Rassemblement : Les patriotes avec Montebourg ?

Dimanche 11 mars 2012, par Christophe Barret // La France

Drapeau de FranceLe mouvement Rose Réséda, « école de formation », a été lancé par l’homme qui a fait 17% aux primaires socialistes. Il s’agirait maintenant d’agréger de nouveaux citoyens aux 500 000 déjà convaincus.

C’est dans une salle d’un quartier populaire de Paris qu’a été lancé début février ce qui ne se veut , selon ses initiateurs, ni un énième courant du parti socialiste, ni un parti politique à part entière. Son inspirateur, Arnaud Montebourg, affiche un soutien loyal à la candidature de François Hollande à l’élection présidentielle.

Visiblement, le député de Saône-et-Loire joue sur la nécessité de maintenir en place un appareil pour conquérir le pouvoir, ce dont on ne peut que convenir.

Dans le discours prononcé devant les centaines de personnes présentes dont de très nombreux jeunes -, tout est cohérent : de la projection de la bande annonce du documentaire étatsunien Inside Job dénonçant finement les débuts de la crise financière au discours final proclamant enfin haut et fort un protectionnisme nécessaire pour nos économies, en passant par l’exécution des « gouvernements Goldman Sachs  », auxquels on aurait pu ajouter le gouvernement Lehmann’s Brothers espagnol, si l’on se réfère à la carrière passée du nouveau ministre de l’Économie de ce pays.

Avec talent, l’ancien candidat aux primaires citoyennes qui surprit par sa percée, au mois d’octobre, propose une alternance crédible à la défaillance des élites. Rappelons qu’il avait appelé à voter non au traité de Lisbonne, en 2007. Les royalistes de la NAR peuvent se réjouir de voir être ainsi porté sur une nouvelle tribune de la campagne une bonne part de leur programme économique. Et si Montebourg n’ose pas encore évoquer l’éclatement probable de l’euro, on comprend, au rythme qu’il entend donner au développement de son mouvement, et même si l’objectif immédiat affiché est la victoire de François Hollande, on comprend bien que le troisième homme de la primaire croit en ses chances d’être un jour le premier.

Sorte de super mercredi de la NAR, le mouvement Rose Réséda se propose de lancer des Universités populaires itinérantes avec des intellectuels. On ne peut aussi que se féliciter que puisse être de la sorte défendue la voix du
parti hétérodoxe, à ce jour encore bien peu vertébré. Saura t-on enfin tourner la page des échecs répétés des Philippe Séguin et des Jean-Pierre
Chevènement ? En promettant de pouvoir rassembler ceux qui veulent simplement aider le pays Arnaud Montebourg justifie ainsi le choix, pour le nom de son mouvement , du titre d’un poème d’Aragon, publié pour la première fois au printemps de l’année 1943, dans une France meurtrie. Certes, on ne risque plus sa vie, aujourd’hui. Mais il n’est pas non plus interdit, aujourd’hui comme hier, de tout faire pour considérer lucidement la situation de la France.

Arnaud Montebourg cite nommément le premier fusillé de la Résistance, Honoré d’Estienne d’Orves, chef du réseau Nemrod condamné à mort et exécuté avec d’autres compagnons, en 1941.

À la suite d’Aragon, il parle de : « Celui qui croyait au ciel  ». Le 18 juin 1943, déjà, dans un discours historique au Royal Albert Hall, Pierre Brossolette, lui aussi, invoquait l’unité de la Résistance.

Quelques lignes de son discours sont, elles aussi, entrées dans l’histoire : « Ce qu’ils étaient hier, ils ne se le demandent pas l’un à l’autre. Sous le signe de la Croix de Lorraine, le socialiste d’hier ne demande pas au camarade qui tombe s’il était hier Croix-de-Feu. Dans l’argile fraternelle du terroir, d’Estienne d’Orves et Péri ne se demandent point si l’un était hier royaliste et l’autre communiste. »

Les royalistes des la NAR, fiers de leurs filiations, qui remontent aux monarchiens de 1789 qui ont rédigé la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, se croient pleinement habilités à ouvrir un dialogue avec Arnaud Montebourg.

Dans l’esprit de rassemblement national qu’il a esquissé, la discussion sur le thème des fondements de notre régime politique, parfois encore trop malmenés dans le discours du député, pourrait être considérée comme un préalable des plus utiles.

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