Retraites : Travailler plus pour travailler plus.

Vendredi 11 octobre 2013 // La France


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Le gouvernement vient de présenter un nouveau projet de réforme des retraites qui devrait entériner l’allongement de la durée de cotisation et l’augmentation des cotisations. Une nouvelle attaque contre l’édifice social français.

Résorber le déficit de 7,6 milliards d’euros du régime général de retraites à l’horizon 2020 : tel est l’objectif assigné à la nouvelle réforme des retraites, la seconde depuis l’élection de François Hollande, et la sixième en dix ans. Et ce texte, présenté en Conseil des ministres le 18 septembre par Marisol Touraine, ministre de la Santé et des Affaires sociales, n’est probablement pas le dernier : à ces 7,6 milliards, il faut, en effet, ajouter les 8 milliards de déficit des retraites du public et les 4 milliards des régimes complémentaires.

En outre, depuis Alain Juppé et sa tentative avortée de 1995, aucun gouvernement n’a osé présenter de réforme de grande ampleur de notre système de retraite de peur de faire descendre dans la rue des centaines de milliers de personnes. D’où la multiplication des réformettes apparemment indolores mais qui sont autant de coins enfoncés dans notre pacte social ; d’où, aussi, l’échec de la mobilisation du 10 septembre à l’appel de plusieurs organisations syndicales du privé et du public, de l’Unef et d’organisations féministes, les jeunes et les femmes étant présentés comme les grands perdants du projet de loi, et qui n’a rassemblé que trois cents à cinq cent mille personnes dans toutes la France : pas suffisant pour faire bouger le gouvernement !

Parmi les raisons avancées pour expliquer ces débordements, on évoque généralement la hausse du chômage ou l’allongement de la durée de vie, ce qui est vrai, mais jamais la baisse relative des salaires. Or, le rapport Cottis, du nom de l’ancien directeur général de l’Insee, commandé par Nicolas Sarkozy en 2008, confirme que, de 1983 à 1991, la part des salaires dans la valeur ajoutée a diminué de quelque dix points ; c’est autant de perdu pour la protection sociale. Pour renflouer les caisses du régime de retraites, le gouvernement prévoit donc d’augmenter les cotisations acquittées par les entreprises et les salariés, une mesure qui n’apparaît pas dans la réforme, mais qui devrait figurer dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale qui sera débattu au Parlement à l’automne, et qui fait d’ores et déjà pousser des hauts cris au patronat qui dénonce une nouvelle augmentation du coût du travail, nuisible à la compétitivité des entreprises.

Pour ne pas déplaire au Medef, la réforme prévoit de compenser cette hausse par un transfert des cotisations d’allocations familiales de l’entreprise vers la CSG. Dès lors, les véritables victimes seront les salariés qui se verront soumis à une triple peine : faibles augmentations de salaires, nette hausse de leur cotisation et de leur fiscalité. Sans compter la prochaine taxation des majorations de 10 °ô des pensions pour les retraités ayant élevé au moins trois enfants, mesure qui sera inscrite au projet de loi de finance pour 2014.

Sinon, à part la création d’un compte personnel de prévention de la pénibilité en faveur de certains salariés, la possibilité pour les apprentis de valider l’ensemble de leur période d’apprentissage pour la retraite, et quelques autres avancées mineures, les principales mesures de la réforme sont autant de régressions sociales. À commencer par l’allongement de la durée de cotisation à partir de la génération née en 1958 qui devra cotiser 167 trimestres pour obtenir une retraite à taux plein pour atteindre progressivement 172 trimestres (43 ans) pour les salariés nés à partir de 1973.

Certes, comme il s’y était engagé, le gouvernement ne touche pas à l’âge légal de départ à la retraite désormais fixé à 62 ans, mais pour pouvoir partir à la retraite à 62 ans en ayant cotisé 43 ans, il faudra avoir commencé à travailler à 19 ans et n’avoir eu aucun temps mort au cours de sa vie professionnelle ; autant dire que c’est mission quasi impossible, compte tenu du taux de chômage des jeunes et des déroulements de carrière de plus en plus interrompus par des périodes d’inactivité. Sans compter que cette mesure pourrait se révéler inefficace : les entreprises se débarrassant de leurs seniors avant l’âge légal de départ à la retraite, la réforme pourrait contribuer à transformer des retraités potentiels en chômeurs effectifs, et à transférer le déficit des retraites sur celui de l’assurance chômage.

Une dernière mesure devrait passer inaperçue tant elle paraît anodine - et de ce fait être moins commentée - mais elle est essentielle, car elle confirme une pratique qui a tendance à se généraliser : la dépolitisation de la politique gouvernementale. La nouvelle réforme crée, en effet, un comité de surveillance des retraites. Composé de cinq membres désignés pour cinq ans, il devra rendre chaque année à la mi-juillet un rapport au gouvernement et au Parlement dans lequel figureront des recommandations qui pourront porter sur l’évolution de la durée d’assurance vieillesse ou sur le niveau du taux de cotisation d’assurance vieillesse, de base et complémentaire dans la limite de bornes fixés par décret.

Le gouvernement Fillon a créé en 2009 un groupe d’experts chargé de conseiller le gouvernement sur l’augmentation ou non du salaire minimum. Or, les cinq économistes, membres de ce comité, s’étaient tous un joui ou l’autre prononcés pour 12 suppression du Smic. Pourquoi ne pas confier la présidence du comité de surveillance des retraites à Laurence Parisot ou à François Ewald, pourfendeur acharne du pacte social français ?

Nous ne nions pas que la pérennité du système de retraite et plus largement de l’ensemble de la protection sociale soit menacée : l’allongement de la durée de vie et la hausse chômage pèsent lourdement sur les comptes, au moins autant que la baisse relative des salaires. Sans une augmentation conséquente des salaires et sans relance de l’emploi, on ne parviendra pas à résorber le déficit des caisses de retraite et les réforme continueront à se succéder à un rythme de plus en plus rapide.

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