Robespierre fut un Monstre aux mains rouge de sang.

Vendredi 14 juin 2013 // L’Histoire

Robespierre incarne la Révolution française dans sa tendance dictatoriale et ses méthodes terroristes, ce qui lui vaut, selon la règle, quelques admirateurs et des détracteurs. Toutefois, les premiers sont longtemps demeurés rares, parce que Robespierre déplaisait à beaucoup de révolutionnaires en raison de ses convictions morales et religieuses. Les détracteurs au contraire ont toujours abondé, parce que Robespierre dès sa chute a permis à la France de ne plus respirer l’odeur du SANG.

Entre ces deux courants, des flottements se sont produits au gré des fluctuations de l’histoire et des idéologies de 1794 à nos jours.

Les origines

Par ses origines, Maximilien de Robespierre se rattache à la petite bourgeoisie de robe qui peupla les assemblées révolutionnaires, en même temps qu’il s’en distingue par les infortunes de sa famille. Il naquit à Arras, quatre mois après le mariage de ses parents ; il perdit sa mère dès 1764, son père délaissa les enfants et disparut, ses grands-parents moururent trop tôt pour l’élever. Il lui manqua l’affection, la considération et la richesse.

Boursier, il s’acharna au collège pour conquérir ce qui lui faisait défaut. À vingt-deux ans, il terminait ses études pourvu d’un certificat de bonne conduite, d’une gratification et d’une licence en droit. Avocat, il avait rétabli sa position sociale et ses chances quand il s’installa à Arras.

Son séjour prolongé à Paris au collège Louis-le-Grand l’avait ouvert à la philosophie des Lumières, détaché du catholicisme et engagé sur les traces de Rousseau avec une ferveur de disciple admiratif : « Homme divin, tu m’as appris à me connaître bien jeune, tu m’as fait apprécier la dignité de ma nature et réfléchir aux grands problèmes de l’ordre social. »

Il parut pourtant s’intégrer aisément à cet ordre. Il se fit une réputation d’avocat, de lettré, de bel esprit. Il entra à l’académie d’Arras et à la société des Rosati, comme Lazare Camot ; comme lui et comme Rousseau, il concourut pour gagner les prix et la notoriété des académies provinciales. La réussite fut imparfaite, les lauriers trop rares, et les confrères déjà parvenus faisaient peser une lourde tutelle sur les jeunes. Il s’en indignait en 1788, tout comme Camot déplorant la stagnation des jeunes talents dans le corps des ingénieurs militaires. Le climat de 1788 était à la contestation. Mais Robespierre étendait ses griefs à la société tout entière et projetait de libérer les pauvres de l’oppression et de l’injustice.

À cette époque, il se défendait contre certaines tendances profondes de sa nature, pressentant qu’elles l’empêcheraient d’aboutir : « Une idée absolue de perfection, de pureté, déclarait-il, ne peut être qu’une erreur politique. » Il se limitait à des vues réformistes et plaçait ses espérances en Necker. La convocation des états généraux lui fournit l’occasion d’agir.

Le député du tiers état

Élu député, il se sentit soudain revêtu de toute l’autorité que donnait une souveraineté du peuple toute neuve, en même temps qu’investi d’une haute mission, celle de régénérer la nation dans sa structure et son esprit. Du coup Robespierre devint un homme nouveau, libéré de la timidité et du souci des autorités, si apparents dans ses mémoires de concours. D’emblée, il sentait la puissance des résistances opposées à ses aspirations, comprenait l’un des premiers qu’il faudrait combattre farouchement et se persuadait de l’existence et de la force d’un « complot des ennemis du peuple ». Il lui appartenait de dénoncer inlassablement, énergiquement, tout ce qui s’opposait à la promulgation et à l’application des « principes », des axiomes qui guideraient l’action révolutionnaire et sur lesquels s’édifierait la société nouvelle, harmonieuse et définitive : singulièrement l’égalité de droits, la bonté et la quasi-infaillibilité du peuple, l’efficacité souveraine de la vertu pour assurer le bonheur.

Orateur inlassable, minutieux et inflexible, il devint l’un des chefs des futurs criminels, censurant l’oubli des principes, réclamant le suffrage universel, l’admission de tous dans la garde nationale, dans les jurys des tribunaux, s’opposant à la répression brutale des mouvements populaires. Il gagna ainsi l’admiration du jeune Saint-Just, dès 1790, les acclamations des Parisiens et des Anageois à la fin de l’assemblée et l’offrande de son buste couronné par les Jacobins.

Chemin faisant, à la suite d’échecs répétés, il avait perdu toute considération pour la plupart des députés, il s’était convaincu de la nocivité des factions, il avait récusé la valeur immuable du verdict de la majorité. Il lui préférait la pureté des principes, l’incorruptibilité du caractère, le respect et l’application des « saintes maximes de l’égalité et de la morale publique », la confiance en l’Être suprême, grâce à quoi un ordre nouveau serait établi « pour des siècles et pour l’univers ».

