République, violence et autocensure.

Le début du ramadan, qui coïncide avec la Coupe du monde, sera-t-il paisible ?

Vendredi 25 juillet 2014 // La France


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Le 17 juin, l’équipe de football algérienne est battue par les Belges à la Coupe du monde : dix villes françaises sont le théâtre de toutes sortes de débordements. Le 22juin, les Algériens battent les Sud-Coréens : vingt de nos villes sont touchées. Pas seulement par des rassemblements de supporters enthousiastes brandissant des drapeaux algériens, mais par des incendies de voitures et de poubelles, des attaques de bus, des débuts d’émeutes. La police relève des dizaines de jets de cocktail Molotov ou de mortier d’artifice et autres projectiles. Cela se passe un peu partout, en région parisienne, à Marseille et sa banlieue, dans l’agglomération lyonnaise et à Grenoble, à Toulouse et Albi, Dreux et Nantes, etc.

Tous ces incidents ont un point commun : des jeunes casseurs entraînés et cagoulés s’en prennent systématiquement aux drapeaux français des édifices publics et aux patrouilles de police. Plusieurs policiers sont blessés ; ils procèdent à quatorze interpellations. Quatorze pour des dizaines d’incidents délibérés et violents, ce qui souligne la difficulté du maintien de l’ordre à intercepter ces jeunes dans leur milieu de vie et la retenue dont les unités de police font preuve pour éviter que l’échauffourée ne se transforme en émeute.

L’arrachage du drapeau français, son remplacement par un drapeau algérien, l’attaque frontale de CRS ou de gendarmes sont les signes d’une rébellion communautaire. Dans la binationalité réelle ou imaginaire de ces jeunes nés sur notre territoire, c’est l’origine maghrébine qui l’emporte. Pourquoi pas la française ? Est-ce seulement un phénomène marginal ou la confirmation que la République a échoué à fabriquer de jeunes Français fiers de l’être ? On a longtemps cru à un phénomène transitoire, à une éruption due au passage de l’adolescence à l’âge adulte. Les naïfs nous ont affirmé durant des décennies que l’ampleur de ces phénomènes était exagérée et caricaturée. Un jour, ils se réveillent avec de jeunes djihadistes.

Entre-temps, on est passé de la revendication communautaire (le quartier, la bande, le drapeau, la gué-guerre avec la police) à la revendication identitaire. Le supporter rebelle des Fennecs algériens est devenu un militant salafiste. Il a changé de degré : l’islam honore et justifie ses actes. Les élus qui visitent les grands ensembles HLM de nos quartiers sont sidérés par la progression du salafisme, ce radicalisme islamique dont les héros combattent en Syrie et en Irak. L’argent provient du trafic de stupéfiants et les réseaux se multiplient.

Ces jeunes-là se présentent aux imams tranquilles des mosquées et lieux de culte, leur proposent leurs services, puis les écartent, s’installent, imposent leurs prédicateurs, la barbe, le voile, le niqab et leurs rites alimentaires dans tout le quartier. On comptait sur les filles pour faire de la résistance : elles étaient, disait-on, trop libres, trop indépendantes - ces "ni putes ni soumises" d’autrefois - pour se voiler. Eh bien, elles se voilent de plus en plus et elles le font pour que cela se voie. Le prosélytisme gagne. Une gamine de 14 ans a quitté le domicile de ses parents, à Argenteuil, la semaine dernière, pour aller faire le djihad en Syrie. Cela ne lui est pas venu spontanément.

Les naïfs étaient persuadés que, grâce à une sorte d’autocensure des signes extérieurs de cette conquête souterraine, le temps finirait par en avoir raison. Gribouilles. Mais à cause d’eux, la République n’a su préparer ni ses enseignants ni ses moniteurs à cette agression apparemment lente. Elle réagit en bout de chaîne, quand il est trop tard : services de renseignements, police des frontières, antiterrorisme, pôles judiciaires.

Mais devant une religion conquérante ? Pauvreté de l"État laïc". Cité par jean Picq, magistrat de la Cour des comptes et serviteur de l’État, dans un bel essai intitulé la Liberté de religion dans la République (Odile Jacob), un rapport de François Baroin disait déjà en 2003 que « les démocrates doivent être prêts à assumer les conséquences du fait que certains comportements n’ont pas leur place en France et doivent être désapprouvés et dans certains cas combattus ».Jean Picq insiste sur la nécessité pour l’État de « tenir les deux bouts de la chaîne » : de préserver la liberté de religion tout en se donnant les moyens de sanctionner ses manifestations extérieures si elles troublent l’ordre public. C’est toute la question. Elle n’est pas résolue.

La période du ramadan s’ouvre ce 28 ou 29 juin. On va pouvoir constater comment les élus de la République et les associations qu’ils aident vont saluer l’événement. Sans doute le feront-ils en priant le ciel pour que la coïncidence de ce ramadan avec la Coupe du monde ne soit pas le prétexte à un trouble supplémentaire...

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