Que faut-il retenir du voyage de Barack Obama ?

Par Paul Tedga

Vendredi 18 septembre 2015 // L’Afrique

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Pierre Nkurunziza, président sortant du Burundi et candidat à sa propre succession, s’est fait réélire pour un troisième mandat controversé au moment où Barack Obama foulait le sol kenyan. Simple hasard de calendrier ? Certainement pas. Il n’y a pas de hasard en politique Nkurunziza a choisi, tout simplement, d’humilier l’homme le plus puissant du monde, en lui faisant un pied de nez, qui a laissé Obama sans voix : Nous avons aussi (avec Uhuru Kenyatta) discuté du Burundi où les récentes élections n’ont pas été crédibles.

Une déclaration expéditive de cinq secondes à peine, bas de gamme, pas du tout à la hauteur d’un président des Etats-Unis face à la grave crise que traverse le Burundi. On s’attendait que Washington dise comment faire pour mobiliser en faveur de la remise sur les rails du processus politique au Burundi, sachant que Nkurunziza a, déjà, effectué ses deux mandats. Au lieu d’une ébauche de solution, Obama, donneur de leçon (il ne sait faire que ça) s’est, plutôt, lancé dans la défense de l’homosexualité, avant de se faire remonter les bretelles par son homologue, Uhuru Kenyatta : l’homosexualité fait partie des choses que, nous devons l’admettre, nous ne partageons pas. Il est très difficile pour nous d’imposer à la population ce qu’elle n’accepte pas elle- même. C’est pour cela que je dis que pour les Kenyans, aujourd’hui, la question des droits des gays est vraiment un non-sujet « (fin de citation).

Même en cherchant beaucoup, je ne trouve pas ce que le président Obama a dit ou fait de remarquable pendant ce quatrième voyage sur le continent de son père.

Pierre Nkurunziza a obtenu 69,41 des suffrages exprimés, selon les résultats proclamés, vendredi, 24 juillet, par le président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) du Burundi, Pierre-Claver Ndayicariye. Aussitôt dénoncés par l’opposition qui avait appelé à boycotter le scrutin, ces résultats ne suscitent aucune réaction ni au Burundi ni en Afrique. La mission d’observation de la Communauté est-africaine (EAC) a jugé que le scrutin n’avait pas répondu aux normes d’une élection libre, équitable, pacifique, transparente et crédible et dénoncé le climat d’angoisse et les restrictions des libertés. De façon générale, la communauté internationale avait estimé que les conditions n’étaient pas réunies pour des élections crédibles. L’Union européenne avait retiré sa mission d’observation. Conséquence : l’élection de Nkurunziza pour un troisième mandat que ses adversaires jugent contraire à la constitution, a plongé le pays dans une crise émaillée de violences, qui ont fait, à ce jour, plus d’une centaine de morts depuis fin avril et poussé près de 200.000 Burundais à fuir dans les pays voisins, notamment, au Rwanda, en Tanzanie et en République démocratique ? du Congo.

L’opposition a demandé à la communauté internationale de ne pas reconnaître ces résultats et de continuer à faire pression pour qu’il y ait de véritables négociations en vue de la tenue de nouvelles élections et pour que Nkurunziza quitte le pouvoir. Mais en écoutant la pression des dirigeants comme Obama supposés montrer la voie à suivre, il y a lieu d’être pessimiste.

Il faut presser Nkurunziza en rendant son pouvoir ingérable dans la limite des moyens démocratiques permis par les conventions internationales. Ce serait un mauvais signal qu’après avoir nargué communauté internationale comme il l’a fait, il réussisse, en ancien maquisard qu’il est, à normaliser la situation. Il s’est mis tous ses partenaires occidentaux à dos dont l’aide est cruciale pour le développement de son pays classé parmi les nations les plus pauvres de la planète.

Cela dit, la plus grande inquiétude est ailleurs : des dictateurs de la trempe du Congolais, Denis Sassou Nguesso, et du RDCongolais, Joseph Kabila, invités, eux aussi, à rendre le tablier, en 2016, la constitution de leur pays ne leur permettant plus de briguer un autre mandat à la tête du pays, peuvent être tentés de livrer un bras de fer à leur peuple et à la communauté internationale, qu’ils peuvent gagner. Ils testent, d’ailleurs, la communauté internationale, en ce moment, et ne peuvent qu’être encouragés par le succès de Nkurunziza à tenir tète, tout seul, au monde entier. Si le petit Burundi résiste, pourquoi pas le riche Congo et la grande RDC ?

J’ai commencé par interpeller Barack Obama. Je finis par l’inviter à changer son fusil d’épaule (à supposer qu’il en ait réellement un). S’il est vrai que son principal message délivré à l’Afrique pendant ses huit ans de mandat, aura été le respect de la démocratie, les droits de l’homme (l’acceptation de l’homosexualité entre autres) et l’alternance démocratique à la tête des Etats, lui qui a affirmé que l’Afrique n’avait pas besoin d’hommes forts mais d’institutions fortes qu’il veuille bien devenir conséquent avec lui-même. Qu’il donne du poids aux mots qu’il prononce en aidant, y compris par la force, les dictateurs africains qui s’accrochent à leur trône, à quitter les lieux.

Personnellement, je ne lui demande pas de donner la lune aux Africains, et encore moins le soleil, car il en serait incapable, mais dans sa position actuelle, c’est le moins qu’il puisse faire pour le continent de son père.

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