Royal, reine des couacs.

Caprices.

Vendredi 31 octobre 2014 // La France

En annonçant sans concertation la suppression de l’autoroute A831, la ministre de l’Écologie a plongé Manuel Valls dans l’embarras. Un couac de plus à l’actif de la "duchesse d’Aquitaine" qui jouit d’une place à part dans le gouvernement.

Ce qu’elle nous propose aujourd’hui, c’est une sorte de retour au Moyen Âge avec des décisions de la duchesse Ségolène. Et bien nous, on n’est pas des gueux et on ne se laissera pas faire ! ».

La gauche n’est pas en reste. Jacques Auxiette, le président socialiste de la région Pays de la Loire, dénonce « une décision précipitée ». Une grande partie des élus locaux sont vent debout contre les caprices de Ségolène Royal. La ministre entonne le refrain bien connu des critiques machistes. Personne n’est dupe. La madone du Poitou est définitivement de retour sur la scène politique, et dans les rangs de sa majorité, on s’est rangé à cette évidence.
 
Comme le décrypte pour nous un vieil ami de Ségolène Royal qui connaît sa malice, la ministre de l’Écologie a joué sur les deux tableaux. Elle sait que sa grande réforme sur la transition énergétique est insatisfaisante. Elle peut se gorger de mots et de superlatifs, elle n’est pas financée, et ses objectifs ne sont pas tenables dans les délais qu’elle défend. Notamment sur la part de l’énergie nucléaire. Delphine Batho, son ancienne protégée, qui occupa le poste avant d’en être débarquée, y voit même « un enterrement de première classe » des promesses de François Hollande. Aussi, pour ne pas s’attirer les foudres des écologistes, Ségolène Royal s’est arc-boutée sur l’A831 et obtenu du même coup leur soutien et celui des associations environnementalistes.

Ce faisant, la ministre de l’Écologie a pris le risque de raviver les souvenirs d’une Ségolène Royal qui n’en fait toujours qu’à sa tête et joue solitaire. D’ailleurs, les réactions n’ont pas manqué au coup d’éclat de Ségolène Royal. Pour le président du conseil général de Vendée, Bruno Retailleau (UMP), Ségolène Royal « se prend pour la réincarnation d’Aliénor d’Aquitaine, c’est l’arbitraire le plus total, le Marais poitevin n’est pas le jardin privé de Mme Royal [..].

Surtout ne pas perdre la face. Jusqu’au bout, Ségolène Royal aura dit et laissé dire par son cabinet que l’autoroute A831, qui doit traverser le Marais poitevin, ne verrait pas le jour, quand Manuel Valls, au contraire, assurait que, en dépit du veto de sa ministre de l’Environnement, des consultations s’ouvriraient pour discuter du coût de ce projet. Un désaveu. Un de plus. Mais le premier ministre a pris un soin infini à mettre les formes nécessaires pour ne pas s’aliéner, de manière irrémédiable, l’ancienne compagne du président et ne pas froisser l’ego de l’ex-candidate du Parti socialiste à l’élection présidentielle de 2007.

Manuel Valls, qui fut l’un de ses lieutenants avant de devenir aujourd’hui le chef du gouvernement, connaît trop le caractère tempétueux de Ségolène Royal pour s’en faire une ennemie. Il l’a vue rendre coup pour coup aux éléphants du PS qui la sous-estimaient, voire la méprisaient. Elle leur a fait mordre la poussière, l’un après l’autre. Idem avec Martine Aubry, qui lui a volé le poste de premier secrétaire du parti au congrès de Reims. Elle a bataillé bec et ongles pour tenter de récupérer son dû sans jamais accepter sa défaite, nourrissant une haine tenace à l’égard des gardiens de la Rue de Solférino.

