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Qui est Al-Libi, le terroriste enlevé par Obama ?

Dimanche 1er décembre 2013 // L’Afrique

Barack Obama est-il le « copier-coller » de Georges W. Bush ? Bien qu’il soit démocrate, apparemment, non belliqueux de prime abord, il use des mêmes méthodes yankee du Far West de telle sorte qu’on peut, légitimement, se demander lequel des deux serait l’élève ou le professeur de l’autre et vice versa ? Dans tous les cas, Barack n’est nullement un enfant de choeur en la matière. Après avoir, activement, poussé Kadhafi vers la sortie, de la façon qu’on sait, l’actuel détenteur du Bureau Ovale vient de s’attaquer à un de ses tombeurs en la personne d’Abu Anas al-Libi, de son vrai nom, Nazih Abd alHamid al-Rughay, en l’enlevant purement et simplement, le 6 octobre 2013, en Libye. A la demande du président américain, une équipe de la Delta Force y est parvenue sans faire la moindre victime. Du grand art !

Qu’a-t-il fait des cours sur l’inviolabilité et l’intangibilité des frontières énoncés dans le Traité des relations internationales que Barack Obama consulte de temps à autre dans sa bibliothèque privée ? Car à supposer qu’al-Libi soit devenue une cible légitime pour les Etats-Unis comme l’a déclaré le secrétaire d’Etat, John Kerry, cet enlèvement constitue une violation du droit international et de la souveraineté de la Libye. D’ailleurs, en enlevant le premier ministre libyen, AU Zeidan, dès le lendemain de ce forfait américain, les miliciens d’al-Libi, ont signifié leur désaccord à de telles méthodes yankee. D’où la question de savoir si le régime installé par Washington à Tripoli est ami ou non ? Car aucun dirigeant libyen n’avait auparavant été mis au parfum de cet enlèvement qui a laissé pantois le secrétaire général des Nations-Unies Ban Ki-Moon. De nature peu loquace, ce dernier a perdu son latin.

Mais qui serait ce dangereux terroriste qui se cache sous le nom d’al-Libi ? En 1995, il participa, soutient Washington, à une tentative avortée d’assassinat de l’ancien président égyptien, Hosni Moubarak. Pour éviter les foudres de ce dernier, il se réfugia à Doha, au Qatar, le paradis des djihadistes.

Dans le cadre de leurs complicités souterraines, Londres accueillit al-Libi qui terrait jusque là à Doha, afin de lui confier une mission spéciale, top secret : jouer un rôle d’intermédiation, en 1996, dans le cadre de la préparation du coup d’état contre le colonel Kadhafi que les services secrets britanniques (le M15 et le M16) financèrent au travers d’une cellule d’Al-Qaïda. Pour l’avoir au chaud, bien sous la main, Londres alla jusqu’à lui accorder ce qu’ils avaient appelé, à l’époque, question de brouiller les cartes, « asile politique ». L’honorable correspondant, puisque c’est de cela qu’il s’agissait, a correctement bien vécu, à Manchester, jusqu’à son inculpation, en 2000, aux Etats-Unis. On se souvient que le Tribunal du district sud de New York l’accusait d’avoir procédé au repérage photographique qui avait, par la suite, permis d’attaquer, cinq ans plus tard, les ambassades américaines de Dar es Salam et de Nairobi, le 7 août 1998. Résultat : 12 Américains tués ainsi que 214 autres personnes, sans oublier les dégâts matériels et les 5.000 blessés non américains.

Un bilan plutôt lourd. Les Américains en ont tellement après lui que sur la liste des suspects les plus recherchés par le FBI, créée en octobre 2001, al-Libi figure dans une place plus qu’honorable puisqu’une récompense de 5 millions de dollars (ni plus ni moins) était offerte pour sa capture.

Aurait-il été détenu chez les Mollah d’Iran de 2003 à 2010 ? Toujours est-il que cette période est creuse dans sa biographie officielle, avant sa mystérieuse réapparition en Libye, pour les besoins de la cause anti-Kadhafi. Cela dit, le débat n’est pas tranché car, de son côté, Amnesty International, qui n’est pas financé par les services américains, affirme qu’il était, en réalité, détenu dans une prison secrète de la CIA.

Bref, en décembre 2010, c’est le représentant de la Libye, en personne, aux Nations-Unies, qui indique qu’al-Libi et sa famille sont de retour, en Libye, dans le cadre d’une paix négociée par Salf et-Islam Kadhafi, sous l’étroit contrôle des Américains. Avec d’autres membres d’Al-Qaïda et sous l’autorité d’Abdelhakim Belhaj, il participe, à partir de février 2011, c’est-à-dire trois mois plus tard, aux opérations de l’Otan, en Libye, aboutissant au renversement de la Jamahiriya arabe libyenne socialiste du frère guide Mu’ammar al Kadhafi. En représailles de ce spectaculaire retournement de veste, un de ses fils, est assassiné, en octobre 2011, par les combattants qui luttaient autour de Kadhafi pour la préservation de son régime.

Enlevé, à Tripoli, sur instruction du chef de la Maison Blanche, le 6 octobre 2013, Abu Anas al-Libi, a été, selon certains journaux américains, transféré à bord de l’USS San Antonio, en Mer Méditerranée, pour y être « interrogé », en dehors de la protection du système pénal US. Aujourd’hui, il est entre les mains de la justice américaine à qui il vient de demander six mois pour préparer sa défense.

Pour ceux qui ne connaissent pas encore les méthodes démocratiques et la nature des droits de l’homme version Oncle Sam, l’USS San Antonio est un navire de débarquement donc les cales ont été transformées en prison secrète par l’US Navy. Les détenus y sont interrogés selon un programme basé sur les techniques du Docteur Martin Seligman, l’objectif n’étant pas d’obtenir des aveux mais de conditionner les victimes. C’est-à-dire, pendant le premier mandat de Barac Obama. Autant dire que le Président des USA est un (odieux) récidiviste.

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