, dans la série 'Mafiosa'.
Michel Ferracci, dans la série "Mafiosa". © DR

L’instruction menée par les juges Serge Tournaire et Hervé Robert a permis d’en savoir un peu plus sur Michel Ferracci et sur les relations qu’il entretenait avec des figures du grand banditisme corse, mais aussi avec plusieurs personnes issues du milieu policier, à commencer par l’ex-patron de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), Bernard Squarcini.

Originaire, comme plusieurs acteurs de l’affaire Wagram, de la région de Porto-Vecchio (Corse-du-Sud), Michel Ferracci est interrogé pour la première fois au début du mois de mars 2012. En audition, il confirme avoir rencontré à plusieurs reprises Richard Casanova, une autre grande figure de la Brise de Mer, assassiné à Porto-Vecchio en 2008. Selon les propos qu’il tient en garde à vue, le comédien dit avoir fait la connaissance de ce dernier par le biais de Sandra Germani, la veuve de Casanova, avec qui il est ami depuis les années 1990. « J’ai connu Richard par la suite, explique-t-il aux enquêteurs. Je suis proche de sa femme et de ses enfants, mais de lui, non. Sa mort m’a fait quelque chose quand même. »

Sandra Germani est également la sœur de celui que l’on présente comme le « nouveau parrain corse », Jean-Luc Germani. C’est chez elle que s’était tenue, le 18 janvier 2011, une réunion à laquelle participaient des proches de la Brise de Mer et d’anciens membres du Cercle, écartés de l’établissement par une nouvelle équipe, afin de préparer la reprise en main de l’établissement, effective le lendemain. Michel Ferracci était présent à cette réunion.

Sur procès-verbal, le comédien assure pourtant ne pas savoir que Richard Casanova dirigeait « de fait » le cercle Wagram jusqu’à son assassinat et la reprise de certaines de ses « affaires » par Jean-Angelo Guazzelli. « Ils ont une réputation. Je n’ai pas d’opinion sur cela. Le monde des voyous est particulier », affirme-t-il alors aux enquêteurs en parlant des deux hommes.

Le Cercle Wagram avant sa fermeture en 2011.
Le Cercle Wagram avant sa fermeture en 2011. © Clubpoker.net

L’enquête sur le Cercle Wagram a également permis de mettre en plein jour les relations qu’entretenait Michel Ferracci avec le milieu policier et notamment avec l’ex-patron de la DCRI, Bernard Squarcini, par ailleurs entendu comme témoin dans ce dossier. Interrogé sur les liens de Squarcini avec le Wagram, l’ancien secrétaire général du cercle, Jean Testanière, indique le 7 mars 2012 : « Je l’ai croisé deux ou trois fois au cercle, il y a deux ou trois ans. Il était avec Michel Ferracci et une autre personne. Je sais qu’il est responsable de la DCRI. Il est très ami avec Michel Ferracci. Il venait aussi voir Marie-Claire Giacomini (ex-responsable du bar et du restaurant du Wagram – ndlr) qu’il a fait embaucher au cercle. D’autres policiers venaient également dont Robert Saby (directeur du service central des courses et jeux jusqu’en 2011 – ndlr) que je connais comme ça. Celui-ci est venu en 2009 et 2010. C’est un ami de Ferracci, ils faisaient des soirées ensemble. Le personnel en parlait peu car Saby était un personnage assez hautain. Il me paraissait anormal qu’une personne chargée du contrôle sorte avec les responsables qu’il (sic) était censé contrôler. Il y avait aussi un policier des courses et jeux, qui était chargé du contrôle du Cercle, qui était également ami avec Michel. Il venait souvent boire un verre et parler cinéma avec Michel. »

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