RD CONGO : toujours le statu quo

Lundi 15 mai 2006, par Gaston // Agenda

Depuis l’avènement de la perestroïka et la chute du mur de Berlin qui ont remodelé notre monde, le bipolarisme du bon vieux temps a cédé le pas au monopolarisme caractérisé par la suprématie du pays de l’oncle SAM. 

Cet état des choses a été matérialisé par la première guerre du golfe en 1990 où les troupes alliées conduites par les Etats-Unis d’Amérique ont eu à faire parler la poudre. Elles visaient à faire respecter les résolutions des Nations Unies et sa Charte visant à faire recouvrer au Koweït son intégrité territoire violée par l’envahisseur irakien.

Ce bref rappel historique nous montre à quel point la politique n’est que le reflet du « deux poids, deux mesures » tant décrié au nom de la justice. Quousque tandem ...

Le Congo, à l’image du Koweït, a vu son intégrité territoire vilipendée et son autorité volée en éclats dans l’indifférence de cette communauté dite « internationale ». Pourquoi les armées de l’Ouganda, du Burundi et du Rwanda peuvent-elles se permettre de traverser la frontière congolaise avec tout leur arsenal militaire, d’opérer des razzias, de violer et de tuer les populations congolaises sans que l’ONU ne lève le petit doigt ? Comment le Conseil de Sécurité a-t-il pu laisser impunis tous ces crimes s’orchestrer au Congo ? Quel est alors le fondement du principe sacro-saint de l’interdiction du recours à la force dans les relations internationales ? Pourquoi a-t-il fallu du temps et beaucoup de morts en plus pour que le même Conseil de sécurité reconnaisse enfin que le Congo était « agressé » et qu’il ne s’agissait pas d’un conflit interne ? Toutes ces interrogations fusent dans nos têtes et devront nous pousser à plus de réflexions.

Tout le drame que connaît aujourd’hui l’Afrique centrale est parti d’un grand plan machiavélique « savamment » élaboré au pays de l’oncle SAM dont l’objectif était de faire basculer le leadership de cette sous-région du Congo (Zaïre à l’époque) à l’Ouganda de Yoweri MUSEVENI. Le Président Mobutu a fait les frais de la théorie du « jus et du citron », chère aux relations internationales. Ayant été un rempart important et incontournable contre le communisme au temps de la guerre froide, les circonstances avaient changé dans l’entre-temps et son rôle s’est vu amoindri, voire inexistant.

Le pouvoir avait donc basculé de l’autre côté de la frontière et Mobutu, rongé par sa maladie, l’apprit à ses dépens. « L’homme fort » de la région était désormais Yoweri MUSEVENI que MOBUTU avait parrainé autrefois... C’est dans ce décor déjà planté que les Présidents rwandais et burundais (Habyarimana et NDADAYE) vont être assassinés dans des conditions on ne peut plus obscures le 6 avril 1994. Cet acte horrible qui n’a été suivi d’aucune enquête internationale (pour des raisons qu’on peut déjà imaginer) sera le détonateur d’un de plus grands génocides de l’humanité. Aujourd’hui encore, l’on se pose la question de savoir pourquoi la lumière n’a toujours pas été faite sur cet « accident » (qui n’en était pas un), mieux cet assassinat (meurtre avec préméditation) de deux Présidents des Etats membres de l’ONU alors que le chaos créé par cet acte crapuleux a gangrené toute la région.

C’est dans ces entrefaites que les troupes du FPR (Front Patriotique Rwandais) conduites par le général KAGAMÉ (ancien chef des renseignements de Museveni) vont s’emparer du pouvoir à Kigali dans un bain de sang (plus de 800 000 morts). C’était alors l’avènement du « tutsi power » qui commençait ... Juvénal HABYARIMANA mort, le sort en était jeté et les jours du vieux maréchal Mobutu comptés.

