Quelle ouverture pour la Birmanie ?

Dimanche 22 avril 2012 // Le Monde

Drapeau de FranceL’ouverture de la Birmanie (Myanmar) se poursuivra à la condition que chacun des acteurs, à commencer par l’Armée, y trouve son compte.

La participation de la Ligue nationale pour la démocratie aux élections partielles (40 sièges) du 11, avril et l’entrée au Parlement de la principale opposante, prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi, n’est que l’indice encore symbolique d’une profonde évolution du pays tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Le régime militaire en attend la levée des sanctions internationales, la fin de son isolement régional et le retour à la paix dans les zones dites tribales (30% de la population, plus de la moitié du territoire).

Le conquérant britannique du dernier royaume birman (1886) avait incorporé au territoire de la colonie les montagnes et collines environnantes peuplées de minorités non-birmanes, partiellement christianisées (souvent par des missionnaires protestants américains), Karens, Kachins, Chins, Shans. Ces minorités fournirent Londres en unités d’élite pendant la Seconde Guerre mondiale qui y fut terrible contre les Japonais. Leur résistance au pouvoir central n’a jamais cessé jusqu’à aujourd’hui, avec le soutien des voisins, Thaïlandais et Indiens, et des Américains, par anticommunisme jusqu’en 1988 (chute du dictateur Ne Win) puis hostilité à la dictature militaire de Than Shwe (1992-2010).

Ce rappel historique est nécessaire pour mesurer l’importance des évolutions en cours. Bangkok, depuis les élections de l’an dernier, qui ont mis fin à la junte militaire, New Delhi, en proie à ses propres rébellions tribales du Nord-Est et en rivalité d’influence avec Pékin, Washington enfin, qui redoute d’être marginalisé en Asie et veut rentrer dans le jeu, ne souhaitent plus soutenir et armer les mouvements autonomistes ou indépendantistes hostiles à Rangoon. Ils prônent désormais l’unité nationale pour peu que le régime fasse un petit effort de libéralisation et de décentralisation. Aung San Suu Kyi pourrait en être la garante idéale, son père, à l’indépendance, en 1947, ayant négocié un tel pacte fondant « l’Union birmane », à Panglong, avec les « tribus », resté lettre morte après son assassinat la même année.

Le pouvoir birman, qui a échoué à réduire ces rébellions lors de grandes offensives militaires, justifiant les pires régimes d’exception, a grand besoin de la paix et de la sécurité dans ces régions qui sont la clé de tout développement économique, grâce aux infrastructures ouvrant la Birmanie centrale sur l’extérieur, de l’Inde à la Thaïlande, condition également de son rééquilibrage par rapport à la Chine devenue trop envahissante et exclusive.

Les minorités ne cherchent d’ailleurs pas à instaurer la démocratie dans la partie ethniquement birmane et identitairement bouddhiste. Elles n’ont pas soutenu la révolte des bonzes en 2007. Elles sont uniquement préoccupées d’accords d’Etats à Etat. Un « backlash » identitaire est toujours possible. Comment le gouvernement birman s’y prendra-t-il par exemple pour démobiliser une partie de son armée aux effectifs pléthoriques, équivalents à ceux de l’armée de terre américaine (un demi-million d’hommes) ? Le Sri Lanka, qui relève de la même variété de bouddhisme, a connu cette situation après la fin de la guerre civile avec la minorité tamoule et n’en a pas encore fini.

Un retour en arrière, une nouvelle fermeture sur le pré carré birman, n’auraient d’autre perspective qu’une fuite en avant, type Corée du Nord. La Chine préférerait de loin tirer les leçons de l’ouverture birmane pour amorcer la consolidation du régime nord-coréen. à la condition bien sûr de ne rien perdre non plus au change.

Gagnant gagnant.

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