Quand les barons PS se rebiffent « Contestataires »

Dimanche 14 avril 2013 // La France

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Des grandes villes, du Sénat et du PS, émerge une fronde orchestrée par des notables socialistes. Leur point commun : ils défient Ayrault.

« Je ne veux plus voir à Lyon un seul p... de ministre de ce gouvernement de m... ! ». La sentence, terrible, a été proférée en janvier par Gérard Collomb, furieux que sa ville n’ait pas été retenue comme Cité de la gastronomie.

Des propos qui révèlent le sursaut d’autonomie provoqué chez les barons socialistes depuis que la gauche est de retour aux commandes. À trop creuser le sillon emprunté jadis par la SFIO de Guy Mollet, le Parti socialiste, grand vainqueur de toutes les élections locales depuis 2004, a fabriqué des bataillons d’élus locaux devenus, pour certains, de tout-puissants notables. Leur point commun : ils ne doivent rien au pouvoir central et ne craignent pas le premier ministre.

Retranchés dans leurs bastions, ces barons se révoltent moins pour des raisons idéologiques que pour défendre leur pré carré. Le cumul des mandats auquel ils sont, pour la plupart, très attachés, est à cet égard révélateur : chef de file de la contestation, le président du groupe PS au Sénat et sait que si la loi lui impose de démissionner de sa mairie pour conserver son siège au palais du Luxembourg, autant de grands électeurs que sont les conseillers municipaux pourraient lui manquer lors de la prochaine élection sénatoriale... Même cas de figure pour Gérard Collomb, qui ne s’estime « pas concerné » par l’injonction du PS de démissionner de l’un de ses deux postes...

Les barons se lâchent : Gérard Collomb ne s’est pas non plus gêné pour affirmer, au sujet du "mariage pour tous", que « la priorité, c’est la lutte contre le chômage, pas les réformes sociétales ». Il a qualifié l’impôt à 75 de « connerie », émis des doutes sur Ayrault : « Pourquoi n’arrive-t-il pas à donner le même élan [qu’à Nantes] à la Cumul des mandats : "Touche pas à mon poste !", menacent les barons. Au moment où le gouvernement réfléchissait à inclure les oeuvres d’art dans le calcul de l’ISF, Rebsamen, Aubry et Pierre Cohen,,le maire de Toulouse, ont organisé la montée au front des grandes villes pour s’opposer au projet. Motif : les musées municipaux auraient alors perdu le bénéfice des dations. Hollande en personne a décroché son téléphone pour sermonner le maire de Dijon. Lequel s’en amuse : « Ç’a été un peu chaud, mais j’assume »... ! 

Et le maire de Lyon n’est pas seul : se joint régulièrement à son concert de critiques l’écologiste Jean-Vincent Placé, pourtant membre de la majorité. Harlem Désir milite pour la transformation du mode de scrutin aux européennes. Martine Aubry, elle, a choisi le silence. « C’est déjà un aveu... », plaide un proche, laissant entendre que ce mutisme est calculé pour s’imposer en recours pour Matignon, et appliquer alors un "vrai" programme socialiste esquissé lors de son discours d’adieu à Toulouse : le droit de vote des étrangers (« Je serais d’une grande tristesse si nous n’arrivions pas à l’appliquer en 2014. On n’a que trop tardé ! »), le cumul des mandats (« courage mes camarades, un petit effort !

Solferino : l’autre foyer de rébellion

Au sein du PS, se sont constitués des courants destinés à influer sur le parti et le gouvernement. Emmené par Emmanuel Maurel, Jérôme Guedj et Marie-Noëlle Lienemann, Maintenant la gauche représente l’aile "dure". Le courant aubryste, la Gauche durable, est animé par Christian Paul et Laurence Rossignol. La Gauche populaire, d’origine strausskahnienne, est dirigée par François Kalfon et Laurent Baumel. Autre écurie : la Gauche forte, créée par Yann Galut. Tous se sont notamment illustrés au moment de l’adoption par les chefs d’État européens du budget de l’Union. Hostiles à cet accord, ils ont rédigé un communiqué demandant aux députés européens de ne pas valider le budget pourtant accepté par Hollande ! Le vote des euro députés a été ultras erré : 20 pour la position du gouvernement, 14 contre. « Nous avons créé un rapport de force », s’est réjoui Maurel.

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