A cet effet, une rébellion montée de toute pièce verra le jour en 1996 avec un homme de paille, Laurent-Désiré KABILA (les ficelles étant tirées par Museveni et KAGAMÉ). Toutes les alliances s’étant défaites autour du vieux Maréchal, le glas avait déjà sonné et Mobutu devait partir anyway. Cela apparaissait même dans les propos à peine voilés des diplomates occidentaux qui, allant jusqu’à sortir de leur obligation de réserves, promettaient à Mobutu que son cadavre serait traîné dans la rue s’il n’abandonnait pas le pouvoir.

Pendant ce temps, les troupes de l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo (AFDL) avançaient à grand pas d’autant plus que l’armée zaïroise, ruinée par des querelles intestines entre ses généraux, n’était que l’ombre d’elle-même.

De l’Est jusqu’à la porte de Kinshasa, les villes tombaient comme des fruits mûrs au passage de l’AFDL. Les négociations politiques de l’Outeniqua (navire militaire sud-africain) menées par le Président Mandela ne visait qu’à offrir au maréchal malade une sortie honorable. La machine de l’histoire était déjà en marche et ne pouvait être arrêtée. Le 16 mai 1997, Mobutu et sa famille restées à Kinshasa quitteront la ville pour Gbadolité avant de s’envoler le 17 mai sous les balles des soldats des Forces Armées Zaïroises (FAZ) abandonnés par leur « guide ».

En ce moment-là à Kinshasa, c’est sous les applaudissements de la population fatiguée du règne sans partage de MOBUTU que les troupes de l’AFDL feront leur entrée alors que le général MAHELE (Chef d’état-major des FAZ) était tué par des militaires proches du Président déchu.

Ce retour en arrière nous montre à quel point le pouvoir de Kinshasa n’était qu’une dépendance de ceux qui avaient réellement chassé Mobutu du pouvoir. Ce n’est pas non plus un hasard si des personnalités « banyamulenge » (après toutes les salives et le tas d’encre coulés au sujet de cette pseudo ethnie congolaise) telles Bizima KARAHA, James KABAREBE, Moïse NYARUGABO, Azarias RUBERWA et Deogracias BUGERA s’étaient retrouvées à des postes clés de la République (Ministre des affaires étrangères, Chef d’état-major de l’armée, PDG de l’Office des Biens Mal Acquis « OBMA », Directeur de cabinet du Ministre des affaires étrangères et Ministre d’Etat). Ceci faisait partie d’un plan de noyautage de l’appareil étatique congolais commencé depuis les années 70 à l’époque du très puissant directeur de cabinet de Mobutu, Barthélemy BISENGIMANA RWEMA afin de résoudre grâce au « projet du Grand Kivu » le problème de terre rongeant le Rwanda (conflit de terre entre Hutus cultivateurs et Tutsis pasteurs) depuis des décennies et exploiter à fond les richesses minières de cette région de l’Est (or, diamant, coltan, manganèse, cobalt et autres minerais...).

De plus, la facture de la guerre étant très salée, Laurent Désiré Kabila a voulu jouer un tour à ses parrains d’hier en ne respectant plus les fameux accords de Lemera. Ceux qui l’avaient placé au pouvoir l’avaient fait à dessein. Il y avait un butin de guerre qui pointait à l’horizon. Pour aucune raison, ils auraient accepté ce changement d’attitude de Laurent Désiré KABILA.

Dans l’entre-temps, des contrats juteux dans le secteur minier avaient été signés avec le Zimbabwe, l’Angola et des puissances occidentales au grand dam du Rwanda et de l’Ouganda qui avaient été à la base de la chute du régime de Mobutu. Les alliés d’hier se regardaient désormais comme des chiens de faïence. Une autre page de l’histoire était entrain d’être écrite... N’étant plus dans les bonnes grâces des américains (car narguant même la secrétaire d’Etat Madeleine ALBRIGHT à la télévision nationale), l’arrêt de mort de KABILA était signé et son exécution n’était plus qu’une question de jours. Encore une fois, la machine infernale de la mort était mise en route sous la complicité du Rwanda et de l’Ouganda qui armaient les rébellions de façade (RCD, MLC et autres) contre le néo-pouvoir de Kabila.

