Que peut Montebourg ?

Jeudi 25 octobre 2012 // La France

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Membre d’un gouvernement acquis au libre échange, Arnaud Montebourg, dans un récent dialogue avec les journalistes de Médiapart, semble avoir renoncé à défendre des thèses hétérodoxe tout en inscrivant son action dans la perspective générale d’une « révolution industrielle décentralisée » et d’un « colbertisme participatif » qui mériterait d’être précisé car la tradition colbertiste est celle de l’intervention constructive de l’Etat central. Reste l’idée de politique industrielle, qui est la raison d’être de son ministère : contre la désindustrialisation, contre les délocalisations, il s’agit de mobiliser pour relancer l’activité économique et retrouver de la croissance dans une -conjoncture fortement dépressive.

Dans la pratique, l’action du ministère évoque la médecine d’urgence et c’est bien ainsi qu’Arnaud Montebourg la conçoit : il faut « organiser l’effort collectif quand une entreprise est en difficulté » ; « faire du remède rapide pour éviter l’aggravation de- la situation » ; consentir aux sacrifices nécessaires pour que l’entreprise ne disparaisse pas et soit au contraire en mesure de profiter d’un retour de la croissance. Le ton du ministre exprimait une intense résolution mais, sur le terrain, il ne parvient pas à dissiper les inquiétudes et à prévenir les déceptions.

Chez Peugeot, qui annonce la fermeture du site d’Aulnay-sous-Bois et la suppression de 8.000 emplois en France, le ministère ne pourra pas trouver de solution à court terme. Remis le 11 septembre, le rapport d’Emmanuel Sartorius confirme que l’usine d’Aulnay est condamnée. Arnaud Montebourg a reconnu le fait et s’est borné à appeler, les syndicats et le patronat à un « dialogue social exemplaire », ajoutant que « le plan de redressement devra être strictement proportionné à la situation réelle du groupe pour limiter les conséquences négatives sur l’emploi », ce qui signifie que peu de salariés pourront être sauvés.

Chez Sanofi, laboratoire français qui occupe le troisième rang mondial, taille à deux mille suppressions de postes avaient été annoncées en juillet malgré une situation largement bénéficiaire. Début septembre, Arnaud Montebourg affirmait ce plan « inacceptable ». La direction de Sanofi a décidé de supprimer 900 emplois. La nouvelle a été saluée comme une victoire au ministère de Redressement productif et Arnaud Montebourg a même justifié la décision : « quand une entreprise fait cinq milliards de profits [...J elle a le droit de se réorganiser ».

A Florange, il s’avère que le sidérurgiste Arcelor Mittal va arrêter définitivement ses hauts-fourneaux ce qui n’est pas une surprise car la stratégie du groupe anglo-indien est connue : en période de crise, réduire la production pour éviter une baisse des prix. Arnaud Montebourg a envisagé que les installations de Florange soient cédées pour un euro symbolique à un repreneur, qui reste à trouver. Un « bras de fer » s’engage, qui relèverait là encore de l’action de sauvetage - non d’une stratégie de redressement industriel.

Dans un système de libre échange et dans une période de baisse des dépenses publiques, Arnaud Montebourg semble destiné à peser médiatiquement pour réduire les plans de licenciements et à trouver d’éventuelles solutions de repli industriel. Il suscite la déception des salariés des nombreuses entreprises menacées,et il provoquera bientôt leur colère s’il se borne à être le représentant de ce qu’on appelait voici ne trentaine d’années « l’Etat brancardier ».

Le début des problèmes…

Le gouvernement de Jean-Marc Ayrault se trouve confronté à une multitude de problèmes, notamment en ce qui concerne le budget de l’Etat. C’est ainsi que le projet de loi de finances présenté le 28 septembre demande un effort historique, ce qui revient à dire qu’il vise bien au-delà du petit nombre mythique des « riches » selon l’ancien vocabulaire de François Hollande, ou des « plus aisés de nos compatriotes », selon les termes d’aujourd’hui. Le ministre du Budget, l’intraitable Jérôme Cahuzac, a reconnu deux jours plus tard que l’effort demandé serait « un peu rude » pour tout le monde, même s’il a voulu le limiter à deux ans ; mais on sait que la diminution de la pression fiscale ne peut être envisagée qu’à partir de 2016, et encore à condition que la croissance prévue de façon optimiste à 0,8% en 2013, puis à 2% ensuite vienne au rendez-vous. Voilà comment, dès l’an prochain, l’impôt sur le revenu devrait rapporter 72,6 milliards d’euros, soit la moitié de la tva ou 20 milliards de plus que l’impôt sur les sociétés, c’est-à-dire une hausse : de 23%, dont il reste à voir quelles catégories elle frappera effectivement.

Même si le gouvernement dit vouloir privilégier la fiscalité directe, sous-entendu sur les revenus élevés, en ne touchant pas à là tva et à la csg, les augmentations dans la vie quotidienne commencent à se profiler. Depuis le 1er octobre, le paquet de cigarettes coûte 40 centimes de plus, soit quelque 6% de hausse. De même, les taxes sur la bière vont être accrues pour financer la Sécurité sociale, à laquelle, elles devraient rapporter environ un demi milliard d’euros.

Du côté des entreprises, si ArcelorMittal a accepté d’examiner des offres de reprise. pour ses hauts-fourneaux, il reste à les trouver : avec sa fougue habituelle, Arnaud Montebourg a affirmé, vouloir « contacter tous les aciéristes du monde », mais aucun sait qu’il faudrait de très lourds investissements et il n’est même, pas dit qu’Arcelor Mittal serait client... Avec les Brittany Ferries, on a vu que les interventions du pouvoir n’apparaissent pas forcément comme décisives, puisque la table ronde organisée le 28 septembre a constitué un échec et que, finalement, dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre, ce sont les propositions de la direction qui ont été acceptées par le personnel, alors que, quelques jours plus tôt, l’intersyndicale Cgt-Cfdt les avait refusées.

Du coup, la colère monte à l’extrême gauche et dans une partie de la gauche. Au lendemain d’une manifestation réunissant plusieurs dizaines de milliers de personnes contre le traité budgétaire européen que Jean-Marc Ayrault défend bec et ongles, Jean-Luc Mélenchon a dénoncé son « mépris » surie sujet et fustigé la politique gouvernementale : « l’austérité ne nous mène nulle part ».

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