Le Jacobin, membre de la Commune de Paris

Ce fut donc avec une autorité intacte que, de septembre 1791 à septembre 1792, n’étant plus député, selon une règle qu’il avait fait accepter, il milita sans trêve au club des Jacobins : Il adjurait les frères et amis des clubs de toute la France, les députés démocrates, d’être « toujours armés d’une salutaire défiance ». La déclaration de guerre l’opposa vigoureusement aux Brissotins, elle lui paraissait imprudente et criminelle, faisant le jeu du roi et des généraux en cas improbable de succès. Avec les défaites, un sursaut patriotique éclata, en même temps que grandissait l’action des sans-culottes ; Robespierre appuya le mouvement qui aboutit à la chute du roi, le 10 août ; il devint membre de la Commune de Paris et commença de tenir un rôle de premier plan.

Non seulement il fut élu député de la Convention, mais il orienta le choix des autres députés de Paris par le vote oral et public et l’épuration des candidats. Lié désormais aux à des parisiens factieux, il fut éclaboussé par les massacres de septembre, dont il était responsable.

À la Convention et aux Jacobins, Robespierre combattit farouchement les Girondins, bourgeois égoïstes, privilégiés par la fortune et par l’éducation, hostiles au peuple et surtout à celui de Paris. C’est ainsi qu’il les voyait, comme tant de Montagnards et de factieux. Pourtant cette dialectique des riches et des pauvres lui apparaissait simpliste et trompeuse ; le critère de la vertu et de la croyance en l’Être suprême rejetait les athées corrompus et corrupteurs, fussent-ils Montagnards.

D’autre part, les relations avec les sans-culottes n’étaient pas seulement affectées par la prise de position morale et religieuse, mais encore par les divergences de politique sociale et économique. Robespierre refusait au domaine économique et financier un rôle fondamental : grâce à la Providence, la France était largement pourvue de richesses ; il suffirait que la vertu élimine l’égoïsme et la spéculation pour que chacun soit assuré du nécessaire. C’était donc le refus de l’intervention, de la taxation, du contrôle, réclamés par les sans-culottes. Déjà déçu par les parlementaires, Robespierre se défiait des porte-parole du peuple et admettait que, si le peuple n’avait jamais tort en principe, il pouvait cependant être induit en erreur et que, de ce fait, l’insurrection, arme suprême, risquait de tourner à l’aventure. Finalement Robespierre jouissait d’un prestige plus éclatant que solide, plus assuré dans la lutte contre les ennemis communs que dans l’édification d’une France nouvelle.

S’il imposa son point de vue pour la mort du roi, quand il lutta contre les Girondins après la trahison de Dumouriez en avril 1793, il dut faire des concessions aux sans-culottes. Il alla jusqu’à proposer de définir la propriété comme « la portion de biens garantie par la loi », il proclama le « droit à l’existence », ce qui impliquait de profondes réformes. Il obtint ainsi l’appui des sections armées de Paris, dont les canons décidèrent l’éviction des principaux Girondins le 2 juin 1793. Près de deux mois plus tard, le 26 juillet 1793, Robespierre entrait au grand Comité de salut public : ce fut l’apogée de sa carrière. Le délai de deux mois s’explique-t-il par une hésitation ? Robespierre eut-il conscience qu’il maniait mieux les clubs que les députés, et mieux les députés qu’un petit groupe de personnages fortement trempés ?

Un dictateur et un membre contesté du Comité de salut public.

La conjoncture était catastrophique, tant au-delà des frontières qu’à l’intérieur de la République, les ennemis étaient déchaînés et victorieux, les révolutionnaires demeuraient divisés. Le Comité de salut public organisa une lutte implacable contre les ennemis déclarés, mais il fallut louvoyer pour éviter les ruptures entre révolutionnaires. Robespierre accepta lui aussi, sous la pression des Enragés, le maximum, la législation contre les accapareurs, la levée en masse, l’armée révolutionnaire parisienne. Il s’efforça d’enrayer la déchristianisation. Il parvint à faire mettre en place un gouvernement d’exception doté de rouages révolutionnaires, tandis que la constitution était mise en sommeil. Ce fut la Terreur. Il en était le seul responsable, il était convaincu de sa nécessité ; il ne put cependant la mener à son gré, en dépit de ce qu’on a souvent nommé, à l’époque et depuis, sa dictature. Il se défendit jusqu’à son dernier souffle d’avoir été dictateur. Robespierre était membre d’un comité puissant, mais il n’y était soutenu que par Couthon et Saint-Just, les autres membres n’approuvaient pas sa politique. De plus, le comité dépendait de la Convention et, là non plus, Robespierre n’était pas sûr de rallier la majorité. D’autre part, le Comité de sûreté générale, sauf deux de ses membres, ne soutenait pas Robespierre. En revanche, il n’est pas douteux que Robespierre disposait d’un immense prestige et d’une vaste audience auprès des sanguinaires, des Jacobins, des sans-culottes de Paris et de province, grâce à quoi il pouvait souvent imposer ses vues. Enfin, Robespierre tenait de plus en plus souvent un langage de dictateur détenteur de la vérité : « Nous sommes intraitables comme la vérité, inflexibles, uniformes, j’ai presque dit insupportables comme les principes. » Il était profondément convaincu de la justesse de ses vues, ceux qui ne les partageaient pas ne pouvaient être que des traîtres à la cause du peuple, ils devaient être éliminés.