Le 16 janvier 2001, KABILA fut tué dans des circonstances toujours pas élucidées à ce jour malgré le simulacre de procès sur cet assassinat, le colonel Eddy KAPEND (aide de camp de Laurent Désiré KABILA) et bien d’autres officiers de l’armée seront désignés comme impliqués dans ce crime et croupissent encore à la prison centrale de Makala (à Kinshasa, la capitale) attendant une hypothétique amnistie pouvant les sauver. Coïncidence ou simple hasard du destin, cet assassinat est arrivé au moment où Bill Clinton (démocrate) passait le relais à Georges Walker BUSH (républicain) à la Maison Blanche. L’on sait aujourd’hui qu’hormis la collaboration des congolais, cet assassinat a été orchestré des mains de maîtres par une « main noire » qui dicte encore sa loi en ce moment...

Le choix du nouveau Président avait traduit la faiblesse de l’arsenal juridique congolais de l’après MOBUTU. Imaginez que le décret-loi n° 003 du 27 mai 1997 qui régissait le pays n’avait même pas traité de la succession du Président. Quelle honte pour le droit dans notre beau et grand pays qu’est la RD CONGO ? N’est-ce pas que « gouverner, c’est prévoir » ?

C’est dans cette confusion dictée par cette main noire (dont nous parlions précédemment !) que Joseph KABILA, « fils » du président assassiné, prendra les rênes du pouvoir et héritera d’une rébellion qui consacrait la partition du pays. On a voulu à tort et à travers faire référence à l’ordonnance du gouverneur général du Congo du 14 mai 1886 pour expliquer juridiquement cette succession mais les avertis n’ont pas mordu à cet hameçon.

C’est cette partition du Congo que l’on a appelée la « Somalisation » du Congo, avec des seigneurs de guerre qui régnaient dans leur portion de terre contrôlée. Le Congo était alors morcelé en plusieurs parties contrôlées par chacune des factions armées de cette rébellion et ressemblait plus à un « no man’s land » qu’un Etat.

Cette guerre était voulue par les firmes internationales qui y exploitent les minerais de tout genre sous la bénédiction de la troïka et y tirent le plus grand profit possible. Comment peut- on expliquer que des groupes tels Malta FORREST se soit tapé un capital plus important que la GÉCAMINES en un rien de temps ?

Pourquoi la GÉCAMINES, autrefois poumon de l’économie du Congo, n’est plus aujourd’hui que l’ombre d’elle-même ? Pourquoi est-ce que Louis MICHEL (ancien Ministre belge des affaires étrangères et aujourd’hui commissaire européen) s’ingère dans les affaires intérieures du Congo comme s’il en était un citoyen ? Quel est le sens de la présence d’un organe tel le CIAT (Comité International d’Accompagnement de la Transition) dans l’ordonnancement du pouvoir d’un Etat indépendant qu’est le Congo (croyons-nous !) ? Que dire du ballet diplomatique de l’actuel Ministre belge des affaires étrangères, Karel de GUCHT, au Congo et qui se permet de violer son obligation de réserves pour traiter nos autorités de tous les noms ? N’est-ce pas là une nouvelle forme de ce qu’on peut appeler le « néo-colonialisme » ?

Joseph KABILA a dû faire face à cette rébellion soutenue par le Rwanda (RCD) et par l’Ouganda (MLC) depuis la mort de son père jusqu’à la signature à Sun City (Afrique du Sud) de l’Accord Global et Inclusif pour la gestion consensuelle de la période de transition au Congo (17 décembre 2002). Dieu seul sait combien il a été difficile de mettre tout le monde d’accord (ou presque) dans l’intérêt suprême de la République. Il a fallu plusieurs négociations (Lusaka, Cotonou, Gaberone, Addis-Abeba, Pretoria,...) pour enfin trouver un terrain d’entente « provisoire » avant la tenue des élections libres et démocratiques (si seulement elles les seront).

