Robert S. Ford, nouvel ambassadeur américain en Egypte : une calamité.

Vers la « somalisation » du pays...

Lundi 7 octobre 2013 // Le Monde

Les événements en Egypte, et plus généralement, dans le Nord de l’Afrique, se déroulent à une vitesse qui ne permet plus à certains dirigeants africains de les suivre et encore moins de les analyser. C’est ainsi que les dirigeants africains ont tous été surpris par ce qu’on a appelé « Printemps arabe » alors qu’il s’agissait d’événements suprêmement planifiés par les Américains. Deux jours avant la chute du dictateur tunisien, Zine El Abidine Ben AIi, personne, dans les palais présidentiels africains, ne savait qu’il allait fuir le pays le lendemain. Lui-même Ben Ali, en quittant le pays, croyait partir pour une journée ou deux, le temps de laisser ses services mater certaines têtes dures islamistes, et il rentrait tranquillement reprendre sa dictature. Erreur fatale. Le chef des renseignements tunisiens ainsi que quelques généraux et personnages clé du système, avaient déjà été retournés par des puissances occidentales.
En contrepartie d’une sécurité garantie au dictateur et toute sa famille.

Quand le bras financier de la déstabilisation du Nord de l’Afrique et du Nord-Mali, à savoir l’émir AI-Thani du Qatar, a été prié d’abdiquer, fin juin avec la prise du pouvoir de son fils héritier, Tamim AI-Thani, début août à Doha, qui l’avait prévu dans les palais africains ? Personne, pas même en Afrique du Sud où Jacob Zuma a connu une deuxième et amère surprise après celle de l’assassinat de son ami, le colonel Mu’ammar al Kadhafi.

Une nomination d’une grande importance vient de s’effectuer en Egypte. Comme d’habitude, elle n’attire l’attention de personne dans les palais africains. Pourtant, Robert S. Ford, actuel ambassadeur des Etats-Unis, en Syrie (mais basé en Turquie pour les raisons que l’on sait), qui va désormais s’occuper de l’Egypte, avec résidence, au Caire, en remplacement d’Ann Peterson, appelée à devenir sous-secrétaire d’Etat pour le Proche-Orient, n’est pas n’importe qui. Il est vraiment un ambassadeur à part entière.

Le fait qui inquiète les Egyptiens n’est pas que Washington lui affecte un nouvel ambassadeur qui provient d’une zone de conflit. Ce qui empêche certains généraux égyptiens de dormir, c’est pourquoi Washington a justement porté son choix sur cette personne quand on sait que partout où elle est passée, depuis qu’elle a assisté l’ambassadeur John Negro-ponte, à Bagdad, c’est toujours le chaos. A croire qu’il ne sait que déconstruire. C’est ainsi que Bagdad et Damas ne sont pas de bons exemples pour pousser lés militaires égyptiens à l’optimisme. L’adversaire de Barack Obama à la présidentielle de 2007, John McCain n’a vraiment pas besoin de demander la suspension de l’aide américaine à l’armée égyptienne pour avoir fomenté un coup d’état contre un président démocratiquement élu, en l’occurrence, Mohamed Morsi. L’arrivée de Robert S. Ford, au Caire, donnera, exactement, les mêmes résultats, en exposant moins Washington à la critique. Car que n’aurait-on pas entendu si Barack Obama, suivant les républicains, avait suspendu l’aide au régime égyptien, laquelle tourne autour de 1,5 milliard de dollars ?

Le savoir-faire du nouvel ambassadeur de Oncle Sam risque d’être déterminant comme partout où il est passé. Qu’on se souvienne que c’est lui, en 2011, qui avait lancé la bronca contre Bachar eI-Assad, organisant les premières manifestations contre le régime, avant de laisser les opposants syriens le faire, quand il a vu que la mayonnaise avait fini par prendre. C’est encore lui qui avait su mobiliser les ambassadeurs occidentaux, à Damas, pour les rallier à la cause des opposants syriens dont la grande majorité soutenue par la Turquie islamiste est plutôt proche des Frères musulmans égyptiens.

Quand, très fâchés d’avoir été vertement roulés par leurs amis occidentaux du Conseil de sécurité, dans l’affaire libyenne avec la destruction du régime de Kadhafi et du pays utile, par les avions de l’Otan, les Russes et les Chinois ont mis un double veto au Conseil de sécurité, chose rarissime en diplomatie, l’ambassadeur Ford avait mis en place, la « solution nicaraguayenne » avec le précieux concours du général David Petraeus. C’est ainsi que des centaines de milliers de combattants venant du monde entier, tentèrent de renverser le régime syrien. Si Vladimir Poutine n’était pas revenu entre temps au pouvoir à Moscou, il n’est pas sûr que Bachar el-Assad aurait eu raison de ce rouleau compresseur emmené techniquement et stratégiquement par Washington, Londres et dans une moindre mesure, Paris, et financièrement,par Doha.

Les généraux égyptiens retiennent donc leur souffle, sachant à quelle sauce ils peuvent être mangés car pour les plus pessimistes, c’est la somalisation » (assurée) de l’Egypte qui les attend, ce qui ne déplairait pas beaucoup à l’ennemi commun, Israël, en ce sens que les 500.000 militaires égyptiens seraient plutôt appelés à jouer le rôle de police nationale aux côtés du million et demi de policiers qui doivent encadrer les 85 millions d’Egyptiens, alors que la surveillance des frontières et la réalisation des autres tâches stratégiques de préservation de paix et de sauvegarde de la souveraineté, ne seraient que très inefficacement remplies, laissant un libre cours à toutes soutes d’opérations de déstabilisation. Il faut prierpourl’Egypte...

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