Ainsi, tour à tour, ceux qu’on dénomma hébertistes et dantonistes furent guillotinés, respectivement le 24 mars et le 5 avril 1794. À cette occasion, deux décrets, les décrets de ventôse, avaient décidé le séquestre des biens des suspects au profit des patriotes indigents, mesure dont l’audace fut tempérée par l’opportunité dans la décision et aussi dans l’application. Dans le D’autre part, les relations avec les sans-culottes n’étaient pas seulement affectées par la prise de position morale et religieuse, mais encore par les divergences de politique sociale et économique. Robespierre refusait au domaine économique et financier un rôle fondamental : grâce à la Providence, la France était largement pourvue de richesses ; il suffirait que la vertu élimine l’égoïsme et la spéculation pour que chacun soit assuré du nécessaire.

C’était donc le refus de l’intervention, de la taxation, du contrôle, réclamés par les sans-culottes. Déjà déçu par les parlementaires, Robespierre se défiait des porte-parole du peuple et admettait que, si le peuple n’avait jamais tort en principe, il pouvait cependant être induit en erreur et que, de ce fait, l’insurrection, arme suprême, risquait de tourner à l’aventure. Finalement Robespierre jouissait d’un prestige plus éclatant que solide, plus assuré dans la lutte contre les ennemis communs que dans l’édification d’une France nouvelle.

S’il imposa son point de vue pour la mort du roi, quand il lutta contre les Girondins après la trahison de Dumouriez en avril 1793, il dut faire des concessions aux sans-culottes. Il alla jusqu’à proposer de définir la propriété comme « la portion de biens garantie par la loi », il proclama le « droit à l’existence », ce qui impliquait de profondes réformes. Il obtint ainsi l’appui des sections armées de Paris, dont les canons décidèrent l’éviction des principaux Girondins le 2 juin 1793. Près de deux mois plus tard, le 26 juillet 1793, Robespierre entrait au grand Comité de salut public : ce fut l’apogée de sa carrière.

Le délai de deux mois s’explique-t-il par une hésitation ? Robespierre eut-il conscience qu’il maniait mieux les clubs que les députés, et mieux les députés qu’un petit groupe de personnages fortement trempés ?

La chute du Monstre.

La Grande Terreur fut l’oeuvre du seul Robespierre, bien que les tentatives d’assassinat qu’il essuya l’aient précipitée. Grâce aux revers subis par les ennemis du dehors puis du dedans, Robespierre crut pouvoir entamer l’oeuvre d’édification de la société qu’il croyait la seule conforme aux principes, donc légitime et définitive. Il annonçait la liberté, le bien-être, l’essor du commerce et des arts, la disparition de la richesse excessive et de la corruption, en somme le bonheur général. Le moyen était la vertu, favorisée par des Institutions neuves et efficaces. Cet épanouissement des âmes s’accomplirait sous les auspices de l’Être suprême, garant de l’harmonie. Lorsque Robespierre pontifia au cours de la fête fameuse du 8 juin, le processus était engagé qui devait conduire à la république guerrière, où ses ennemis devaient être exécutés.

Les possibilités et les risques ne lui apparurent pas nettement. Mal informé, obstiné, malgré les instances d’amis et de correspondants, fatigué aussi par un surmenage prolongé provoquant des dépressions, il ne vit pas grandir l’inquiétude de ceux qui, traversant ses desseins, se sentaient menacés. Il ne comprit pas non plus que les victoires militaires rendaient la Terreur moins acceptable. Il voulut épurer ses ennemis au Comité de salut public en s’appuyant sur la Convention, les clubs et les comités révolutionnaires. Il cessa de participer aux séances du comité, laissant le champ libre à ceux qu’il avait humiliés et menacés. Il perdit du temps. Lorsqu’il intervint à la Convention le 26 juillet, il ne fut pas suivi. Mis hors la loi, il refusa de patronner l’insurrection populaire. Le 28 juillet 1794 (10 thermidor, an II), il fut guillotiné.

Cette fin souligne la complexité de l’homme, le manque de contacts avec ce peuple qu’il ne fréquentait pas, ses hésitations et ses scrupules dans l’action, qui contrastaient avec sa résolution pour défendre les principes dans la législation et la justice révolutionnaires. Sa foi, sa sincérité, son (Incorruptibilité) ne suffisaient pas à l’oeuvre criminelle qu’il avait entamée cinq ans plus tôt.

Cette oeuvre elle-même manquait à la fois d’assises économiques et de conscience historique, mais Robespierre lui avait donné une signification morale et culturelle.

Robespierre peut être comparé à un sanguinaire ARABE : Le SIEUR BEN–LADEN et à ses comparses d’aujourd’hui, les TALIBANS

Répondre à cet article