En réalité, ce n’était qu’une paix des braves puisqu’elle était imposée par la communauté internationale qui s’est même personnellement investie à sa réussite. Les horreurs de cette guerre avaient dépassé les limites du « tolérable » et il fallait vite réagir. Trop de vies humaines ont été perdues à cause de la cupidité des uns et la soif du pouvoir des autres. Plus de 3 millions de morts, ce n’est pas peu ! Nous espérons que le temps finira par rattraper ce qui s’est fait sans lui et que justice sera faite au nom de toutes ces âmes perdues. « Le sang a la mémoire longue », dit-on.

Cet Accord global et inclusif a eu à mettre en place la formule « 1+4 » qui assurait à chacun des ex-belligérants une parcelle de pouvoir d’autant plus que personne n’ait gagné la guerre. Pour faire de la place à tous les ténors de l’arène politique, un gouvernement pléthorique va être formé (36 ministères et 25 vice-ministères) à côté d’un Parlement de même envergure (500 députés et 120 sénateurs). Des « institutions d’appui à la démocratie » (partagées également au nom de la logique « 1+4 ») seront prévues comme gendarmes de ce processus de transition (Commission Electorale Indépendante, Observatoire National des Droits de l’Homme, Haute Autorité des Médias, Commission Vérité et Réconciliation et Commission de l’Ethique et de la Lutte contre la Corruption). Là où le bat a blessé, c’est quand il était question pour chaque groupe politique de se choisir un Vice- président. Ce processus électoral aurait eu beaucoup de crédit aux yeux du peuple si ceux qui représentent véritablement le peuple avaient été hissé au sommet de l’Etat à côté de Joseph KABILA resté aux commandes.

Au RCD, celui qui devrait occuper ce poste était sans doute le Secrétaire général de ce parti (ONOSUMBA) qui avait même conduit la délégation de son parti aux négociations politiques de Sun City. Mais, à la dernière minute, pour des raisons que tous les esprits avertis saisissent à ce jour, un réaménagement va être opérer et Azarias RUBERWA va se retrouver à la tête du parti et sera présenté comme Vice- président de cette composante. Au PPRD, KATUMBA MWANKÉ avait été pressenti à ce poste mais le rapport du Panel des Nations Unies le citant dans le pillage des ressources du Congo a vite déchanté l’opinion et c’est l’ami personnel de feu Laurent Désiré KABILA (Yerodia Abdoulaye NDOMBASI) qui occupera finalement ce fauteuil. Au MLC, le Chairman (Jean-Pierre BEMBA) s’était rapidement mis dans sa peau de Vice-président et laissant à son ami de tous les temps, Olivier KAMITATU (lui aussi fils de son père) la tête de l’Assemblée Nationale A l’opposition politique , presque toute la presse et tous les analystes politiques misaient sur le redoutable opposant Etienne TSHISEKEDI de l’UDPS comme étant le seul rempart contre les velléités belliqueuses de ceux qui avaient mis le pays à feu et à sang au nom du pouvoir pour le pouvoir. C’est finalement Arthur Zahidi NGOMA qui va être élevé à ce poste dans l’une de plus grandes supercheries de l’histoire du Congo.

Connaissant le poids de l’UDPS dans la politique du Congo, ce faux départ par son exclusion ne pouvait qu’avoir des répercussions dans ce processus électoral qui se voulait « inclusif ». Les peaux de bananes ne manquaient entre les membres du gouvernement « 1+4 » et la paix ne tenait qu’à un fil. A tout moment, tout pouvait s’écrouler. Cependant, loin d’être mauvais en tout et pour tout, cet Accord a eu l’avantage de mettre fin à la guerre et de faire espérer des élections libres et démocratiques à un Congo qui l’attend depuis 1990.

