Valeurs Actuelles

Rendre la parole au peuple.

Ni François Hollande, ni la gauche ne prendrons ce risque. Leurs réformes se sont toujours faites contre l’opinion populaire. C’est à la DROITE d’en faire un engagement.

Vendredi 7 juin 2013, par François D’ORCIVAL // La France

La bataille contre l’intimidation a été gagnée. Malgré les instructions données par l’Élysée, les déclarations du premier ministre, du ministre de l’Intérieur, des élus socialistes et du préfet de police, le chantage à l"inquiétude", aux "débordements", aux "menaces", à la "crispation", est resté sans effet. « Il y aura une réponse policière et judiciaire pour faire respecter les lois de la République », avait même déclaré le matamore de la Place Beauvau dont on avait mesuré les talents place du Trocadéro. Les marcheurs de la "manif pour tous" ont défié les pronostics écrits d’avance pour traverser Paris en immenses cortèges lumineux, décidés à « ne rien lâcher ». Une génération formidablement jeune et belle aura profité de ce printemps pour sortir de l’anonymat des invisibles et prendre en main son destin.

La dissuasion a joué. Cette répétition de manifs monstres était apparemment méprisée par le pouvoir ; en réalité, elle était redoutée et elle a tenu ses promesses. Connue pour être la ministre des familles mono et homo parentales, Dominique Bertinotti a rendu les armes ce 28 mai. Elle a annoncé au micro de RTL qu’elle renonçait à se rendre à Montpellier assister au barnum médiatique organisé autour du premier "mariage gay" ; elle a jugé bon de préciser que toute réforme sociétale était reportée à plus tard, et que l’on y réfléchirait à deux fois avant de recommencer. Exit la PMA et autre GPA. Quant à la "théorie du genre", Vincent Peillon se dit plus prudent qu’il n’était. Cela ne signifie pas que les provocations ne vont pas se poursuivre. Ainsi le secrétaire à la culture du Parti socialiste s’est empressé de publier, aussitôt connu le palmarès du Festival de Cannes, un communiqué pour « saluer tout particulièrement la palme d’or attribuée à Abdellatif Kechiche qui rend dans la Vie d’Adèle un vibrant hommage à la jeunesse, à l’amour, aux valeurs de tolérance, de liberté et de fraternité »... On voit bien comment rendre "exemplaire" l’histoire d’une passion amoureuse de deux filles et justifier le "mariage pour tous" à peine promulgué. Mais cela ne passe plus.

Qu’après avoir violenté les convictions de tant de Français, François Hollande recherche maintenant l’apaisement (« on tourne la page »), voilà qui justifie la vigilance et la force du mouvement. Celui-ci n’est pas en train de se "crisper", comme l’analysent ceux qui ne le comprennent pas, mais de se cristalliser. La génération qui s’est construite dans cette mobilisation va se répandre dans toutes les familles de la droite, avec une idée en tête : être entendue, pas seulement par des paroles, mais par des actes et des engagements puisque la droite n’est pas aux affaires. Dans sa diversité, celle-ci découvre qu’elle n’aura pas seulement à créer des richesses et de l’emploi, ni même à produire de la sécurité mais qu’elle doit porter en elle un projet de civilisation.

C’est cela que le débat sur la loi Hollande-Taubira a révélé : on ne traite pas un choix de société, de civilisation, par une loi simple. Pourquoi les marcheurs de la manif voulaient-ils tant être comptés ? Pourquoi sont-ils révoltés quand le préfet de police délivre chaque fois des chiffres plus faux les uns que les autres ? En démocratie, une voix est une voix. Celle de 1’élite ne pèse pas plus que celle du peuple. Les marcheurs avaient besoin de se compter pour pouvoir compter. C’est pourquoi le président et le bureau du Conseil économique, social et environnemental ont commis une grave faute politique dont ils n’ont pas calculé la portée lorsqu’ils ont refusé de tenir compte des 700 000 pétitions qui leur étaient remises comme une voie de recours. Leur refus a discrédité la saisine populaire de leur institution et leur assemblée elle-même. C’est de là qu’il faut repartir.

Nicolas Sarkozy en avait eu l’intuition dans les dernières semaines de sa campagne de 2012 : pour retrouver la confiance, il faut rendre la parole au peuple. Il l’avait perçu : les élections ne suffisent pas, même si elles se succèdent dans différents scrutins. Il faut aussi recourir au référendum. Les politiques le redoutent ; les Français ont pris l’habitude de répondre à des questions qu’on ne leur pose pas. Ils procèdent ainsi parce que ces référendums sont trop rares. En facilitant vraiment l’accès au référendum d’initiative populaire, on passionne le débat public autour des grands sujets de société. Ni François Hollande ni la gauche ne prendront ce risque leurs réformes se sont toujours faites contre l’opinion populaire. À la droite d’en faire un enjeu de ses futures batailles. Pas comme un artifice, mais comme un engagement majeur, la seule manière de sortir de l’abstention et de la crise de confiance, la seule aussi qui puisse transformer une manif en votes dont les chiffres, cette fois, ne seront pas truqués.

François d’Orcival

À la radio, le mercredi à 8h50 sur France Info dans le Duel des éditorialistes. A la télévision, le jeudi à 10h10 sur LCI dans Choisissez votre camp.

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