Sismologie

Quand le Sud tremblera.

Par Mickaël Fonton.

Lundi 19 mai 2014 // Divers

Le tremblement de terre du 7avril a rappelé une vérité trop souvent oubliée : le sud-est de la France n’est pas à l’abri d’un événement sismique de grande ampleur. La science le prédit mais l’urbanisme tarde à s’adapter. 

Il était très exactement 21 heures 26 minutes et 59 secondes, ce 7avril, quand les sismographes des stations de surveillance du Vaucluse, des Bouches- du-Rhône et de la Drôme enregistrèrent une forte secousse d’une durée d’une dizaine de secondes. À huit kilomètres de profondeur, sous le territoire de la commune de Saint-Paul-sur-Ubaye, à la limite des départements des Hautes- Alpes et des Alpes-de-Haute-Provence, la terre venait de trembler.

D’une magnitude locale de 5,2, ce séisme a été ressenti dans tout le quart sud-est du pays soit par plus de 2 millions de personnes dans 1300 communes, où il réveilla les dormeurs, fit trembler le mobilier et provoqua quelques dégâts mineurs à La Condamine, Barcelonnette, Jausiers ou Saint Paul-sur-Ubaye.

Phénomène naturel par excellence, le tremblement de terre provient de la fracturation de roches profondes, conséquence d’une libération soudaine d’une grande quantité d’énergie accumulée pendant des années. En effet, alors qu’en profondeur les plaques tectoniques se déplacent régulièrement, dans la partie supérieure de la croûte terrestre (entre la surface et 30 kilomètres), le mouvement n’est pas continu. Les failles peuvent rester bloquées durant de longues périodes tandis que le mouvement se poursuit. La multiplicité des failles impose à la région une activité sismique presque continue.

Avec les Pyrénées et, à un moindre degré, le Territoire de Belfort, le massif alpin constituent la principale zone de sismicité (d’une intensité jugée "moyenne") de la France métropolitaine. Même si, dans un contexte de rapprochement des plaques tectoniques Europe et Afrique, à une vitesse de 70 centimètres par siècle, la déformation est en grande partie absorbée au Maghreb, ce lent mouvement crée dans le sud-est de la France un ensemble de failles actives (voir notre carte) responsable d’une activité sismique soutenue. Le séisme du 7 avril fait en particulier suite à celui du 26 février 2012 (magnitude de 4,8) survenu sur la même structure. Ces "crises sismiques en essaim", comme les nomment les spécialistes, produisent plusieurs centaines de séismes par période (1976-1977, 2003-2004 ou ici 2012-2014), la Sciences,
la plupart du temps de magnitude inférieure à 3 et qui ne sont ressentis que par les sismographes, comme la quasi- totalité des 500 séismes que connaît la France chaque année.

Comme le rappelle le rapport du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), la multiplicité des failles, qui, en travaillant, fragilisent leur environnement, impose à la région une activité sismique presque continue. De ce fait, des répliques peuvent avoir lieu mais elles sont, la plupart du temps, d’une magnitude inférieure à celle de la première secousse, suffisante toutefois pour faire effondrer des édifices fragilisés. Si le système faillé, dit "de Serenne", avait déjà donné lieu, à Saint-Paul-sur-Ubaye, le avril 1959, à un séisme de magnitude 5,6, le tremblement de terre du 7avril est le plus conséquent enregistré depuis une dizaine d’années en métropole et le plus important dans les Alpes depuis le séisme d’Annecy, le 15juillet1996.

Même si un "mégaséisme" est infiniment peu probable, une magnitude de 6, voire 7, n’est pas impossible. Le tremblement de terre de Lambesc, près d’Aix-en-Provence, le 11 juin 1909, qui tua 46 personnes, était ainsi de magnitude 6,2. Plus "célèbre" encore, celui de 1887, dont l’épicentre se trouvait en mer, au large de Nice, et qui fit des centaines de morts dans la ville italienne d’Imperia, eut une magnitude de 6,5.

Cependant, comme pour d’autres manifestations des forces de la nature, le tremblement de terre ne devient une catastrophe qu’en raison de l’environnement immédiat, les sismologues américains avaient ainsi souligné que le tremblement de terre qui frappa la ville italienne de L’Aquila, dans les Abruzzes, le 6 avril 2009, n’aurait pas fait, en Californie, la moindre victime. Secouant des bâtiments anciens, jamais mis aux normes, ce séisme d’une magnitude de 5,9 détruisit la totalité du centre-ville, faisant plus de 300 morts. Près de trente ans plus tôt, en novembre 1980, le sud de l’Italie avait déjà été touché par une secousse dix fois plus violente (6,9, suivie d’une importante réplique) ; le séisme en lui-même, les difficultés du terrain, la météorologie hivernale et la désorganisation des secours face au nombre de blessés avaient fait près de 3000 victimes. À une autre échelle encore, le tremblement de terre d’Haïti, en janvier 2010, quoique mille fois moins violent que le tremblement de terre "record" de Valdivia, au Chili, en 1960 (magnitude de 7,2 contre 9,5), fut incomparablement plus destructeur de par la localisation quasi urbaine du foyer et la vétusté des bâtiments.

En la matière, une mise aux normes parasismiques des bâtiments prend du temps.

À Nice, le renouvellement du parc bâti n’est que de 1% par an. En Italie, seulement la moitié des 6500 communes classées à risque sont protégées et l’on estime que la mise en place d’un parc adapté coûterait 130 milliards d’euros. En attendant, que faire en cas de tremblement de terre ? « Si on ressent une secousse assez forte, explique Pascal Bernard, sismologue à l’Institut de physique du globe de Paris (IPGP), il ne faut pas sortir de chez soi immédiatement pour ne pas risquer de se recevoir une cheminée sur la tête. [ ... ] Lorsqu’on est dans la rue, il faut y rester et s’éloigner des façades, et lorsqu’on est chez soi, il faut y rester et se mettre sous une table. Dans ces séismes, le mouvement fort et destructeur ne dure que quelques secondes au maximum. »

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