Quels médias pour l’Europe ?

Jeudi 7 juin 2012 // L’Europe

Drapeau de FranceÀ l’heure où les négociations s’entament pour la réorientation des politiques communes, aucun média de communication ne semble, hélas, être en mesure de toucher l’ensemble des citoyens de notre continent.

L’espace public européen existe. Il est défini par les politiques des diverses institutions européennes et les pages Europe de nos quotidiens ou de nos hebdomadaires sont censées nous sensibiliser aux problèmes de nos voisins. Depuis peu, les pages économie sont largement ouvertes à des débats partagés. La crise économique sans précédent que nous traversons nous fait, presque tous, de l’Atlantique à l’Oural, effleurer un débat commun sur les ravages de l’ultra-libéralisme. On a cependant l’impression que les forces de la contestation, dont « les partisans d’une monarchie parlementaire » font partie, ont bien du mal à traiter le sujet, en dehors d’une juxtaposition de faits nationaux et au prix d’un constant effort de synthèse et d’explication à partir des spécificités de chaque pays. Rien d’étonnant à cela, nous dira-t-on. La nation européenne n’existant pas, il ne peut y avoir d’espace public, largement couvert par des médias complètement européens. Une règle est, par ailleurs, connue du monde journalistique : l’incident qui se produit localement a toujours beaucoup plus d’écho qu’un drame survenant à plusieurs milliers de kilomètres.

À cet égard, la crise grecque, selon certains, ne mérite l’attention des médias et l’ouverture du journal de vingt heures que parce qu’elle constitue pour nous un lendemain possible. Il faut donc se plonger dans la passionnante étude dirigée par Eddy Fougier pour l’IRIS, pour mesurer le chemin qui reste à parcourir afin atteindre ce qui pourrait être l’équivalent d’un cinquième pouvoir : quelques médias dignes de ce nom, bien implantés dans toute l’Union européenne et s’opposant aux politiques menées par les institutions communautaires. Les plus euro-enthousiastes se souviennent que peu avant l’adoption du traité de Maastricht, en 1991, on assista au cuisant échec du quotidien multilingue The European, presse britannique Robert Maxwell. Le journal était censé ne traiter que des thèmes communs aux pays les plus avancés du vieux continent. Hélas, le rythme de la distribution se ralentit vite et devint hebdomadaire, après seulement quelques mois d’existence, et le canard finit même dans l’euro-scepticisme.

Ce destin ne devait rien au hasard, et, aujourd’hui encore, les seuls médias traitant des questions européennes ne se font que l’écho des débats tenus dans les enceintes de Bruxelles. Selon notre étude, s’ils apparaissent tous comme liés aux « gagnants de la mondialisation ». Parmi les plus connus et les plus forts, les chaînes d’information internationalistes, BBC World News ou Euronews sont principalement regardées par « décideurs cosmopolites, globe-trotters (..) à fort pouvoir d’achat qui travaillent dans de grandes entreprises, « mais aussi dans le monde universitaire, culturel ou administratif », bref des personnes impliquées dans des enjeux globaux.

Il semble que seule la petite chaîne franco-allemande Arte puisse se maintenir, au prix d’un honnête choix d’un journalisme d’investigation, grâce à une rédaction établie à Strasbourg et des journalistes en théorie seulement - bilingues.

Certes, côté Internet, les réseaux sociaux peuvent jouer le rôle de courroie de transmission. Mais, d’une manière générale, et dans la situation actuelle de course à l’audience, force est de constater que ne sont retenus et relayés, par les grands médias, que les faits les plus spectaculaires, souvent après que la violence se soit exprimée. Ainsi, l’IRIS rappelle que l’intérêt pour la Grèce se justifie du fait que le pays « est dans la zone euro et que c’est une destination touristique importante et une histoire influente en Europe. »

Dans notre pays, les autorités publiques ne semblent pas prêtes à débloquer davantage de crédits pour accompagner l’émergence de nouveaux médias. Pire, ceux qui pourraient servir de modèle sont remis en cause. Ainsi est-il prévu, à RFI, de réduire les effectifs de 22 % et de fermer six rédactions de langues étrangères.

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