Royaume-Uni : Un acte démocratique.

Lundi 27 octobre 2014 // L’Europe

Le référendum écossais n’est pas une manifestation de populisme mais un acte véritablement démocratique. Le message qu’il lance à toute l’Europe doit être entendu.

Quel que soit le résultat du scrutin du 18 septembre, les partisans du Oui ont gagné leur pari. Les trois partis britanniques « officiels », conservateurs, travaillistes et libéraux-démocrates ont promis ensemble, en cas de succès du non, d’accroître les pouvoirs du gouvernement autonome, notamment en matière fiscale. Depuis le référendum de 1997, l’Ecosse dispose déjà d’une large autonomie en matière d’éducation, de santé, de logement. La revendication n’a pourtant fait que croître jusqu’à la victoire du parti nationaliste écossais (SNP) qui conquiert la majorité absolue au parlement d’Edimbourg en 2011. C’est dire la peur panique et l’échec politique des partis traditionnels.

Les deux politiciens les plus populaires aujourd’hui outre- Manche sont Nigel Farage, chef du parti de l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP), vainqueur aux élections européennes, et Alex Salmond, Premier ministre écossais qui porte le projet d’indépendance pour l’Ecosse. Personne au sein des trois grands partis ne peut rivaliser avec eux, à l’exception peut-être du maire de Londres, le conservateur Bons Johnson. Le débat, qui se poursuivra jusqu’aux élections générales de l’an prochain et sans doute au-delà, se joue en effet en réalité non entre Écosse et Angleterre ni même entre Royaume-Uni et Europe mais entre Londres et le reste.

Depuis Mme Thatcher, la concentration des pouvoirs n’a cessé de polariser le pays tout entier et ses relations extérieures. Tony Blair, quoique né en Ecosse, comme son successeur Gordon-Brown, ont poursuivi sur la lancée. Tout autant que le démantèlement de l’État- providence ou la crise bancaire de 2008, l’intervention en Irak fut l’un des tournants décisifs de cette opposition frontale. Le nationalisme écossais revêt ainsi un volet progressiste et neutraliste qui d’ailleurs ne cache pas son admiration pour le fameux « modèle scandinave » (et non les critiques de celui-ci issues des nouveaux partis populistes). L’Écosse louche vers la Norvège, ne serait-ce que pour l’utilisation judicieuse des ressources pétrolières de la mer du Nord (quoique moitié moindres pour une population équivalente) convertis dans des fonds souverains particulièrement bien gérés et « éthiquement » corrects. Un ironiste avait dit de l’Écosse indépendante qu’elle serait une « Norvège plus le whisky ».

 Le nationalisme écossais n’est pourtant pas l’expression d’une sorte de refuge culturaliste du kilt, du whisky (les principaux producteurs sont pour le non) et pourquoi pas jacobite (la nostalgie des Stuarts). Il incarne au contraire l’ambition d’un autre modèle de développement qui veut créer une nouvelle dynamique qui serait une source d’inspiration au sud des Lowlands et à travers toute l’Europe.

Celle-ci craint la contagion Catalogne, Flandre, Piémont. Or, chaque cas est un cas d’espèce, fort différents l’un de l’autre. Si les pontes bruxellois ont brandi la foudre, la vraie raison n’est pas celle-là, mais bien l’imbroglio dans lequel se trouve la relation entre Londres et l’Union européenne dans l’esprit de ses fondateurs. Parce qu’ils veulent rester Européens, les Écossais auraient à passer sous les fourches caudines de nouvelles procédures d’adhésion où ils devraient peut-être abandonner le modèle qu’ils défendent. C’est oublier que le Royaume-Uni, en l’occurrence l’entité que l’on appelle ici Londres, entend renégocier son appartenance à l’Union européenne. Imaginons qu’en 2017, une majorité anglaise - vote en faveur d’une sortie totale ou partielle de VUE mais que l’Écosse - et peut-être l’Irlande du Nord votent non. Leur vote minoritaire sur l’ensemble ne serait pas pris en compte alors qu’ils voudraient rester dans PUE. Bruxelles préfère-t- elle cette solution parfaitement incohérente ? L’Europe de la City ou celle des courées de Glasgow, tel est bien le choix sous-tendu dans le référendum écossais du 18 septembre, comme demain les élections britanniques de 2015 et l’éventuel référendum de 2017. Il y va de la démocratie en Europe.

Si de nombreux chefs de gouvernement étrangers (dont Obama) ont pris le risque d’intervenir dans le débat anglo-écossais au profit du statu quo comme en son temps au Québec avec des problématiques assez comparables -, qu’est-ce qui nous empêche de proclamer notre empathie pour les idées portées dans le débat écossais par ces nationalistes sociaux, européens et ouverts ? C’est pourtant le grand silence.

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