Réforme territoriale : le pari hasardeux de François Hollande.

Par Lénaïg Bredoux et Mathieu Magnaudeix

Jeudi 12 juin 2014 // La France

Le président de la République espère renouer avec les Français en bouleversant la carte des régions, et en incarnant le courage du réformateur face aux conservatismes des élus locaux. Mais la réforme territoriale est contestée jusque dans ses rangs. La méthode Hollande pose de nouveau question.

François Hollande contre les conservatismes : c’est le nouveau refrain de l’Élysée pour relancer un quinquennat à bout de souffle. La réforme territoriale, dont les contours ont été annoncés lundi soir, doit en être le symbole. Sauf que le président de la République, dont la légitimité politique est très fragile, incarne une méthode de gouvernement caricaturale de la Ve République.

La nouvelle carte territoriale, présentée lundi soir sur le site de l’Élysée, prévoit la réduction de 22 à 14 régions. La Basse-Normandie et la Haute-Normandie vont fusionner, mais aussi Rhône-Alpes et l’Auvergne ou encore la Picardie et la Champagne-Ardenne, etc. Les conseils généraux doivent être supprimés en 2020 quand les intercommunalités (dont le seuil minimal d’habitants doit passer de 5 000 à 20 000 habitants) se seront développées. François Hollande a également confirmé que les prochaines élections départementales et régionales sont repoussées du printemps 2015 à l’automne 2015, après l’adoption du projet de loi qui doit être déposé en juillet.

Ces annonces, attendues depuis la conférence de presse présidentielle du 14 janvier 2014, ont sans surprise provoqué la fureur de nombreux élus locaux, de petits et grands barons, et de l’opposition. Les réformes territoriales sont pourtant promises depuis de longues années, tant l’enchevêtrement de compétences n’a plus vraiment de sens dans un mille-feuille institutionnel jugé inefficace et gourmand en frais de fonctionnement. François Hollande l’a bien compris et espère jouer de l’impopularité croissante d’une classe politique jugée conservatrice et jalouse de ses privilèges.

C’est tout le pari de l’Élysée. « La carte des régions date de plus de 60 ans. Cela fait 30 ans qu’on veut la modifier. Il y a eu le rapport Mauroy en 2000, le rapport Balladur de 2009 et le rapport Raffarin en 2013. Tous ont dit qu’il fallait réduire le nombre de régions. Personne ne l’a fait. Le président de la République est le premier à passer à l’acte », explique un proche. Avant d’insister : « Au moins lui, il fait la réforme. C’est bien lui le patron, il l’a montré. »

« C’est la plus grande réforme du quinquennat », s’enthousiasme le député PS, Bernard Roman. L’élu du Nord se plaisait à rappeler mardi dans les couloirs de l’Assemblée nationale que Pierre Mauroy, en 1982, souhaitait 16 régions seulement. Mais que sous la pression des barons du PS désirant devenir présidents de région, François Mitterrand avait porté leur nombre à 22.

Sur le papier, cette réforme rompt d’ailleurs par rapport aux deux premières années du quinquennat où, malgré des avancées, François Hollande a toujours cherché à ménager les élus locaux. S’il est passé outre leurs réticences sur le non-cumul des mandats, il a dû en repousser l’application à 2017. Les textes sur la transparence, annoncés en catastrophe après les aveux de Jérôme Cahuzac, ont eux aussi été atténués après la fronde lancée par Claude Bartolone, le président de l’Assemblée (lire notre article).

Quant aux lois déjà votées sur la décentralisation, elles ont fait l’objet de cafouillages innombrables Marylise Lebranchu avait dû changer de directeur de cabinet ; ses textes avaient été découpés en plusieurs lois, sur ordre de l’Élysée où les associations d’élus défilaient pour défendre leur paroisse (lire notre article). Le chef de l’État a lui-même souvent changé d’avis, sur l’avenir des départements ou la suppression de la clause de compétence générale.

À l’époque, François Hollande faisait figure de « président des élus », lui qui s’est, tout au long de sa carrière, appuyé sur les élus locaux lors de la primaire, il avait convaincu nombre de petits barons de le soutenir. Lui-même fut maire de Tulle et président du conseil général de Corrèze. L’an dernier, le député PS Pascal Cherki avait même lancé  : « Lorsque l’on est président de la France, on n’est pas conseiller général, on prend la mesure de la situation et on change de braquet. » Sur la forme, la remarque avait choqué de nombreux socialistes. Mais sur le fond, ils étaient nombreux à la partager.

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