Une certitude pour le premier ministre, il vaut mieux avoir Ségolène Royal dans son camp. François Hollande l’a compris avant lui. Il a fait de la mère de ses quatre enfants une alliée plutôt qu’une adversaire. Manuel Valls, qui ne manque pas d’ennemis au sein de son propre gouvernement. Personne n’est dupe. La madone du Poitou est définitivement de retour sur la scène politique. Avec ses qualités qui font qu’elle a encore des fans. Avec ses défauts et sa mauvaise foi qui font qu’elle a encore davantage de contempteurs.

Pourtant, il y a quatre mois, les observateurs les plus attentifs de la vie politique s’étaient autorisés à dire que Ségolène Royal avait changé. Qu’elle était rentrée dans le rang. Son long purgatoire, sa défaite aux législatives face à Olivier Falorni, un dissident du PS, soutenu par Valérie Trierweiler, sa rivale, son rêve évanoui de "perchoir", avaient eu raison de l’ambition démesurée de celle qui pensait qu’elle serait la première femme à accéder à l’Élysée. Son retour sur le devant de la scène politique, à la faveur d’un remaniement, marquait l’avènement d’une autre Ségolène Royal. Plus sage. Plus collective.

« Tout est dans le chignon ». Dans l’un de ses petits billets ravageurs, la journaliste Anna Cabana qui aime à noter les détails innocents qui comptent vraiment, relevait combien la nouvelle coiffure de Ségolène Royal disait tout de la manière dont elle envisageait désormais son retour au premier plan grâce à son entrée au gouvernement. Elle voulait être « une ministre plus que parfaite ». Les Français la redécouvriraient à l’occasion de la grande loi sur la transition énergétique qu’elle allait défendre à l’Assemblée nationale. Bientôt, elle laisserait une trace indélébile dans l’histoire de France. Un peu à la manière de Simone Veil, à qui elle semblait presque emprunter la coiffure et la garde-robe.

Ségolène Royal allait bientôt faire oublier les couacs en stock qui avaient pollué les deux premières années de la présidence de son ancien compagnon. En d’autres termes, si elle n’avait pas hérité du grand "ministère de l’Intelligence" (Culture, Jeunesse, Éducation) dont elle avait rêvé, elle comptait bien mettre son expérience au service de Manuel Valls et de François Hollande et incarner le professionnalisme qui avait cruellement fait défaut au gouvernement de Jean-Marc Ayrault.

Et c’est peu dire que Ségolène Royal, en fine politique, démarre en fanfare et profite de l’attraction médiatique que suscite son retour aux affaires. À propos du gaz de schiste, elle brise un tabou et se dit « ouverte à des recherches à condition que de nouvelles techniques d’extraction soient envisageables ». Elle prend le dossier de l’écotaxe à bras-le-corps pour tenter de désamorcer ce foyer de conflit. Surtout, elle prend garde de rester dans le périmètre de ses attributions. Le numéro trois du gouvernement n’empiète pas sur les autres ministères, mais donne une visibilité à celui de l’Écologie, qui n’avait pas connu, dit-on, ministre de cette envergure depuis le départ de Jean- Louis Borloo.

Chassez le naturel, il revient au galop. Ségolène Royal sera la première à faire "bugger" le « logiciel anti-couacs » mis au point par Manuel Valls. Un peu plus d’un mois après son entrée au gouvernement, la ministre de l’Écologie se laisse à critiquer plusieurs membres du gouvernement dans une interview donnée à Paris Match. À commencer par Miche ! Sapin et Arnaud Montebourg, les hôtes de Bercy. Elle dénonce le « mépris » et « les boules puantes » de certains de ses collègues. « Oui, je parle. C’est ma liberté et je la garderai quoi qu’il arrive. Et si j’ai envie de dire autre chose que ce qui est convenu, je le dirai », confie l’iconoclaste, avant de démentir avoir jamais tenu ce genre de propos.

Du pur Ségolène Royal. D’autres qu’elle, auraient sauté pour moins que cela. Pas elle. « Madame la ministre », comme l’annonce l’huissier qui la précède pour que le personnel de son ministère se lève à son passage, bénéficie d’une place à part. Pour le meilleur, et souvent pour le pire.

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