Politique Magazine.

Quel avenir pour le Centre ?

PAR JEAN DE LA FAVERIE

Lundi 5 mai 2014 // La France

Malade, ne disposant plus de « l’énergie nécessaire pour remplir toutes ses responsabilités », Jean-Louis Borloo, président de l’UDI (Union des démocrates et indépendants), a quitté la scène politique. Cette défection surprise rebat les cartes du Centre qu’il venait péniblement de reconstituer...

Tout un symbole. Jean-Louis Borloo a annoncé sa démission de toutes ses fonctions et de tous ses mandats la veille du lancement de la campagne de son parti pour les élections européennes. La défection de celui que beaucoup considèrent dans ses rangs comme le ciment du centrisme et de l’européisme tombe bien mal. Car l’UDI est en pleine montée en puissance. Avec ou sans alliance de l’UMP il a en effet réussi à gagner quelques mairies, dont celle de Laval (avec le sénateur François Zocchetto), de Valence (avec Nicolas Daragon) ou de Béthune (avec Olivier Gacquerre). Au soir du 30 mars, le parti de Jean-Louis Borloo pouvait s’enorgueillir de gérer désormais plus de 100 villes moyennes d’au moins 9 000 habitants et 28 villes de plus de 30 000 habitants. Certes, cette progression est passée inaperçue en raison de la forte avancée générale de la droite et, concomitamment, de la déroute du PS et des forces de gauche. Il n’en reste pas moins que la stratégie de Jean-Louis Borloo, ministre pendant huit ans d’affilée dans les gouvernements Raffarin, Villepin et Fillon, commençait à porter ses fruits.

Borloo était en passe de constituer, petit à petit, un centre droit assez puissant pour s’affirmer comme une « alternative » sérieuse, sinon crédible, face au PS, à l’UMP et aussi, bien sûr, face au FN avec lequel il rejette (et rejettera) tout compromis. Son ambition de ne plus être seulement une force d’appoint de la droite libérale, sociale et souverainiste, était sur le point d’aboutir.

L’ancien maire de Valenciennes était en effet parvenu à unifier la constellation des petits partis du centre (voir encadré). Avec l’adoubement de l’ancien chef de l’État, Valéry Giscard d’Estaing, Borloo pensait ainsi faire renaître de ses cendres l’Union pour la Démocratie Française (UDF).

NON-AGRESSION

Au début du mois de janvier 2014, Jean-Louis Borloo n’avait-il pas accompli l’exploit de réconcilier les frères ennemis d’hier, Hervé Morin et François Bayrou ? Longtemps amis, ayant fait cause équine commune (ils avaient acheté ensemble un cheval, Literato, pour 40 000 euros qu’ils ont revendu ensuite plus de trois millions d’euros), les deux hommes se sont brutalement séparés au soir du premier tour de l’élection présidentielle de 2007. Bayrou refusant de s’arrimer à droite, Hervé Morin lui laissa les clés de l’UDF et créa le Nouveau Centre. En 2012, sur le dossier de la TVA sociale, sur le label France que Morin qualifiait « d’escroquerie intellectuelle totale » et, surtout, quand l’ancien candidat à la présidentielle de 2007 a ouvertement appelé à voter pour François Hollande, le fossé entre les deux hommes s’est encore creusé... Finalement, après d’intenses tractations restées secrètes, Jean-Louis Borloo parvenait à créer « l’Alternative » avec François Bayrou. Un ovni, entre le « think-tank » et le parti politique, qui a conclu un accord de principe de non-agression (et même de soutien) avec l’UMP. Ce qui a permis à Bayrou de remporter la mairie de Pau.

« APRÈS LUI TOUT SE COMPLIQUE »

L’atonie d’un gouvernement Ayraul dans lequel aucun centriste ne s’est compromis, contrairement à l’époque de François Mitterrand (où quatre personnalités UDF avaient été nommées dans le gouvernement de Michel Rocard en i988), a permis à Jean-Louis Borloo et à ses acolytes de bien se positionner au centre droit. A s’identifier. De plus, les démêlés financiers de Jean-François Copé, l’impulsion « droitière » donnée à l’UMP, le quasi-abandon de son courant humaniste et social de même que les divisions internes au parti néo-gaulliste ont sans doute redonné de la vigueur à l’UDI pour les élections municipales. La retraite surprise de Jean- Louis Borloo rebat les cartes. « Avec lui rien n’était simple. Après lui tout se complique », résume l’ancien député européen Jean-Louis Bourlanges. Alors, qui pour succéder Jean-Louis Borloo et avec quel objectif ? Le nouveau président de l’UDI sera désigné en octobre, lors d’un congrès extraordinaire. En attendant, le député Yves Jégo assure la présidence par intérim.

« GENTLEMENS AGREEMENT »

Pour poursuivre la dynamique créée par l’ancien maire de Valenciennes, le futur président devra continuer à écrire le programme de ce « parti de l’entrepreneur responsable, de l’Européen convaincu, de l’écologiste raisonnable et du patriote tolérant ». Il lui faudra donc une âme de rassembleur, ce qui semble exclure d’office les candidatures « clivantes », comme celles d’Hervé Morin, d’Yves Jégo ou de Jean-Christophe Lagarde. A moins que les trois compères ne s’accordent pour signer un pacte afin de se partager le butin. À l’un, le parti radical, à l’autre, le groupe parlementaire et, au dernier, la présidence de l’UDI. Ce « gentlemen’s agreement » ne viserait qu’un objectif : éviter une éventuelle OPA de François Bayrou sur l’UDI. Mais le maire de Pau est conscient que beaucoup de centristes jugent impossible une alliance avec un PS qui a radicalisé son discours.

Il est tout aussi certain que le prochain président devra aussi avoir les épaules assez larges pour tenir tête à Jean-François Copé. Il devra aussi se poser en chef naturel, gagner en audience médiatique et se démarquer de l’aile démocrate-sociale de l’UMP qui se retrouve derrière François Fillon ou Alain Juppé. Il devra aussi être en capacité de se présenter pour la présidentielle de 2017. Un vrai casse-tête pour les membres de l’UDI ! Aujourd’hui, le centre se cherche un chef de file afin d’éviter la désintégration. Ses diverses composantes, tout en gérant les affaires courantes, se regardent en chiens de faïence. Le risque est grand devoir la paralysie gagner le Centre. Éternel recommencement ou sempiternelle illusion ?

Répondre à cet article