Retour au Mexique.

Mardi 26 juin 2012 // Le Monde

Drapeau de FranceLes meilleurs alliés de la France et de son nouveau président sont en Amérique latine : Mexique, Brésil, Argentine...

Le second déplacement extra-européen du nouveau président français après les Etats-Unis est pour le Mexique et Rio de Janeiro. Les sommets du G20 (17-18 juin) et du développement durable (19-22 juin) ne lui auront pas permis de se concentrer sur les deux pays hôtes, mais nul doute qu’il ait été impressionné par son hôtesse au Brésil, Dilma Roussef, ou l’autre seule femme chef d’Etat du G 20, Cristina Kirchner, de l’Argentine. Avec l’ex-présidente Michelle Bachelet du Chili, voilà trois « Latines » qui incarnent une troisième voie entre une gauche révolutionnaire (tendance Chavez) et une droite alignée sur le Nord (américain).

L’expérience des crises financières que l’Argentine et le Mexique ont traversées est évoquée dans les débats confus autour de la Grèce et de l’Espagne particulièrement. Le candidat de la gauche radicale grecque tout comme la majorité des Espagnols, le roi en tête, regardent vers l’Amérique latine comme la clé de leur sauvetage. Le président Hollande n’aura pas manqué de percevoir au Mexique les échos de la campagne électorale en vue de la présidentielle et des législatives du 1er juillet. Après douze ans d’alternance au profit du Parti d’action nationale (PAN), à la droite de l’échiquier, le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) devrait retrouver le pouvoir qu’il a détenu tout au long du XXe siècle (1929-2000). La troisième force, le Parti révolutionnaire démocratique (PRD), plus à gauche, qui avait frôlé la victoire en 2006, et contrôle la capitale, Mexico City, continue de faire la course dans la roue du favori.

Le retour du PRI à la présidence témoigne de la perpétuation de ses réseaux politiques et sociaux, assez comparables à ceux du PS français. Il est redouté par la société civile, l’Eglise, les étudiants, mais il a aussi valeur de rejet de l’ingérence croissante du grand voisin du Nord. Lors du débat télévisé du 10 juin, les trois candidats ont été d’accord sur ce point : les Mexicains payent un trop lourd tribut (55.000 morts en six ans) à cette guerre qui se mène sur leur sol mais qui regarde au premier chef les Etats-Unis. Le président sortant Calderon avait engagé l’armée dans ce combat. Son successeur promet de la faire rentrer dans ses casernes. La réponse de Washington n’a pas tardé. Une campagne de presse insinue que des accords auraient été passés entre les caciques du PRI et les parrains des cartels.

La priorité des Mexicains ne va pas à cette lutte par procuration mais à la croissance et à l’emploi. La violence, notamment au Nord, contrarie l’investissement qui bénéficiait, grâce à l’accord de libre échange nord-américain (ALENA), au versant mexicain de la frontière avec les Etats-Unis.

Le nouveau président mexicain prendra ses fonctions en décembre. La France a l’occasion de renouer avec ce pays ami, sinon pays frère, dont la hargne du président Sarkozy nous avait artificiellement éloignés avec l’annulation de l’année France-Mexique en 2011 pour cause de refus d’extradition d’une compatriote détenue pour faits de complicité dans une affaire de trafic de drogue. La plus grande flexibilité en matière de lutte contre les cartels que l’on prête au futur président mexicain devrait permettre de résoudre cette question individuelle et de reprendre un dialogue de fond entre les deux pays. L’Europe a besoin d’une bouffée d’oxygène latino-américain, ce que le sommet de Rio devrait confirmer.

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