Redressement piégé.

Jeudi 14 juin 2012 // La France

Drapeau de FranceLe parcours d’Arnaud Montebourg est à suivre de près : le nouveau ministre a des convictions qui s’opposent à celles du ministre de l’Economie... et de très hautes ambitions.

Candidat aux- primaires socialistes contre François Hollande, Arnaud Montebourg a servi loyalement le vainqueur de la confrontation interne à la gauche pendant toute la campagne électorale. Il a été récompensé par un ministère que l’on peut regarder comme l’illustration de l’art « hollandais » de la synthèse des positions contradictoires puisque le partisan de la dé- mondialisation et du protectionnisme doit cohabiter avec Pierre Moscovici, ministre de l’Economie connu depuis un certain temps pour son engagement en faveur du libre-échange.

A première vue, le poids de Pierre Moscovici semble très supérieur à celui d’Arnaud Montebourg, qui semble avoir reçu une sorte de gadget destiné à rassurer les partisans du protectionnisme. Mais le décret qui fixe les attributions du ministère du Redressement productif — on a dit que le Journal Officiel avait commis une coquille lourde de sens en écrivant tout d’abord « redressement progressif » donne tout de même à Arnaud Montebourg des pouvoirs étendus puisqu’il est chargé de l’ensemble de la politique industrielle, tourisme compris, ainsi que de la défense et de la promotion de l’emploi dans l’industrie et les services. Il a également autorité, comme son collègue de l’Economie, sur l’Agence des participations de l’Etat, ce qui est très important sur le plan de la stratégie industrielle.

A Bercy, siège imposant de l’Economie et des Finances, il y a donc une véritable dyarchie et non plus un ministre surpuissant entouré de secrétaires d’Etat chargés sous sa direction de tâches mineures.

Pour Arnaud Montebourg, le ministère taillé dans la grande masse de Bercy risque cependant d’être un cadeau empoisonné car les traités et accords européens ne lui laissent pas beaucoup de liberté pour intervenir dans l’économie. Ministre dépensier par nature, il risque d’être rapidement recadré dans un gouvernement qui n’a pas d’autre choix que de viser l’équilibre budgétaire.

Le mardi 29 mai, la CGT a remis au Premier ministre une liste de 46 entreprises en difficulté, qui risquent de licencier 45.000 personnes. Parmi celles-ci, on trouve Carrefour, Petroplus, Arcelor-Mittal ou encore l’usine Fralib, où le personnel résiste depuis 600 jours à la fermeture décidée par Unilever.

Arnaud Montebourg risque donc de s’épuiser à courir d’une raffinerie à une grande surface pour tenter d’empêcher une fermeture ou pour réduire le nombre de lettres de licenciement, pour convaincre la direction d’une multinationale ou un patron aux abois de renoncer à une liquidation de site industriel. Ce qui ne se fait jamais sans contreparties financières souvent vite dilapidées. Etre socialiste ne lui facilitera pas la tâche avec les partenaires sociaux : dans les entreprises en péril, les syndicats ne se préoccupent pas de la couleur politique du ministre mais peuvent lui demander des comptes sur les promesses faites pendant les campagnes présidentielle et législatives.

Si Arnaud Montebourg ne parvient pas à rétablir la situation de l’emploi, il y perdra la popularité dont il jouit dans une partie de l’opinion de gauche et ses projets politiques seront gravement compromis. S’il tire plus ou moins bien son épingle du jeu, il pourra sérieusement penser à la présidentielle de 2017. Mais il trouvera toujours François Hollande sur son chemin.

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