Rachida sans complexes : Confidences.

Par Geoffroy Le Jeune

Lundi 16 septembre 2013 // La France

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L’ancienne garde des Sceaux a reçu "Valeurs actuelles" pour se livrer sans détours. Portrait d’une affranchie en campagne.

Sentiment délicieux où l’on s’apprête à rencontrer une icône du cinéma américain ou une rock star de passage dans un palace parisien. On patiente de vestibule en antichambre en déclinant les propositions de café et boisson. À mesure qu’on s’approche du saint des saints, la tension monte et l’atmosphère s’épaissit. Soudain, elle est là. Un Petit Chose nous accueille dans un somptueux bureau de la mairie du VIIe arrondissement de Paris. Sobrement vêtue de noir, c’est entre deux vibrations de son téléphone portable et en sirotant un café que Rachida Dati pare les attaques avec une verve détonnante. Le débit est rapide et le propos presque désordonné.

Depuis des mois, l’édile parisien refuse les nombreux portraits qu’on lui propose : « À quoi bon y participer ? Je sais ce que racontent les journaux sur moi ; je ne veux pas le cautionner. »

La "légende Rachida" a la dent dure. Nombre de fantasmes alimentent le mythe de cette atypique maire d’arrondissement née hors du sérail politique. Parmi ceux-ci, on vous jure que Rachida Dati ne donne son numéro de téléphone à personne et qu’elle en change tous les six mois, comme le font Madonna et Mick Jagger. Éclat de rire : « La dernière fois que j’ai changé, c’était en 2007 ! » Force est de constater que l’image renvoyée dans ce bureau par la candidate déclarée à la Mairie de Paris est aux antipodes de celle rapportée par les gazettes. « Mes interviews tournent à l’interrogatoire. On dirait que je suis en garde à vue. » Ses portraits brossent un caractère sec, autoritaire, cassant. « C’est l’inverse ! J’aime la vie, j’aime les gens, j’aime la France !jure-t-elle la main sur le coeur en vois attrapant le bras. Dans la rue, les gens m’appellent par mon prénom.

De cette "empathie", "Rachida" a retenu qu’elle ne devait plus faire le jeu des médias et qu’elle se consacrerait au terrain. Échantillon de ce que la société médiatique a produit de plus abouti (il faut avoir vu une célèbre éditorialiste se presser à ses côtés pour "faire la cour" à Rachida), la "rock star" n’en a pas moins tiré un avantage : « Je suis inflingable. »

"Flinguée", elle aurait pourtant dû l’être : en décembre 2011, Rachida se paye le luxe d’une tribune dans le Monde pour dénoncer le parachutage de François Fillon à Paris (« Votre arrivée est une faute, une faute triste »). Un crime de lèse-majesté qui aurait valu à tout marquis une exécution en place de Grève. Seulement, Rachida est de la race des affranchis. Un épisode révélé par le Canard enchaîné a récemment alimenté sa rubrique. Dans un déjeuner avec des élus parisiens, le député et maire du XVIe arrondissement, Claude Goasguen, l’apostrophe : « Ne ramène pas dans la capitale tes moeurs du 9-3 ! » Réponse cinglante : « Tu te prends pour quoi pour me parler sur ce ton ? Tu t’y crois autorisé parce que j’ai refusé de coucher avec toi ? » Un répondant légendaire qui lui vaut nombre d’ennemis, au sein de cette "caste" qu’elle juge « éloignée des gens ».

L’inclassable Rachida trouve son souffle dans ces "gens" qu’elle rencontre, qui scandent son prénom et lui demandent des autographes. « Je ne suis jamais dans le coup d’après, commente Rachida. J’ai été aide-soignante, comptable, caissière, magistrate, ministre et j’ai tout fait avec la même passion ! » Elle applique la même philosophie à ses mandats : punie en 2009, mise en quarantaine du gouvernement et exilée à Bruxelles, elle confie aujourd’hui « adorer » le Parlement européen : « Grâce à ce mandat, je suis allée en tant qu’observatrice en Syrie, en Afghanistan... » « Rachida est une vraie bosseuse, elle s’investit dans ses dossiers comme personne », plaide son ex-ennemi Pierre Charon, sénateur de Paris.

Un jour qu’elle feuillette une étude sur la mémoire des enfants, Rachida découvre qu’une partie de leur cerveau peut être stimulée par le jeux d’échec. La mairie du VIIe met aussitôt en place des cours destinées aux bambins…Et sa mine facétieuse s’illumine à l’évocation de ses projets.

Elle brûle en décrivant ces séances musicales où les enfants entonnent en choeur le chant des partisans ou la Marseillaise ; raconte ce jour où, fervente amatrice de foot-ball, elle a emmené des enfants encore assister à un clâsico (entre le Real Madrid et le FC Barcelone), en Espagne ! Enfantine, elle le serait presque aussi dans sa manière de gérer sa carrière, faisant « tout à fond, au jour le jour ».

En créant le site "Paris pour tous !", elle a ainsi commencé à décliner son projet pour les municipales dans la capitale. Éditoriaux, communiqués de presse et projets sur les transports, la culture alimentent sa candidature. Orpheline de Jean-Louis, avec qui elle aurait fait un efficace "ticket" médiatique, la voici en piste pour aller défier Nathalie Kosciusko-Morizet, favorite des sondages pour la primaire parisienne à droite.

Mais ne comptez pas sur ces deux figures pour s’écharper publiquement. Entre elles, il n’y aura pas de sang. NKM jure que ses « sentiments ne sont pas indexés sur les échéances électorales », que cette primaire sera un « outil de rassemblement » : « Rachida est maire d’arrondissement, elle a un projet à porter et elle est légitime pour le faire. » Les deux femmes se sont parlé récemment au téléphone. Ont-elles évoqué l’idée d’un ticket les réunissant après la primaire ? Leurs intérêts communs sont légion : surmonter les divisions de la droite parisienne pour espérer avoir une chance de l’emporter ; prouver qu’une primaire à droite peut, contrairement à l’élection à la présidence de l’UMP, bien se dérouler ; "ringardiser" les huiles du parti. Nicolas Sarkozy lui-même n’aurait découragé aucune de ses deux anciennes protégées, séduit par leur capacité à transgresser. NKM, elle, pourrait trouver un intérêt dans l’alliance avec celle que le Times a surnommé la « Boris Johnson » (le maire de Londres) de Paris, capable d’une alchimie rare : séduire les habitants du XVIe, qui se reconnaissent dans son parcours de vie aux airs de saga balzacienne, comme ceux des quartiers populaires, citadelles imprenables de la gauche.

Rachida s’est emballée. « Je n’ai pas de revanche à prendre sur la vie, s’empresse-t-elle de réfuter en guise d’adieu. Mais c’est vrai que je passe ma vie à résister. »

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