RIEN NE CHANGE EN ALGÉRIE

Dimanche 27 mai 2012 // L’Afrique

Drapeau de FranceEtrange Algérie. La France peut changer. Les pays arabo-musulmans peuvent changer, particulièrement sur les rivages de la Méditerranée. Mais l’Algérie, elle, semble ne pas pouvoir changer. Le président Bouteflika a eu beau reconnaître, le 8 mai, que sa génération « est arrivée à sa fin », le vieux Fln conserve le pouvoir après les dernières législatives.

Tandis que les islamistes se voient barrer la route, la population reste convaincue que, comme d’habitude, le bourrage des urnes a permis la perpétuation d’un système qui va fêter ses cinquante ans, malgré règlements de comptes internes et éliminations plus ou moins violentes, comme Ahmed Ben Bella mort il y a un mois renversé en 1965, ou Mohamed Boudiaf, assassiné en 1992. Le tout ayant été enrobé d’éliminations physiques à échelles diverses, depuis les combattants engagés dans l’armée française jusqu’aux moines de Tibhirine en passant par les nombreuses victimes de la guerre contre les « émir s » du Front islamique du salut.

La France, elle, occupe toujours la très pratique place de bouc émissaire. Abdelaziz Bouteflika n’a pas craint, une fois de plus, de dénoncer ses « horribles massacres ». Mais, comme il sait François Hollande partisan de la repentance, il s’est dépêché de le féliciter et de l’assurer de sa « disponibilité à oeuvrer en faveur d’une coopération algéro-française qui soit à la hauteur des potentialités des deux pays, et en adéquation avec la dimension humaine de nos relations » ; il s’est même déclaré prêt à construire avec lui un « partenariat d’exception ».

Pendant ce temps-là, la grogne se poursuit, les grèves affectent de plus en plus de secteurs et les assassinats reprennent. Comme le font observer de plus en plus d’Algériens, le vide de la pensée et de l’action politiques demeure, puisque le régime n’a en fait rien créé depuis le FIn, qui continue de dominer la vie politique du pays avec l’aide de quelques supplétifs comme le Rassemblement national démocratique du Premier ministre Ahmed Ouyahia. Le ministère de l’Intérieur s’était arrangé pour noyer opposants et dissidents en les émiettant : il avait reconnu une trentaine de partis et facilité la multiplication des candidatures, avec une moyenne de quarante listes par wilaya l’équivalent du département tandis que, dans un deuxième temps, la proportionnelle intégrale éliminait toute liste n’ayant pas obtenu 5% des suffrages.

Dans ces conditions, la participation de 42%, en hausse, a été considérée comme satisfaisante. Bien que les observateurs de l’Union européenne n’aient pu avoir accès au fichier électoral national, un certain vernis de respectabilité a été obtenu, conforté par des déclarations bienveillantes de Washington ; Hillary Clinton a même salué « une étape bienvenue dans le progrès de l’Algérie vers la réforme démocratique ». Il est vrai que l’Alliance verte des islamistes avait été donnée partout comme vainqueur...

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