Qui veut tuer Suisse ?

Mercredi 16 janvier 2013 // La France

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Secret bancaire effrité, monnaie nationale en danger... Le modèle suisse est brutalement attaqué depuis le début de la crise.

Si la puissance publique peut aujourd’hui scruter légalement la moindre transaction et obliger les banques à transmettre les données de leurs clients, la confidentialité des affaires privées a longtemps été la règle dans les pays occidentaux. La Suisse avait réussi à maintenir le principe du secret bancaire. Celui-ci est désormais attaqué. En 2009, un cadre de la banque helvète UBS livrait 45 000 noms de clients américains au
ministère de la justice des États-Unis, contre une récompense de 104 millions de dollars. Cet été, le Conseil fédéral suisse a cédé aux pressions de Washington, acceptant que les cinq plus grandes banques du pays fournissent aux services américains les dossiers de milliers de leurs salariés opérant aux États-Unis, et Bruxelles multiplie les menaces. Raison invoquée : la chasse à l’évasion fiscale, bouc-émissaire logique en ces temps de dérapages budgétaires. Mais pourquoi les « paradis fiscaux » des Caraïbes, très utilisés par les firmes américaines, ne sont-ils pas visés ? Pourquoi les îles anglo-normandes, étroitement liées à la Grande-Bretagne et à la France, échappent-elles aux mesures de rétorsion ? Pour quelle raison les filiales suisses de banques israéliennes concernées par les enquêtes du fisc américain ont-elles été épargnées ?

LA SUISSE SE GAVE D’EUROS...

Cette fin officieuse du secret bancaire suisse se double d’une politique monétaire inédite qui met la monnaie helvète en danger. Ces dernières années, le pays a connu un afflux d’argent exceptionnel. Pour protéger leurs avoirs liquides tant d’une dévaluation que de l’appétit grandissant de leurs fiscs, nombre d’étrangers se sont rués sur le franc suisse. Ce dernier a donc grimpé fortement contre les autres devises mondiales, ce qui a pénalisé la compétitivité des exportateurs de la Confédération. Pour empêcher une réévaluation trop forte de la monnaie nationale, la Banque centrale suisse a alors lancé des programmes d’achats massifs d’euros. Ainsi, la BNS crée de la dette sur elle-même (en francs), puis l’utilise pour acquérir des actifs en euros, majoritairement des obligations d’État allemandes ou françaises. Mais cette politique systématique échappe à tout contrôle : le bilan de la Banque centrale suisse a flambé de 45 % en une année, et l’institut d’émission financerait’ désormais la moitié des déficits des pays du coeur de l’Europe.

 La question mérite d’être posée : la BNS pourra-t-elle un jour céder ses 250 milliards d’euros ? Ou sera-t-elle obligée d’adopter la monnaie unique sous le poids de ses actifs ? Le doute s’insinue, d’autant que le parcours des deux derniers présidents de la BNS étonne. Démissionnaire en janvier dernier suite à des soupçons de délit d’initié, ex-vice-président du Conseil de stabilité financière alors dirigé par Mario Draghi (BCE), Philipp Hildébrand a été très vite recruté par le gestionnaire américain Blackrock. Or, ce fonds ne se prive pas d’utiliser son énorme pouvoir financier (plus de 3 000 milliards de dollars d’actifs) pour distiller des avis politiques tranchés. Quant à Thomas Jordan, qui a pris la suite, il est passé par les universités qui ont formé les responsables monétaires américains.

La Suisse n’est-elle pas victime de la « progression politique » définie par le chercheur Jorg Hulsmann ? Selon son théorème, les gouvernements en difficulté sont tentés soit de renforcer leur emprise sur les territoires qu’ils régissent, soit de détruire la concurrence des États voisins. Halo indépendant et modèle de subsidiarité au milieu d’une bulle euro-atlantique qui en manque singulièrement, adepte d’une stricte séparation entre puissance publique et affaires privées, la Suisse semble dans l’oeil du cyclone.

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