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Rached Ghannouchi : « La Tunisie a besoin d’un gouvernement d’union nationale »

Par Pierre Puchot

Samedi 14 juin 2014 // L’Afrique

Alors que la loi électorale vient d’être votée sans prévoir de mesure d’exclusion pour les cadres de l’ancienne dictature et que le pays rencontre de grandes difficultés économiques, Mediapart ouvre avec le chef d’Ennahda une série d’articles sur la Tunisie en transition, à mi-chemin entre le vote de la Constitution et la tenue des prochaines élections.

De notre envoyé spécial à Tunis. Pendant 26 mois, il fut l’homme qui dirigea la Tunisie post-révolutionnaire. À 72 ans, Rached Ghannouchi préside Ennahda, le parti musulman conservateur qui a quitté le pouvoir en janvier, à l’issue du vote de la Constitution. Alors que la loi électorale vient d’être votée sans prévoir de mesure d’exclusion pour les cadres de l’ancienne dictature et que le pays rencontre de grandes difficultés économiques au point de contracter un emprunt national, Mediapart ouvre avec le chef d’Ennahda une série d’articles sur la Tunisie en transition, à mi-chemin entre le vote de la Constitution et la tenue des prochaines élections.

Comment juge-t-il les cent premiers jours du nouveau gouvernement tunisien ? Le parti Ennahda a-t-il cherché à marcher dans les pas de l’ancien régime, lui substituant sa propre administration, comme l’en accuse une partie de l’opposition ? Quel dialogue l’organisation conserve-t-elle avec les mouvements salafistes ? Un premier bilan, alors qu’Ennahda se remet en marche vers les prochaines élections, qui devraient avoir lieu, selon l’instance supérieure indépendante pour les élections, à la fin du mois de novembre. Entretien.

Mediapart. L’arrestation du blogueur Azyz Amami et du photographe Sabri Ben Mlouka est très symbolique de la période ambiguë que vit actuellement la Tunisie. La loi 52 sur les stupéfiants, qui punit le consommateur de une à cinq années de prison ferme, est particulièrement contestée, car elle permet depuis l’époque de la dictature d’emprisonner artistes et opposants politiques. Les gouvernements successifs menés par Ennahda n’ont pourtant pas pris l’initiative de la réformer. Quelle est aujourd’hui votre position sur cette loi (un non-lieu a été prononcé depuis dans cette affaire) ?

Rached Ghannouchi. Nous n’avons pas encore arrêté la position du parti sur la question, mais nous sommes pour faire jouer les circonstances atténuantes. Nous sommes favorables à la révision de la loi s’il s’avère effectivement que son application donne lieu à des injustices non conformes à son objectif. Nous sommes pour alourdir les sanctions contre les trafiquants, plutôt que contre ceux qui en sont les victimes, c’est-à-dire les consommateurs qui, pour une bonne partie d’entre eux, sont des jeunes et des adolescents.

Le premier ministre de transition, Mehdi Jomaa, a tenu une conférence de presse mercredi 13 mai pour les cent jours de son gouvernement. Quel bilan tirez-vous de son action ?
Globalement, nous sommes assez satisfaits de la prestation du gouvernement jusqu’à présent.

Vous avez déclaré ne pas être opposé à ce qu’il poursuive sa mission après les élections (Mehdi Jomaa a lui-même dit qu’il ne se voyait pas poursuivre au-delà de sa mission initiale, qui doit s’achever avec le prochain scrutin), que vouliez-vous signifier par là ?

Comme on dit dans le domaine sportif, on ne change pas une équipe qui gagne. Nous leur souhaitons un plein succès. Et s’ils réussissent, il n’y a pas de raison de changer. Nous verrons, peut-être pourrons-nous continuer avec cette équipe, une partie d’entre eux à tout le moins, ceux qui auront été au niveau de leur tâche. Nous faisions partie des organisations qui ont soutenu ce gouvernement au sein du processus de dialogue national, et nous tenons à ce qu’il réussisse. Nous ne sommes pas des petits enfants qui construisent quelque chose un jour pour le détruire le lendemain.

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