Roms, l’overdose.

"Face aux Roms, l’État a abandonné les maires et les citoyens" - Entretien avec Christian Estrosi

Samedi 14 septembre 2013 // La France

"Face aux Roms, l’État a abandonné les maires et les citoyens" - Entretien avec Christian Estrosi. Le député et maire UMP de Nice, qui a élaboré un "guide pratique" de lutte contre les Roms, s’insurge contre les contraintes "insupportables" imposées aux maires. Et s’attaque à Manuel Valls : "Tout dans le verbe, rien dans l’action."

Pourquoi avoir envoyé ce "guide pratique" ?

J’ai souhaité transmettre, en juillet dernier, aux 3 500 maires de France disposant d’une police municipale un guide pratique pour prévenir les occupations illégales du domaine public par les populations non sédentaires. Parce que depuis la circulaire Valls, en août 2012, l’État a abandonné les maires et les citoyens. Non seulement en nous refusant le concours de la force publique — alors que nous avons affaire à des gens qui, la plupart du temps, sont en situation irrégulière et que le tribunal de grande instance ordonne leur expulsion —, mais surtout en nous imposant des contraintes absolument folles, inadmissibles et insupportables pour les municipalités : relogement des Roms expulsés, scolarisation des enfants... Je considère que notre pays connaît une forme de déclin à force de vouloir se montrer plus généreux pour les autres que pour les siens.

Quels sont vos moyens d’action ?

Face à l’attitude scandaleuse du gouvernement, je dois me battre tous les jours avec les armes juridiques qui sont les miennes. Je développe un réseau de 850 caméras de vidéo surveillance, je prends des arrêtés suffisamment pointus dans chaque domaine pour que les policiers municipaux puissent relever les infractions... Avec du temps et de la ténacité, j’ai réussi à expulser, ces six derniers mois, les trois squats principaux occupés par des Roms à Nice. Mais le problème n’est que déplacé : une fois que les Roms sont expulsés de ces endroits insalubres, je reste en conflit avec l’État, qui les laisse errer dans les rues de ma ville, obligeant ainsi la police municipale à une surveillance intense pour les déloger d’un parc public à un autre, etc.

Vous dites que le problème ne fait qu’être "déplacé"...

Parce que, contrairement à ses prédécesseurs, Manuel Valls refuse de prendre des mesures de raccompagnement à la frontière. Il le pourrait, puisque les Roms viennent de pays comme la Roumanie et la Bulgarie, qui n’appartiennent pas encore à l’espace Schengen. En tant que député et maire de la cinquième ville de France, je demande que, comme nous l’avions fait en 2011, le gouvernement s’oppose à l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie au traité de Schengen.

Comment agir ?

Je prépare, en ce moment même, une proposition de loi pour harmoniser les règles à l’intérieur de l’espace Schengen : la France a la législation sociale la plus attractive, que ce soit pour les Roms ou pour toute autre forme d’immigration irrégulière et clandestine. À partir du moment où les autres pays sont moins humanistes que nous, il n’y a aucune raison que les Français soient les seuls à faire les frais de cette situation ! Et si aucune solution n’est trouvée, nous pouvons parfaitement sortir de l’espace Schengen. Le Royaume-Uni t l’Irlande ne s’en tirent pas plus mal !

Comment jugez-vous le ministre de l’Intérieur ?

Avec M. Valls, tout est dans le verbe, mais rien dans l’action. Je suis très étonné par le crédit qu’on lui accorde encore alors que, quand une décision de justice est prise, il refuse de mettre en oeuvre les moyens pour l’appliquer. J’ai eu récemment des problèmes, à Nice, avec des gens du voyage. Il était en vacances tout près d’ici, je l’ai donc convié à venir voir les vrais problèmes. Il n’est pas venu mais a donné des instructions pour empêcher une intervention. Voilà le double visage de M. Valls.

Que s’est-il passé ?

Des gens du voyage, de nationalité française, avaient investi un terrain de football à Nice, débarquant à 130 dans des caravanes. Je leur ai dit avec sang-froid et fermeté : « Je vous donne quelques heures pour partir. Vous êtes rentrés par effraction, vous êtes des délinquants. J’ai ajouté : Je vais prendre toutes vos immatriculations, mettre des caméras partout,filmer tous vos faits et gestes, vos allées et venues, engager une action devant les tribunaux de grande instance, civil et administratif. »Je leur ai présenté la facture des dégâts qu’ils avaient causés : 620 000 euros. « Non seulement vous partirez, mais vous partirez en payant la facture, et c’est la saisie conservatoire de vos biens qui paiera ce que les contribuables niçois n’ont pas à payer. » En moins
d’une demi-journée, ils étaient partis. Ils connaissent parfaitement la loi et savent qu’elle était de mon côté. Conséquence : aujourd’hui, à la sortie de l’autoroute, ils ne prennent plus la direction de Nice. Ils savent qu’ils n’y sont pas les bienvenus.

Répondre à cet article