Religion : Le schisme anglican.

Mercredi 13 juin 2012, par Annette DELRANCK // La Religion

Drapeau de FranceLes historiens s’opposent sur les raisons qui ont conduit l’Eglise anglaise à se séparer du pontificat romain. Aimé Richardt privilégie quant à lui le facteur personnel.

Après avoir étudié le jansénisme, Bellarmin, Luther, Érasme et Calvin, Aimé Richardt reprend toute la question du schisme anglican. Longue et complexe, cette histoire intéresse tous les citoyens, religieux ou areligieux, car elle est un des moments importants de la prise de conscience nationale en Europe de l’Ouest. À cet égard, la France et l’Angleterre représentent deux cas particulièrement signifcatifs puisque ces deux royaumes sont également soucieux de ce qu’on appellera plus tard l’indépendance nationale : ils s’affirment à la fois l’un contre l’autre sur le plan de la puissance et en parallèle dans le domaine des institutions politiques.

Le roi de France et le roi d’Angleterre proclament tous deux qu’ils sont empereurs en leur royaume : point d’autorité temporelle qui puisse être supérieure à celles qu’ils exercent légitimement. Et comme le pouvoir spirituel - la papauté - intervient dans le domaine temporel, il faut lui rappeler les bornes à ne pas franchir. Mais la France, malgré la conviction protestante de ses élites, choisit de rester catholique et donne à la question romaine une solution empreinte de modération : l’affirmation des libertés de l’Église gallicane. L’Angleterre, au contraire, décide la rupture et l’accomplit dans la violence.

Pour Aimé Richardt, les raisons du schisme sont accidentelles : c’est parce que Rome refusait de dissoudre l’union d’Henri VIII et de Catherine d’Aragon que le roi d’Angleterre prit le parti de rompre avec la papauté et de se proclamer chef suprême de l’Église d’Angleterre. Le contexte de la décision est clairement rappelé : la guerre des Deux-Roses qui, comme toute guerre civile, engendra un profond désir de stabilité politique et de paix ; les raisons politiques du mariage d’Henri avec une princesse espagnole l’action des premiers réformateurs religieux - de John Wyclif tout particulièrement.

Le récit des épisodes de la rupture religieuse jalonnée de cadavres éminents renforce l’idée que la décision royale a été prise pour convenances personnelles. Il reste que la cause accidentelle est devenue au fil de l’histoire un phénomène structurant, confirmé par la première Élisabeth puis fondé en théologie lors de la dispute entre Jacques le’ et le cardinal Bellarmin qui permet au roi anglais de confirmer l’indépendance politique et cette autonomie religieuse du royaume sur laquelle nul souverain ne revint. Rome n’est toujours pas dans Londres mais les relations entre les deux États se sont apaisées.

Annette DELRANCK (1) Aimé Richardt - « Henri VIII et le schisme anglican », préface de Mgr Guillaume, évêque de Saint-Dié, postface de Mgr Huot-Pleuroux, ancien secrétaire général de l’épiscopat - Éd. du Cerf, 2012, prix franco : 21 E.

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