Retour sur la semaine noire de l’UMP Quand Jean-François Copé parrainait un fond spéculatif.

Par Mathilde Mathieu et Martine Orange.

Mardi 4 décembre 2012 // La France

Le mélange des genres n’effraye décidément pas Jean-François Copé. Déjà critiqué pour sa double casquette de député-avocat d’affaires, le président autoproclamé de l’UMP a également mis son nom au service d’un fonds spéculatif baptisé Lutetia capital, pendant une année environ, à l’époque où il dirigeait le groupe majoritaire à l’Assemblée nationale.

De fin 2009 à fin 2010, d’après nos informations, il a figuré au « comité consultatif » de cette société créée par Fabrice Seiman, son ancien conseiller diplomatique lorsqu’il était ministre du budget, devenu l’une de ses « plumes » au groupe UMP, au milieu d’un aréopage de banquiers et de patrons, tels Yannick Bolloré (Bolloré medias) ou Klaus Schwab (fondateur du Forum économique de Davos). Le métier de Lutetia : parier sur le marché des fusions-acquisitions, si possible en flairant des opérations avant qu’elles ne soient annoncées publiquement.


Jean-François Copé en novembre 2012© Reuters

Ce « comité consultatif » bénévole, à l’allure de carnet mondain, n’a jamais siégé à proprement parler, mais le site internet de Lutetia explique que ses membres sont sollicités « ponctuellement » pour livrer leur « opinion sur l’environnement macro-économique et la stratégie de l’entreprise ». Chez Jean-François Copé, le conflit d’intérêts est patent. Pourquoi a-t-il accepté de servir ce fonds privé alors qu’il était susceptible, comme chef de file de la majorité à l’Assemblée, de détenir des informations privilégiées sur des sociétés, en particulier à capitaux publics ?

 

Interrogé une première fois sur le sujet en février dernier, Jean-François Copé avait nié « toute relation » avec Lutetia capital. « Si son nom apparaît, c’est un usage abusif », avait juré son conseiller presse à Mediapart (qui n’a pas rappelé cette fois-ci).

Depuis, nous nous sommes procuré des documents qui montrent que Jean-François Copé faisait très officiellement partie du « comité consultatif » de Lutetia en octobre 2009, lorsque l’entreprise a obtenu son agrément auprès de l’Autorité des marchés financiers (AMF). Sur des documents internes, son patronyme apparaît même dès la création de la société à l’été 2009. Et pour cause : d’après plusieurs témoignages, sa présence au comité devait permettre de crédibiliser, aux yeux de l’AMF, le projet de Fabrice Seiman et de son associé, trentenaires peu expérimentés (pas certains d’obtenir l’agrément).

Sans ciller, Lutetia capital affirme aujourd’hui à Mediapart que le nom de Jean-François Copé a été « mentionné par erreur dans le comité consultatif, erreur qui a été corrigée depuis deux ans ». Cette « erreur », si l’on comprend bien, aurait été « corrigée » fin 2010. à l’époque où Jean-François Copé est devenu secrétaire général de l’UMP. À l’époque, aussi, où il a renoncé à son contrat d’avocat-conseil au sein du cabinet Gide-Loyrette-Nouel, précisément pour étouffer les critiques sur ses conflits d’intérêts.

Peut-on croire ce scénario d’un Jean-François Copé enrôlé "à l’insu de son plein gré", jusqu’à la fin de l’année 2010 ? Surtout que le député, loin d’en tenir rigueur à Fabrice Seiman, a continué de l’épauler par la suite : en février 2011, Jean-François Copé participait encore à une opération de promotion de Lutetia capital organisée devant un parterre de clients potentiels dans un salon de l’hôtel Hyatt, où il est venu discourir en « guest star ». Pendant toute cette période, le mélange des genres a été total.

Répondre à cet article