Le côté négatif, c’est qu’il a eu à opérer, peut-être sans le savoir, le transfert de tous les champs de bataille à Kinshasa. Tous ces ex-rebelles désormais au pouvoir par la magie du « 1+4 » avaient emmené dans leur valise une partie de leur force armée qui pouvait faire parler la poudre n’importe quand. De plus, ce gouvernement transitoire est composé de leaders et de représentants de la majorité des groupes armés qui sont aussi responsables des violences sexuelles et des violations des droits de l’Homme au Congo. Et le Parlement, dans ses rapports avec le gouvernement, s’est vu priver de tout pouvoir de censure contre ce dernier (Article 112 in fine de la transition). En d’autres termes, le Parlement n’est qu’une chambre d’acquiescement du gouvernement. N’est-ce pas là une simple coquille vide ?

La balle était, de ce fait, dans le camp des politiques pour prouver la confiance placée en eux dans ce contexte post-conflit. Les exclus du processus (Etienne TSHISEKEDI, Vundwawe Te PEMAKO, Atundu LIYONGO, Jean-Claude MVUEMBA, Christian BADIBANGI, Dr KABAMBA et bien d’autres) n’attendent que l’organisation des élections libres et démocratiques pour être aux affaires.

L’UDPS d’Etienne TSHISEKEDI se met jusqu’à ce jour en marge du processus malgré tous les appels en faveur de leur intégration. Cette attitude nous rappelle malheureusement la politique de la « chaise vide » pratiquée par cette formation politique au temps du règne du maréchal MOBUTU. Les 4 sièges leur réservés au Parlement restent encore vacants alors que cela aurait pu être une façon pour ce grand parti politique d’influer sur la production législative et de jouer son rôle de contre-poids dans cette répartition pas très évidente des responsabilités entre les différentes composantes. Ceci n’engage que notre propre personne. Ce n’est pas un hasard si le grand physicien Albert Einstein a dit : « Penser est un travail très difficile, voilà pourquoi si peu de personnes pensent vraiment ».

Cette logique des composantes a mis en mal tout le processus et gangrène encore notre société car, même dans la territoriale et dans les entreprises publiques, c’est le « partage des responsabilités » qui a fait la loi. Et cela devrait aller jusqu’à la diplomatie .Quel gâchis ! Comme qui dirait les pillages d’autrefois étaient à présent organisés à Kinshasa car « personne n’ayant gagné la guerre, la transition ne pouvait qu’être partagée ».

C’est cette même ambiance malsaine qui fera traîner les pas à l’Assemblée nationale qui, tenez-vous bien, en 10 mois de fonctionnement n’adoptera que son Règlement d’Ordre Intérieur alors que les élections devraient avoir lieu, sauf prolongation, dans les 2 ans de l’installation du gouvernement de transition, soit au plus tard le 30 juin 2005. Tel était le prescrit de l’article 196 de la Constitution de la Transition qui avait fait coulé beaucoup d’encre et de salive autour de la fin de la période de transition.

En effet, cet article 196 disposait : « La durée de la transition est de vingt quatre mois. Elle court de la formation du gouvernement de transition et prend fin avec l’investiture du Président de la République élu à l’issu des élections marquant la fin de la période de transition en République Démocratique du Congo. Toutefois, en raison de problèmes spécifiquement liés à l’organisation des élections, la transition peut être prolongée pour une durée de six mois renouvelable une seule fois, si les circonstances l’exigent, sur proposition de la Commission électorale indépendante et par une décision conjointe et dûment motivée de l’Assemblée nationale et du Sénat ».

