Quand concurrence est pour la république un GROS MOT

Vendredi 12 juillet 2013 // La France

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La France républicaine est minée par les passe-droits et les avantages sociaux de la caste privilégiée des FONCTIONNAIRES

Après la grève des cheminots et celle des contrôleurs aériens, la semaine dernière, qui ont paralysé des dizaines de milliers de voyageurs et d’usagers des transports en commun, c’est avec une sorte de fierté perverse que les commentateurs français nous disent que tout va bien. Le gouvernement, nous dit-on, n’est pas mécontent du message envoyé à Bruxelles, que ce soit à propos du projet de libéralisation de l’espace aérien ou de l’ouverture du rail français à la concurrence. En fait, à l’Élysée, on a le sentiment que François Hollande avait besoin d’être conforté par cette expression visible de l’hostilité de l’opinion publique pour affronter les négociations [avec la Commission européenne pour créer un "ciel unique" européen].

Alors que l’opinion publique britannique voit l’Union européenne comme une source de réglementations farfelues qui nuisent au libre-échange, nombre de Français considèrent au contraire la Commission européenne comme le cheval de Troie de l’ultralibéralisme, qui n’aurait d’autre mission que de mettre un terme à ces innombrables passe-droits et autres avantages sociaux qui rendent la vie de quelques privilégiés si confortable.

La concurrence est souvent un gros mot en France - et une insanité quand elle menace les avantages acquis, ces bénéfices en espèces sonnantes et trébuchantes qu’un groupe de fonctionnaires a réussi à faire graver dans le marbre des conventions collectives. Les 300 000 salariés d’EDF, la compagnie d’électricité privatisée mais que l’État détient encore à 85 %, bénéficient de tickets-repas, de séjours, de spectacles et de logements à tarifs préférentiels, ainsi que de réductions des plus intéressantes sur leur facture d’électricité, sans parler d’un emploi à vie et d’un départ à la retraite anticipé financé par un système de retraite indépendant du système national, en déficit. La plupart de ces avantages sont obtenus en interne par le comité d’entreprise, dominé par les communistes de la CGT, qui bénéficient d’un budget de 5oo millions d’euros grâce à une contribution obligatoire de 1% du chiffre d’affaires. Et par conséquent EDF, une multinationale à l’excellente réputation, ne dégage que des profits négligeables comparé à ses concurrents.

Des syndicats intransigeants

Il n’est pas facile de renoncer à ses privilèges, ce qui explique pourquoi le secteur public s’entête à faire grève aussi souvent. Paradoxalement, en dehors des 25% de la population active qui appartiennent à la fonction publique, les syndicats n’ont guère d’adhérents, et seulement 7 % de la population active est syndiquée. Mais, comme le rôle des syndicats est inscrit dans le droit du travail français, les principaux représentants des syndicats du pays sont de toutes les négociations avec l’intransigeance qui leur est propre.

En 1979, le Premier ministre de l’époque, le très pragmatique Raymond Barre, avait tenté d’exhorter les Français à consentir à quelques sacrifices au moment de la deuxième crise pétrolière. Mais ni sang, ni sueur, ni larmes ne coulèrent. Moins de deux ans plus tard, Ronald Reagan brisait la grève des contrôleurs aériens en les licenciant tous et en les remplaçant par leurs homologues militaires, réquisitionnés pour l’occasion. Les Français ne se sont toujours pas remis de ce spectacle terrifiant. Le seul Premier ministre à avoir essayé de tenir bon face à une grève générale du secteur public, Alain Juppé, a dû faire machine arrière le rouge au front après deux mois, en 1995, et Jacques Chirac a perdu les législatives à peine dix-huit mois plus tard. En France, apparemment, le courage ne paie pas.

Inutile de dire que François Hollande n’envisage nullement d’en venir à ces extrémités. Tout d’abord, les grévistes de cette semaine font partie de son électorat de base, car les derniers socialistes français sont avant tout les fonctionnaires. Et les socialistes français n’ont opéré aucune reconversion à la manière du New Labour en renonçant officiellement à l’idéologie marxiste. Et si, en privé ou à l’étranger, Hollande se déclare social-démocrate, il continue de le nier farouchement en public. Donc cette étrange parodie de lutte des classes devrait encore continuer un moment, en défendant les privilèges au lieu de les combattre, avec en tête les syndicats, qui ne représentent guère plus que leurs propres apparats.

Sous la république, les privilèges sont nettement plus important que ceux qui en bénéficiaient sous le règne du roi Louis XVI.

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