Au 30 juin 2005, l’UDPS et bien d’autres partis de l’opposition avaient annoncé la fin de la transition et le retour à l’ordre institutionnel de la CNS (Conférence Nationale Souveraine). La CEI qui venait à peine de débuter les opérations d’enrôlement et d’enregistrement des électeurs sans un recensement préalable (encore là une erreur grave !) ne pouvait que solliciter une prolongation de cette transition. Quid du fondement juridique de cette transition prolongée au-delà du 30 juin 2005 ?

Un grand débat a eu lieu entre les tenants de la prolongation et ceux qui s’en opposaient. De tout ce choc des idées, nous pouvons dégager une vérité : les conditions juridiques de cette prolongation n’étaient pas réunies (qu’on le veuille ou pas). Les travaux préparatoires de l’Accord Global et Inclusif sont clairs à ce sujet et seule la logique politicienne a permis à beaucoup d’avoir assez de courage pour défendre cette théorie. Pour parler de « problèmes spécifiquement liés à l’organisation des élections », il aurait fallu qu’il y ait entre autres déjà la loi électorale promulguée et que les opérations électorales aient été enclenchées. L’enrôlement par la CEI n’est pas une opération électorale mais plutôt « pré-électorale ». Dans ce cas, comment envisager une prolongation dans le respect des textes ?

A notre humble avis, cette prolongation automatique de la transition ne relevait que de la solution politique (en dehors du Droit) qui s’imposait afin d’éviter de replonger le pays dans un chaos indescriptible. Cette situation a également permis au peuple de comprendre que dans le chef de ses dirigeants (pour la plupart du moins), il n’ y a aucune volonté politique pour que ce processus aboutisse à des élections libres et démocratiques rêvées par la population. La légitimation du pouvoir au Congo passe inéluctablement par ces élections.

Les émeutes qui ont lieu à Kinshasa en date du 30 juin 2005 où toute la ville était paralysée par le mot d’ordre de l’opposition annonçant la fin du « 1+4 » et où la population est descendue dans la rue malgré l’impression arsenal policier de répression doivent nous donner matière à réflexion de ce qu’attend le peuple de ce processus.

A l’heure actuelle, la machine législative du parlement est en marche et beaucoup de textes ont été adoptés. Les élections auront « probablement » lieu en 2006 à moins que la mauvaise foi des dirigeants congolais ne joue encore un tour au peuple qui croupit dans l’une des misères les plus noires. Les élections doivent avoir lieu pour résoudre la crise de légitimité qui nous a conduit dans ces guerres inutiles. Mais il y a lieu de faire très attention sur les excès qui peuvent apparaître. En effet, ces élections ne devront pas être de la mascarade sinon on n’aurait rien résolu et les armes pourraient encore crépiter.

Que le syndrome des élections à l’africaine où ceux qui détiennent l’effectivité du pouvoir ne perdent jamais ne soit pas notre guide si l’on veut installer au Congo une paix durable. Le but des élections, c’est entre autre de placer les hommes qu’il faut à la place qu’il faut. Si nous passons à côté de cet idéal, alors là nous n’aurions rien appris de l’histoire et nous nous souviendrons du Dalaï-Lama qui disait « quand tu perds, ne perds pas la leçon ». De plus, cette culture de la paix devra conduire les pouvoirs publics à mieux répartir les richesses du pays entre tous les citoyens. Ce n’est pas concevable que l’on paie à un militaire un salaire de misère alors qu’avec son arme et sans argent, il sera un élément d’insécurité terrible.

Que dire de la scolarité de la jeunesse livrée à elle-même et exposée à la corruption du corps enseignant mal payé ? Que dire encore de nos ambassades et personnel de l’administration impayés et même mal payés alors que la puissance du Congo en était tributaire ?

Il ne dépend en fin de compte que de nous-même essentiellement pour que la situation précaire du Congo puisse changer et qu’une nouvelle page soit ouverte.

Paris, 03 avril 2006

MUANDA MAKAYA Gaston

NKANSA MAYEMBA Mireille

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